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Vanille : la toute puissance malgache est menacée

La vanille représente près de 38% des recettes à l'exportation du secteur primaire malgache. Mais la concurrence de pays émergents et l’avènement des produits de synthèse préoccupe beaucoup le pays.

La vanille de Madagascar, pilier de l'économie locale, souffre de la concurrence d'autres pays producteurs et surtout des produits de synthèse. Pour tenter de trouver des solutions de sortie de crise, 200 acteurs directs et intervenants indirects de la filière se sont rencontrés la semaine passée à l'occasion du dixième atelier vanille. En est ressortie la nécessité de mieux informer les utilisateurs sur les atouts de la vanille naturelle, via une offensive publicitaire d'envergure internationale.

En parallèle, la filière doit faire des efforts de qualité. Le groupement national des exportateurs de vanille de Madagascar (Gnev) a ainsi décidé de n'exporter que des gousses à taux de vanilline supérieur ou égal à 1,6 %, rapporte l'édition de mardi de l'Express de Madagascar. La vanille malgache doit aussi se plier aux nouvelles normes de traçabilité de l'Union européenne pour continuer à exporter en France, second marché derrière les États-Unis, qui absorbe 30 % du marché (environ 250 tonnes). Claude Andréas, nouveau président du groupement national des exportateurs de vanille (Ges), a proposé dans un premier temps de mentionner les districts d'origine sur les lots exportés et d'affiner par la suite le système, vers la normalisation. Ces mesures visent à permettre un meilleur écoulement de la vanille sur le marché international. La production durant la campagne 2004 était de l'ordre de 1 200 tonnes, les prévisions seraient de 1 400 tonnes pour 2005. Or, Madagascar n'a réussi à exporter que 750 tonnes l'an passé. De 250 dollars en 2003, le prix du produit naturel a également chuté pour se stabiliser aux alentours de 40 dollars à l'heure actuelle.

La rude concurrence de la vanilline de synthèse

Si près des trois quarts de la production de la vanille sont détenus par Madagascar, la menace d'autres pays qui entrent peu à peu dans la course avec le soutien de leur gouvernement et parfois même d'industriels, se fait sentir depuis peu. Les Comores produisent aujourd'hui environ 810 tonnes, l'Indonésie 500 tonnes en 2004 dont 400 récoltées, la Papouasie 150 à 200 tonnes et l'Ouganda près de 120 tonnes. « Avec ses 30 000 hectares de plantation et les 80 000 planteurs expérimentés dont nous disposons, nous sommes en mesure de faire face à la concurrence et au marché» a cependant estimé Olivier Sahobisoa Andrianarison, ministre de l'industrialisation et du commerce malgache lors de l'ouverture d'une séance de réflexion sur le marché de la vanille en juin dernier.

En revanche, la concurrence des produits de synthèse s'avère plus difficile à contrer. Les prix de la vanille ayant flambé il y a quelques années (200 dollars la tonne en 2002), la vanille naturelle extraite de gousse était hors de prix pour les industriels de l'agroalimentaire qui se sont donc rabattus sur un produit de substitution : la vanilline de synthèse, beaucoup moins coûteuse que la naturelle. Cependant, les deux produits sont nettement différents. La vanille naturelle n'est pas uniquement composée de vanilline, mais aussi d'autres composés aromatiques qui en font toute sa saveur, argumentent les producteurs malgaches. Même si les extracteurs développent des produits de synthèse toujours plus proches de la vanille naturelle, la demande en produits labellisés « arôme naturel de vanille » reste forte.

Alors peu à peu, la demande des importateurs remonte parallèlement au prix de la vanille qui chute et se stabilise à un niveau « abordable ». Pourtant selon Michel Manceau, secrétaire général de l'association internationale de la vanille « ces deux marchés sont étanches car les industries agroalimentaires n'arbitrent pas leur choix sur le seul critère du prix ». Aujourd'hui ils existeraient trois tendances ; les adeptes de la vanille de synthèse préférant sa stabilité de son marché, les industriels qui joueraient sur les deux tableaux et enfin les inconditionnels de la vanille naturelle qui reviennent peu à peu. La gousse malgache de plus de 16 cm serait avant tout un produit pour gourmet.

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