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Une nouvelle année de disette pour les apiculteurs provençaux

Divisée par deux, la récolte de miel de lavande ne permet plus de répondre à la demande et fait craindre une perte de marchés.

Et de quatre ! Après 2003, 2004 et 2005, la récolte de miel de Provence poursuit sa chute libre. 2006 fait même figure « d’année noire » : selon l’Association de développement de l’apiculture provençale (Adapi), la récolte moyenne par ruche de miel de lavande - plus de 70 % de la production régionale - sera proche de 4 kg cette année, contre 6,2 kg en 2003 et 17,6 en 1997. « On n’a rien vu de tel depuis 20 à 25 ans », s’alarme Bernard Saubot, directeur du développement apicole chez Bernard Michaud. En cause, la sécheresse, qui sévit depuis 2003, et le « désordre météorologique » (passage brusque d’un printemps très froid à un été caniculaire) de cette année qui a fini d’achever les cultures de lavande. Sans fleurs à butiner, les abeilles provençales n’ont guère travaillé. Résultat, les volumes de miel de Provence sont divisés par deux, passant de 2 000 tonnes en l’an 2000 à 1 000 tonnes cette année.

« La demande de miel est là, mais on ne peut plus y répondre» déplore Bernard Oza, président de la coopérative Miel Provence. La structure, qui fournit notamment la maison Michaud, dispose habituellement de plus de 150 tonnes de miel de lavande. Ses capacités d’approvisionnement atteignent cette saison difficilement les 35 tonnes. Une situation délicate commercialement qui fait craindre à l’Adapi « un déréférencement progressif hors région, parfois au profit de miel de lavande d’importation mais souvent avec une disparition pure et simple de la référence “miel de lavande” ». Bernard Saubot confirme : « il y a effectivement des risques de perte de marché ». Produit irrégulier, cher et haut de gamme, le miel de lavande ne s’impose pas naturellement en grande distribution. Grâce à son poids, la société Bernard Michaud, qui commercialise 13 000 tonnes de miel en GMS et y détient 55 % de PDM volume (marque+MDD), a réussi progressivement à introduire le miel de lavande en linéaires. « Nous fournissons d’habitude entre 200 et 250 tonnes de miel de lavande de Provence » indique Bernard Saubot. Avec « au mieux » une centaine de tonnes à disposition cette année, le premier conditionneur de miel de l’Hexagone va devoir se tourner vers d’autres miels qualitatifs ou étrangers pour honorer ses contrats et « ne pas laisser les rayons vides».

Un impact économique régional

En cas de bonne récolte à la prochaine saison, une perte de débouchés pourrait en effet entraîner un retournement de conjoncture difficile. Une baisse du prix du miel de lavande, qui atteint « des niveaux stratosphériques » et continue de flamber, serait un rééquilibrage du marché douloureux pour les apiculteurs provençaux. Même si la vente directe et les circuits courts, qui écoulent 55 % des 25 500 tonnes de miel produits en France, restent évidemment une porte de sortie.

Pour l’instant, la mauvaise récolte 2006 va d’ores et déjà avoir un impact significatif en Provence. Avec 330 apiculteurs, la région Paca concentre le plus grand nombre de professionnels en France. L’apiculture pèse ainsi 20 à 30 millions d’euros dans l’économie locale. Certains départements réagissent en sollicitant le ministère de l’Agriculture et la Commission nationale des calamités agricoles pour une inscription en « calamité sécheresse ». Pascal Jourdan, directeur de l’Adapi, ose espérer une enveloppe de soutien « de l’ordre d’un million d’euros ».

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