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Toutes les raisons pour lesquelles le miel augmente

Le miel étiqueté « hors CEE » ne fait pas fléchir la consommation.
Une faible récolte de miel en Argentine, la prudence des distributeurs à l’encontre des origines asiatiques et la solidité de la consommation : trois raisons pour que les prix du miel restent orientés à la hausse.

L’explosion floristique de ce printemps et la bonne mine des ruches en état de produire autoriseraient tous les espoirs de bonne récolte de miel cette année, si cette production était moins sensible au moindre incident climatique. Les apiculteurs se montrent de plus en plus prudents quand il s’agit de faire des pronostics. Aussi tous leurs espoirs du printemps 2007 étaient-ils tombés à l’eau de l’été pourri qui avait suivi. Au contraire, la saison 2008, qui démarrait fort mal, s’est quelque peu rattrapée.

Alors que les ruches espagnoles offrent leurs premiers rayons, aucune prévision ne filtrera, de ce côté-ci des Pyrénées, avant le mois de juin. La seule certitude à cette période de l’année ne peut venir que de l’hémisphère sud. En Argentine, la récolte vient de s’achever, elle est en recul de 20 % à cause d’une sécheresse exceptionnelle. Or c’est la première source d’importation de l’Europe. Cela va encore accentuer la tension du marché mondial, entretenue depuis plusieurs années par une demande supérieure à l’offre. Une responsable des marchés chez Naturalim (filiale de la coopérative France Miel) craint que l’écart de prix entre les miels d’Amérique du Sud et d’Asie ne se creuse encore davantage. Ceux d’Amérique du Sud tendent à augmenter depuis deux ans, constate-t-elle. La faiblesse du dollar avait permis de les contenir l’an dernier, mais le billet vert a repris des forces. Et les origines asiatiques sont ordinairement 60 % moins chères.

Les grandes surfaces françaises ont une réticence envers le miel chinois que n’ont pas leurs homologues d’Espagne, d’Allemagne ou du Royaume-Uni. En conséquence, malgré le bond de 2 000 tonnes du miel chinois dans les statistiques 2008 de la Douane, ce dernier ne représente que 10 % des importations françaises. Mais un avantage de prix trop important peut faire pencher la balance vers l’Extrême-Orient, sous couvert de l’inscription d’une origine « hors CEE ».

La crise a un impact limité sur les achats de miel en GMS. Les consommateurs en ont même acheté davantage l’an dernier en grandes surfaces, aux dépens d’autres circuits de commercialisation, en particulier la vente directe. La consommation française, de l’ordre de 40 000 tonnes, à raison d’environ 610 g par an et par habitant, est réputée stable.

Une origine de moins en moins française

Le linéaire miel comporte schématiquement trois segments : les premiers prix, qui sont souvent des miels toutes fleurs, originaires ou non de la CEE ; les MDD (marques de distributeur) qui privilégient de plus en plus les terroirs français et les catégories « premium » ; enfin, la marque nationale, représentée notamment par Lune de Miel (Bernard Michaud). Parmi ces segments, les marques économiques sont celles qui ont le plus régressé ces dernières années, souligne Vincent Michaud, dirigeant de Bernard Michaud. Le panel Nielsen les situe à moins de 3 % des achats, avec un pic au moment du Ramadan. Le numéro un du miel conditionné joue sur l’attente très qualitative du consommateur français, et avance pour preuve que les meilleures ventes en magasin sont représentées par les prix au kilo les plus élevés. La marque Lune de Miel gagne chaque année du terrain face aux MDD. Sa politique : sélectionner les origines et les apiculteurs, mettre en œuvre des processus technologiques qui préservent les qualités, innover dans les conditionnements et s’adresser au consommateur ordinaire comme au plus averti.

Le consommateur ordinaire plébiscite les miels d’origines0 locale et française, constatent les principaux intervenants que sont Bernard Michaud et Naturalim. Ils privilégient les « toutes fleurs » classiques mais aussi l’acacia, le plus souvent de Hongrie.

Le consommateur averti se comporte un peu comme un amateur de vins, moins soucieux de l’origine française. Bernard Michaud sélectionne pour lui les « meilleures origines » monoflorales du monde : orange spécifié d’Espagne, lavandin de Provence, trèfle du Canada ou de Nouvelle-Zélande, acacia de Hongrie. Ce connaisseur mettra le prix pour un miel de bruyère ou de miellat de sapin.

Les importations augmentent, les exportations aussi

Ordinaire ou averti, le consommateur est de plus en plus sensible au critère biologique, à l’information sur les qualités nutritionnelles. Ces critères d’achats passent devant l’origine, comme pour le miel « biologique et équitable » de Lune de Miel, sélectionné en Amérique latine avec Max Havelaar.

« Les miels français ont de l’avenir, affirme Sabine Depinet, responsable qualité et achats de Naturalim France Miel, il faut seulement que la production a minima se maintienne ou progresse ». La filière apicole française a vu avec anxiété le volume commercialisé fondre de moitié en 15 ans, pour tomber à environ 16 000 t. Mais si les importations ont augmenté ces trois dernières années (voir graphique), les exportations ont progressé : de 4 000 en 2006 à près de 6 000 t, d’après la Douane.

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