Aller au contenu principal

Rupture d'une relation commerciale établie, la lettre comme règle

Un arrêt rendu par la Cour de cassation le 8 mars 2016 impose comme règle de base la lettre de rupture pour notifier la fin d'une relation commerciale établie, contre l'avis de la cour d'appel de Paris du 11 sept. 2014. Décryptage.

Par contrat en date du 19 octobre 2005 suivi d'un nouveau contrat en date du 31 janvier 2006, d'une durée de deux ans, renouvelable par tacite reconduction, et portant sur « au moins 50000 h de travail par an », la société CPS devenue Arts et Fragrances s'était vu confier le conditionnement de produits des sociétés Nina Ricci et Paco Rabanne. Pour 2008, un contrat d'un an sans tacite reconduction sera signé, avec une clause de rendez-vous au mois de novembre afin d'envisager l'avenir. Ledit rendez-vous aura lieu, mais ne débouchera sur aucun autre contrat. En revanche, la société Paco Rabanne va continuer de passer des commandes en 2009, avant de lancer un appel d'offres, à l'issue duquel la société CPS ne sera pas retenue. C'est ainsi que la relation commerciale a pris fin. Mais CPS va se plaindre d'un abus de dépendance économique, et surtout d'une rupture abusive de relation commerciale établie.

Rappelons que la réglementation de la rupture de relation commerciale établie fait partie des pratiques restrictives de l'article L4426 du Code de commerce, et oblige tout partenaire économique qui souhaite rompre, même partiellement, une relation commerciale établie à le faire au moyen de la notification d'un préavis écrit dont la durée est fonction de la durée de la relation commerciale à laquelle il est mis fin. La jurisprudence a considérablement éclairci la notion de relation commerciale et de « relation commerciale établie » qui repose souvent sur le critère de la croyance légitime que pouvait avoir le partenaire évincé de ce que la relation serait poursuivie compte tenu des circonstances de fait. Et ce sont ces critères que la cour d'appel avait mis en œuvre dans l'arrêt cassé en observant que le contrat de 2008 était d'une durée d'un an sans tacite reconduction, que le chiffre d'affaires avait baissé en 2009, de sorte que la société CPS ne pouvait pas s'attendre à la pérennité de la relation. La cour d'appel ne s'arrête pas sur l'appel d'offres, peut-être parce que celuici était impropre à faire courir un préavis de rupture.

Appel d'offres

La jurisprudence a déjà admis qu'un appel d'offres vaille notification de préavis de rupture, mais cela suppose que le préavis accordé et sa durée soient clairement évo-qués dans l'appel d'offres, et que l'appel d'offres soit lancé suffisamment à l'avance pour permettre le déroulement du préavis, s'il y a lieu. Mais surtout, la cour d'appel ne s'est pas attachée à la notification de la rupture. La Cour le relève avec force : « […] La cour d'appel, qui n'a pas recherché si la seconde [Paco Rabanne] avait clairement notifié à la première la rupture partielle de leur relation commerciale, en lui consentant un préavis suffisant, a privé sa décision de base légale ». La cassation pour défaut de base légale est un cas d'école, qui suppose que la Cour considère que la cour d'appel n'a pas tiré de ses propres constatations la solution juridique adaptée. À partir du moment où elle constatait une baisse de chiffre d'affaires en 2009, la cour d'appel devait rechercher si une rupture avec préavis suffisant avait été notifiée.

Contre la rupture brutale

C'est une règle de fond, en même temps que la pierre angulaire de la protection contre la rupture brutale. Mais au-delà, cet arrêt n'est pas sans rappeler une création prétorienne de la Cour dans le domaine des conventions de conversion mises en œuvre par la loi il y a plus de vingt ans. Le principe était que dans certaines procédures de licenciement, le salarié se voyait proposer d'adhérer à une convention de conversion. En cas d'accord, le contrat de travail était réputé rompu d'un commun accord du salarié et de l'employeur, ce qui mettait fin à la procédure de licenciement, lequel n'était donc pas notifié. Mais en dépit du dispositif légal, la Cour est venue exiger que le licenciement soit notifié dans tous les cas, érigeant la lettre de notification du licenciement en règle de fond. Toutes choses égales par ailleurs, on voit que c'est une motivation du même type qu'a retenue la Cour dans l'arrêt commenté.

MAÎTRE DIDIER LE GOFF

Fort d'une expérience de plus de vingt-cinq années dont vingt ans au sein du cabinet LPLG Avocats, dont il fut associé, Maître Didier Le Goff a créé en 2016 une structure dédiée à l'entreprise et à l'écoute de ses besoins, pour lui proposer des services adaptés, en conseil ou contentieux. Titulaire d'une mention de spécialisation en droit de la propriété intellectuelle, Maître Didier Le Goff a développé une compétence générale en droit économique qu'il enseigne en mas-ter II Droit du marché de l'université de Nantes, avec une prédilection pour l'agroalimentaire tant en droit national qu'européen ou international. Contact : dlegoff.avocat@gmail.com

Les plus lus

des poules oranges
Prix des poules pondeuses – Cotation réalisée le 07 mai 2026

La CPP (Cotation poule pondeuse) est publiée dans Les Marchés le lundi reflète les prix de la semaine précédente. La CPR (…

Œufs aux drapeaux ukrainien et turc
Œufs : les importations européennes bondissent de 65 % au premier trimestre, l’Ukraine et la Turquie en profitent

Les importations d’œufs de l’Union européenne ont atteint un record sur le premier trimestre 2026. L’Ukraine a progressé, mais…

batau porte conteneur de dos
Viande bovine : la consommation continue de reculer dans l’UE, mais les importations vont bondir en 2026

La consommation par bilan de viande bovine va continuer son déclin en 2026, selon les prévisions de la Commission européenne.…

conteneur bresilien au port
Viande bovine : les exportations brésiliennes pourraient chuter de 10 % à cause de la Chine

Les droits de douane instaurés par la Chine sur la viande bovine vont bientôt conduire à l’arrêt des exportations du Brésil,…

vue en contre plongée, dans une allée entre des conteneurs sur un port
Viande bovine : chute attendue de 13 % des importations chinoises en 2026

La production mondiale de viande bovine est attendue en légère baisse en 2026. Ce alors que le premier importateur mondial, la…

vaches dans une prairie
Quelles sont les conséquences des mesures pour réduire le cheptel laitier aux Pays-Bas sur le marché du lait européen ?

Les Pays-Bas mettent en place un système d’aides pour réduire les troupeaux laitiers. Si les effets à court-terme seront peu…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio