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Marché de gros
Remodelé, à 50 ans, Rungis attire plus que jamais

Cinquante ans après son emménagement au sud de la capitale, le marché de gros francilien a changé de physionomie, mais n’a jamais autant attiré d’acteurs de l’agroalimentaire et de la distribution.

Le déménagement des halles de Paris à Rungis, vécu comme un déchirement en 1969, apparaît aujourd’hui comme un choix visionnaire. Conçu à l’origine pour approvisionner la ville de Paris, le marché francilien s’est imposé en un demi-siècle comme un pôle de distribution alimentaire national et même international particulièrement performant. La progression régulière de l’activité témoigne de cette réussite. En 2017, dernier chiffre publié, le chiffre d’affaires réalisé par les entreprises implantées sur le marché a atteint 9,54 milliards d’euros, soit une hausse de 4,2 % par rapport à l’année précédente, tous les secteurs (hormis l’horticulture et la décoration) figurant dans le vert.

Si le marché a grandi et prospéré, il a aussi beaucoup changé de visage. À la faveur des regroupements et restructurations successifs, le nombre d’entreprises a nettement baissé (1 200 aujourd’hui) tandis que leur taille moyenne s’est fortement accrue. Quand un nouveau pavillon de la volaille entièrement sous froid a ouvert ses portes en avril 2011, seules huit entreprises et douze enseignes y ont emménagé. La typologie des entreprises locataires du marché a aussi évolué, les grossistes sur carreau ou à service complet étant rejoint par d’autres acteurs économiques qui pèsent désormais pour près d’un tiers de l’activité.

Une fonction logistique renforcée

Le développement national et international de l’entreprise a ainsi favorisé le développement des sociétés de courtage et d’import-export (qui pèsent près de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires), mais aussi d’entreprises de transport et de logistique qui sont venues épauler les services logistiques des grossistes. Toutes les grandes entreprises françaises de transport sous température dirigée se sont peu à peu installées sur le marché de Rungis, du leader Stef à ses concurrents STG & Nagel, Delanchy ou encore le spécialiste du grand export Bolloré Logistics. Plus récemment, le marché a aussi attiré le spécialiste de la logistique urbaine Delifresh, repris depuis par Chronopost.

L'explosion de l'activité de livraison devrait se poursuivre dans les années qui viennent

L’évolution des pratiques de ses clients a contribué à renforcer cette fonction logistique. « À l’ouverture du marché, l’immense majorité des usagers du Min enlevait la marchandise avec ses propres véhicules pour repartir sur Paris », relève Aminata Diop, chef du service logistique, innovation et développement France de la Semmaris. « L’allongement des durées des trajets en région parisienne, le durcissement des réglementations sur le transport des produits frais ou encore la volonté des commerçants et restaurateurs de se concentrer sur leur cœur de métier ont favorisé l’explosion de l’activité de livraison, qu’elle soit réalisée en direct par les grossistes ou par des prestataires. C’est une évolution qui devrait se poursuivre dans les années qui viennent », précise-t-elle.

Plus de grands acteurs, notamment de la viande

La physionomie des grossistes sur le Min a aussi beaucoup changé. Si le modèle de la PME familiale reste majoritaire, de très grandes entreprises multiproduits y ont aussi élu domicile comme Transgourmet qui y dispose d’un atelier de transformation ou encore Metro, présent dans la zone des entrepôts en périphérie du Min. Plus discrètement, de grandes entreprises industrielles ou coopératives sont aussi entrées depuis quinze ans au capital de grossistes traditionnels du marché.

Le phénomène est particulièrement spectaculaire dans le secteur des produits carnés. La société Avigros, première entreprise du pavillon de la volaille, est contrôlée par la coopérative de l’Ouest Agrial. Le nouveau bâtiment de la découpe du porc, qui doit être inauguré fin mars, verra cohabiter la Cooperl, propriétaire de Siba, Abera (groupe Avril), actionnaire majoritaire de Porcgros ou encore le leader français de l’abattage-découpe de viande Bigard qui contrôle trois entreprises au pavillon des viandes. La coopérative occitane Arterris, qui a racheté le spécialiste de l’agneau Ovimpex, contrôle également une société sous le pavillon V1P (Vianov), mais aussi un grossiste en produits tripiers, Canu. Une liste que l’on pourrait décliner à propos des fruits et légumes, des produits de la mer ou des produits laitiers.

Proposer une palette sans équivalent de produits

Comment expliquer que le marché continue de disposer d’un tel pouvoir d’attraction, au point que son million de mètres carrés locatif affiche un insolent taux de 97 % d’occupation ? La situation géographique du marché de Rungis tout proche de la capitale et d’innombrables infrastructures autoroutières, ferroviaires et aéroportuaires, y est pour beaucoup. Mais son succès tient aussi à la modernisation régulière de l’outil, consentie à parité entre les entreprises et le gestionnaire (1 milliard d’euros entre 2015 et 2025), et à l’articulation vertueuse entre les intérêts individuels et collectifs des grossistes. « La force de Rungis, c’est d’être susceptible de proposer une palette sans équivalent de produits et donc de pouvoir répondre collectivement à toutes les demandes », résume Francis Fauchère, le président du syndicat des grossistes en viande de Rungis. « C’est un atout qu’il nous reste encore à faire découvrir en dehors de nos frontières régionales », estime-t-il.

Une année de célébrations

Les célébrations du cinquantenaire du « déménagement du siècle », qui a eu lieu dans les jours précédant le 3 mars 1969, ponctueront toute l’année. Le 17 mars, des milliers de convives viendront tenter de battre le record de la plus grande table du monde autour de produits de Rungis, au cœur du secteur des fruits et légumes. La traditionnelle remise du muguet au président de la République à l’Élysée par les opérateurs de Rungis devrait également revêtir un éclat particulier cette année. Le président-directeur général de la Semmaris, Stéphane Layani, a également annoncé que Rungis ferait son retour à Paris les 16 et 17 novembre. Ce week-end-là, les grossistes proposeront exceptionnellement leurs services aux particuliers à l’occasion d’un week-end gourmand qui se tiendra au Grand Palais.

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