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Réduire les coûts et réguler, défis des filières carnées françaises

En pleine crise de l'élevage, les débats en France pointent les problèmes de compétitivité pour la filière porcine et le manque de régulation pour la production laitière. Quel écart avec les autres pays européens ? Quelles pistes envisager ? Panorama.

En France, on entend souvent les opérateurs se plaindre du déficit de compétitivité dont souffriraient leurs filières animales. La FNSEA, le Sniv-SNCP et Coop de France en ont fait leur antienne. Le 3 septembre à Paris, puis le 7 à Bruxelles, ils ont réclamé « une nouvelle ambition » pour l'agriculture. Mais qu'en est-il vraiment ? L'Ifip a publié en 2014 un indicateur de compétitivité des filières porcines européennes sur la période 2010-2012, pour le compte de l'interprofession Inaporc. Un travail précieux qui se conclut ainsi : la France est le pays « le moins compétitif des cinq principaux pays producteurs européens (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Danemark, ndlr) ». L'Ifip constate « une dégradation de l'ensemble des performances et du contexte macro-économique dans lequel évolue sa filière ». Les raisons sont multiples.

Porc : +24,1 % en Allemagne, - 5,4 % pour la France

Application plus stricte en France des règles environnementales ; détérioration des performances techniques en élevage (du fait du vieillissement des élevages français dans l'impossibilité de se moderniser pendant presque vingt ans) ; « relations complexes » entre abatteurs, salaisonniers et distributeurs, moins partenariales qu'en Allemagne ; « dégradation des performances du commerce extérieur français avec un déficit en valeur qui se creuse ». Résultat, la production porcine allemande a progressé en dix ans (2002-2012) de 24,1 % alors qu'elle a régressé de 5,4 % en France sur la même période. L'Allemagne figure aujourd'hui comme le plus gros producteur européen (58 millions de porcs abattus l'an passé contre 24 millions en France).

Les professionnels français pointent aussi régulièrement du doigt les distorsions de concurrence à l'avantage de l'Allemagne qu'ils subissent : la TVA forfaitaire dont bénéficieraient leurs éleveurs ; la promptitude de l'administration outre-Rhin à traiter les dossiers ; une main-d'œuvre meilleur marché (12-13 euros de l'heure contre une vingtaine d'euros en France). Mais il n'y a pas que l'Allemagne. Selon l'Ifip, « les Pays-Bas et surtout le Danemark ont investi de manière importante lors de ces dernières années. Les effets sur les structures des élevages ont été véri-fiés. La France a moins investi que ces trois pays, mais néanmoins deux fois plus que l'Espagne ».

Le 15 septembre

Le 15 septembre, s'ouvrira à Rennes un Space sous haute tension. Filières porcines et laitières sont en crise, la filière volaille est tout juste entrée en phase de reconquête. Au-delà des aides d'urgence, de bons exemples et de nouvelles initiatives méritent d'être étudiés de près. Comment redonner un élan à la production et à la transformation de produits carnés en France ? Les Marchés a enquêté.

Le lait aussi connaît une période sombre avec un prix aux 1000 litres qui a reculé de 17 % entre le premier semestre 2014 et le premier semestre 2015, à 304,57 euros. Mais ici, les acteurs de la filière ne parlent pas d'un manque de compétitivité, plutôt de la nécessité d'inventer des outils de gestion des risques (prix compris) pour remplacer les mécanismes de régulation de la politique agricole commune, démantelés les uns après les autres par l'Union européenne.

30 % des éleveurs endettés

Désormais, que faire ? Retrouver de la compétitivité, d'accord mais comment investir en porcs quand « 30 % des éleveurs sont endettés à plus de 100 % », dit Michel Rieu, responsable du pôle économie de l'Ifip ? Faut-il s'orienter vers des élevages plus importants ? Des élevages qui sépareraient naissage et engraissement ? A priori, non. Les spécialistes parlent plutôt d'augmenter la taille des élevages

Il faut accélérer la robotisation dans les abattoirs

” naisseur-engraisseur français, les faisant passer de 180 à 300-400 truies pour intégrer de nouvelles technologies (alimentation individualisée, économie d'énergie…).

Pour Guy Dartois, éleveur en retraite et ancien président de Cooperl Arc Atlantique, des gains de productivité sont également possibles dans l'industrie. « Il faut accélérer la robotisation dans les abattoirs », dit-il. Enfin, ne faut-il pas agir à la fois sur la productivité et les mécanismes de mise en marché ? Développer la contractualisation qui était au centre de la dernière réunion du ministre de l'Agriculture, le 27 août, avec tous les acteurs de la filière – sans le Sniv-SNCP et Coop de France qui avaient boycotté la réunion.

L'idée semble faire son chemin, même si le parcours est parsemé d'embûches. Pour Jean Cordier, professeur à Agrocampus Ouest, spécialiste de la gestion des risques, « les marchés à terme et les contrats sont les seuls outils à même de gérer l'instabilité. Les céréaliers ont mis dix ans à l'intégrer dans leur mode de gestion. Les éleveurs laitiers et porcins s'y mettront aussi, et ça viendra plus vite ».

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