Pomme de terre : « notre offre n’est plus lisible »
« Le même sang coule désormais dans les mêmes veines de l’Unpt», a souligné le 2 février dernier Jean-Michel Lemétayer, président de la Fnsea, en venant clôturer les travaux des différentes familles de producteurs de pommes de terre enfin réunies. Enfin presque toutes, puisque ceux des plants n’ont pas rejoint l’Union. « Nous sommes dans une relation clients-fournisseurs qui ne nous permet pas d’intégrer l’Unpt», faisait-on savoir du côté de la FNPPPT.
« Cela faisait près d’un demi-siècle qu’un président de la Fnsea ne s’était présenté devant nous ! », lui a répondu Patrick Trillon(1) le nouveau président de l’ Unpt. La preuve d’un certain changement. Celui d’un poids grandissant de la filière et d’une maturité conquise de haute lutte pour faire jeu égal avec les autres syndicats spécialisés de la maison FNSEA !
Les délégués ont donc adopté la fusion de toutes les familles de producteurs (consommation, transformation, fécule et, depuis le 1er janvier 2006, les producteurs de primeurs) dans une UNPT qui parlera d’une même voix. Du côté production, les dossiers sanitaires et les questions spécifiques à la réforme de la PAC sont quasiment réglés. Reste ceux de la recherche et de l’eau. On affûte donc les argumentaires en prévision de l’examen de la loi sur l’eau qui devrait intervenir en mars prochain.
Tout est donc prêt pour relever les défis d’un marché qui donne quelques signes d’inquiétudes ( voir LM du 20 janvier). Chacun est bien conscient qu’il faille désormais défendre des positions chèrement acquises depuis vingt ans, mais plus que jamais fragilisées notamment en raison de la guerre des prix dans la grande distribution. Recherche-développement, innovations, multiplication des débouchés sont autant de challenges qui attendent donc la filière.
Celle-ci a sûrement été trop loin dans la segmentation. L’interprofession réoriente donc sa stratégie et ouvre ses dix grands chantiers. Elle assiste aussi à une montée en puissance de l’industrie belge de la transformation qui a doublé sa production en l’espace de cinq ans (410 000 à 800 000 tonnes de produits finis).
M. Danel vient tout juste d’être nommé par le ministère de l’Agriculture pour étudier les freins à la compétitivité de l’industrie française et proposer de nouvelles perspectives de développement. Dans ces régions de Picardie et de Champagne-Ardenne où l’on assiste à la fermeture d’usines comme celle d’Avebe (Haussimont) ou Flodor, la filière souhaiterait un engagement du gouvernement en faveur des débouchés non alimentaires (biomatériaux), notamment dans le domaine de la fabrication de sacs plastiques à base d’amidons. « Nous voulions que le législateur interdise l’utilisation de sacs plastiques autres que les sacs biodégradables pour que l’on puisse développer les outils industriels capables de concurrencer la filière à base de produits pétroliers », souligne Didier Lombart. Mais l’Etat ne s’est pas toujours pas engagé sur ce point.
La filière dispose d’un an pour se montrer capable de trouver de nouveaux débouchés, se positionner sur le prochain règlement européen « fécules » prolongé de deux ans, et pour trouver une nouvelle dynamique sur le marché du frais. Ce qui passera sans doute par une reconstruction des gammes.