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OMC : la réciprocité des concessions déjà oubliée ?

La suppression d'ici 2013 des aides européennes à l'export reste couplée à des avancées de la part des Etats-Unis ou de la Nouvelle-Zélande. Cette réciprocité pourrait compliquer la signature finale d'un accord.

Un mois après la conférence interministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, l’ambiance était aux poignées de mains et aux sourires chaleureux, lors du séminaire du Club Grande Europe, une «think tank» pro-européenne qui s’est penchée lundi dernier sur l’avenir de la politique agricole commune. Pourtant, d'ici au 30 avril 2006, date butoir pour l'élaboration des modalités complètes du volet agricole, les négociations vont être tendues, à en croire les participants.

Au terme de la réunion de Hong Kong, l'Europe s'est avancée sur l'élimination d'ici 2013 des soutiens à l'export, la réduction des aides internes sans oublier la baisse des droits de douane de 46 %. « Nous critiquons la Commission européenne sur ce sujet, car cela met une pression énorme sur nos prix » a estimé lundi Franz-Josef Feiter. Loin de faire l'unanimité, le simulacre d'accord « n'est pas équilibré », a poursuivi le secrétaire général du Copa-Cogeca, le comité des organisations professionnelles agricoles, dont le siège est à Bruxelles. Dominique Bussereau a bien rappelé fin décembre que si les autres pays signataires de l'accord à l'OMC ne faisaient pas les mêmes efforts que les Européens, l'UE serait « déliée des termes de cet accord ».

Mais après avoir fait le premier geste, l'Europe endosserait aux yeux de l'opinion publique la responsabilité de l'échec en cas de retrait. « L'Europe a été d'une faiblesse indigne à l'OMC. Tout le monde est prêt à nous déshabiller !» a, pour sa part, déclaré Christian Ligeard, chef du service des relations internationales au ministère de l'Agriculture. « L'offre du 28 octobre de la Commission européenne est conditionnelle. De façon objective, si les conditions de réciprocité ne sont pas remplies et que la Commission est cohérente, elle devrait retirer son offre», juge-t-il, sans toutefois être certain de l'attitude de l'exécutif européen.

Cette prise de parole et la présence des représentants des nouveaux États membres ont également été l'occasion d'évoquer le budget de la PAC, pris sous de nombreux feux. Représentant 40 % du budget commun de l'UE, les fonds alloués à la PAC « ne totalisent en réalité que 0,4 % des dépenses totales européennes, ce même budget étant fixé à 1 % du PIB total» a savamment expliqué Janusz Wojciechowski, membre polonais du Parlement Européen et vice-président de la commission Agriculture.

Des modifications dans le paysage agricole mondial

Pour les partisans de la politique agricole commune, son rôle dans l'indépendance alimentaire du continent justifie sa perpétuation. Mais encore faudrait-il que les mesures édictées par l'Europe pour ses productions (bien être animal, notamment) soient les mêmes pour les importations, une équation difficile à résoudre. « Le Brésil veut nous donner des leçons, avec l’exemple du sucre. Mais là-bas il est produit dans des conditions socialement intolérables et écologiquement indéfendables. Il faut que le consommateur européen soit prêt à payer un peu plus cher les produits issus de sa terre» a tenu à rappeler Christian Ligeard. Si la demande pour de la viande bovine moins chère se développe, il sera toujours possible d'en trouver aux Etats-Unis. Avec l'assurance d'y trouver des hormones...

Quant au soja, le Brésil sera toujours apte à en fournir, mais le public devra fermer les yeux de ce côté sur les OGM. La simultanéité de l'échéance 2013 (fin de la période actuelle de la PAC et fin des aides à l'exportation) va ainsi entraîner bon an mal an des modifications dans le paysage agricole mondial. Bien que mis en sourdine depuis la réforme de 2003 et le découplage, le développement de la production agricole européenne semble menacé à terme sur le Continent. Une orientation que l’on ressent déjà douloureusement dans certains secteurs, comme dans celui de la viande bovine.

Rédaction Réussir

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