Aller au contenu principal

Olivier Lepiller, chercheur en sociologie : « Il faut générer de l’accord politique dans l’alimentation »

Dans un contexte d’inquiétudes alimentaires, les transformateurs sont l’objet de nombreuses critiques. Comment peuvent-ils y répondre ? Quelles sont les voies pour nourrir le dialogue et construire la confiance avec les consommateurs ?

Olivier Lepiller
Chercheur en sociologie
Olivier Lepiller
Chercheur en sociologie
© rd

Quelles sont, selon vous, les principales critiques faites aujourd’hui à l’industrie alimentaire ?

Olivier Lepiller - Il existe quatre types de critiques : les critiques diététiques, qui portent sur les qualités nutritionnelles des produits issus des industries agro-alimentaires, les critiques toxicologiques, qui dénoncent la présence de substances nocives de type pesticides, additifs, etc., les critiques écologiques, qui mettent l’accent sur les conséquences environnementales des produits et notamment les pollutions, et les critiques politiques et morales, qui focalisent sur les conditions de travail des salariés, le bien-être animal. Les critiques anti-lait, et notamment celles qui prétendent que le lait de vache est mal adapté au corps humain, ont été trop négligées par les industriels. L’idée que le lobby du lait influence les autorités publiques est dans les esprits, l’impact environnemental de l’élevage est largement questionné, l’antispécisme et le véganisme ont le vent en poupe. Les critiques sont largement diffusées, les études scientifiques souvent contradictoires et les détracteurs du lait ne peuvent plus être considérés comme marginaux. Les professionnels du secteur laitier doivent prendre ces réalités en compte.

Les réponses de transformateurs sont-elles adaptées ?

O. P. - Largement invoquée, la naturalité est souvent opposée au chimique de synthèse ; dans le domaine nutritionnel, elle renvoie à des produits qui collent aux besoins naturels, physiologiques. Le bio, qui est en forte progression y compris dans les produits laitiers, est une réponse aux critiques toxicologiques et écologiques, tandis que, de longue date, les signes d’origine répondent à des aspirations plus politiques et morales comme le maintien des traditions et la valorisation des territoires. Après un discours très axé sur la santé, les professionnels déplacent le discours sur le partage, la convivialité, l’origine, l’appartenance culturelle.

Vers quels types d’offres faut-il s’orienter ?

O. P. - Tout est à inventer. Il faut prendre les consommateurs pour des adultes et inventer des solutions qui génèrent de l’accord social. Comme cette marque sortie récemment « C’est qui le patron, la marque du consommateur », lancée après un sondage en ligne qui a chiffré précisément les surcoûts que le consommateur accepte de payer. Ou encore comme la coopérative Jeune montagne qui a su rassembler un collectif d’acteurs autour du Laguiole, avec une valorisation où « tout le monde s’y retrouve ». Faire valoir le prix juste, au sens de la justice et de la justesse, est devenu un argument de vente. Il faut réinjecter un peu de politique dans la manière de penser la consommation agroalimentaire, en revoyant les circuits de distribution et en démocratisant l’accès aux nouvelles offres. Amap et circuits courts ne doivent pas être réservés aux seules élites. Coproduire les aliments de demain avec les futurs consommateurs, c’est s’assurer une certaine légitimité.

IDENTITÉ

Olivier Lepiller est chercheur post-doctoral en sociologie. Ses travaux actuels portent sur la consommation de compléments alimentaires, à Toulouse Business School. Ses thèmes de recherche sont l’alimentation, la santé, les critiques de l’alimentation industrielle, la digestion de la critique, les valorisations du naturel, la naturalité, le changement alimentaire, la transition alimentaire. www.researchgate.net/profile/ Olivier_Lepiller

Les plus lus

des poules oranges
Prix des poules pondeuses – Cotation réalisée le 07 mai 2026

La CPP (Cotation poule pondeuse) est publiée dans Les Marchés le lundi reflète les prix de la semaine précédente. La CPR (…

Œufs aux drapeaux ukrainien et turc
Œufs : les importations européennes bondissent de 65 % au premier trimestre, l’Ukraine et la Turquie en profitent

Les importations d’œufs de l’Union européenne ont atteint un record sur le premier trimestre 2026. L’Ukraine a progressé, mais…

batau porte conteneur de dos
Viande bovine : la consommation continue de reculer dans l’UE, mais les importations vont bondir en 2026

La consommation par bilan de viande bovine va continuer son déclin en 2026, selon les prévisions de la Commission européenne.…

conteneur bresilien au port
Viande bovine : les exportations brésiliennes pourraient chuter de 10 % à cause de la Chine

Les droits de douane instaurés par la Chine sur la viande bovine vont bientôt conduire à l’arrêt des exportations du Brésil,…

vue en contre plongée, dans une allée entre des conteneurs sur un port
Viande bovine : chute attendue de 13 % des importations chinoises en 2026

La production mondiale de viande bovine est attendue en légère baisse en 2026. Ce alors que le premier importateur mondial, la…

vaches dans une prairie
Quelles sont les conséquences des mesures pour réduire le cheptel laitier aux Pays-Bas sur le marché du lait européen ?

Les Pays-Bas mettent en place un système d’aides pour réduire les troupeaux laitiers. Si les effets à court-terme seront peu…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio