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Michel Dantin, député européen : « On peut réguler les marchés par la baisse de la production »

La Commission européenne a opté pour une régulation temporaire des marchés par une incitation à la réduction de la production. Une première depuis la fin du système des quotas, qui présage une réflexion plus ouverte dans le cadre de la nouvelle PAC.

Michel Dantin,
député européen,
est membre titulaire
de la commission de 
l’Agriculture et du 
Développement rural
Michel Dantin,
député européen,
est membre titulaire
de la commission de
l’Agriculture et du
Développement rural
© R. Lemoine

Comment analysez-vous la mise en place par la Commission européenne de l’incitation financière à la réduction des volumes ?

Michel Dantin - Nous vivons un virage essentiel dans l’économie de la PAC. Jusqu’ici, les représentants des institutions européennes étaient tétanisés par des images de montagnes de beurre et de poudre. Cette idée paralysait les esprits, conduisant à un refus total de toute régulation. En 2012, ma proposition de réguler le marché par la baisse de la production avait été retoquée, essentiellement du fait de l’Allemagne. En septembre dernier, les producteurs de lait de 27 pays de l’UE ont répondu massivement au programme de réduction temporaire de la production en souscrivant à 99 % de l’enveloppe dédiée dès la première période. Même les pays du Nord de l’Europe, réfractaires par principe à toutes actions sur les marchés, ont utilisé le dispositif.

Agir sur les volumes de lait est donc possible. Ce dispositif n’arrive-t-il pas tardivement ?

M. D. - Certes, cette mesure arrive tardivement, au moment où nous constatons une reprise des cours et une baisse de la collecte. Je reste toutefois persuadé de ses effets positifs. Réguler les marchés par la baisse de la production est possible dans presque tous les secteurs agricoles : en lait, porc, volaille par la diminution de la ration complémentaire des animaux. C’est moins immédiat dans le secteur de la viande. Plus délicat pour les fruits et légumes ; on pourrait préconiser dans ce cas la nonrécolte comme dans le vin. Enfin, les céréales et les sucres se stockent bien. Il nous faut inventer de nouveaux outils pour faire face aux aléas des marchés, et la non-production en est un.

Dans quel état d’esprit sont vos homologues des autres pays européens quant aux outils de gestion des risques ?

M. D. - Les Français ont été les premiers à dénoncer la crise à venir, puis la crise en place. On nous assénait l’argument du manque de compétitivité. Face à l’installation durable de la crise et à la chute vertigineuse des prix du lait, les avis ont évolué sous la pression du terrain. L’Allemagne a changé de position à la demande des Landers. Les esprits sont désormais plus ouverts. Un sujet a le vent en poupe actuellement : les fonds de mutualisation. J’ai la mission de les expertiser avec le ministre fédéral allemand de l’Agriculture, Christian Schmidt.

Quelles sont les échéances pour la nouvelle PAC ?

M. D. - Le discours officiel est 2020. Il faudrait plutôt tabler sur 2023. Tout pousse à dire que la nouvelle PAC sera proposée par une nouvelle Commission et un nouveau Parlement (les élections sont prévues en 2019). Par ailleurs, les modifications substantielles de la PAC 2013 montrent la nécessité de penser la politique commune dans la durée. Enfin, les mesures ‘omnibus’de la Commission, qui visent à apporter des assouplissements et des simplifications aux règlements de base de la PAC, à l’occasion de la révision à mi-parcours du cadre financier 2014-2020, devraient entrer en application en janvier 2018. Pour toutes ces raisons, 2020 me semble une date peu réaliste. Il faut se servir de ce temps pour construire au mieux l’avenir de l’agriculture européenne.

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