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Meunerie: «s’adapter à la volatilité des marchés»

Joseph Nicot (notre photo), élu le 16 novembre dernier à la présidence de l’Association nationale de la meunerie française (ANMF) s’inquiète de la volatilité croissante des marchés céréaliers. Et de la part croissante prise par les biocarburants aux achats. Les meuniers vont devoir s’adapter à ce nouvel environnement, estime-t-il.

Les Marchés: Quelles raisons vous ont poussé à postuler à la succession de Michel Deloingce à la tête de l’association nationale de la meunerie française (ANMF)?

Joseph Nicot: Mes deux fils sont entrés il y a quatre ans dans l’affaire familiale que je dirige avec mon frère depuis 35 ans, l’un pour s’occuper des affaires de meunerie, l’autre de l’alimentation animale. Cela m’a dégagé du temps disponible pour prendre des responsabilités au niveau syndical. J’en ai toujours eu. Je suis administrateur de l’ANMF depuis 1978 en tant que président du syndicat régional des meuniers de Bourgogne puis de Rhône-Alpes. Car je pense que la meunerie est un métier qui mérite que l’on se penche sur lui et qui a intérêt à disposer d’un syndicat qui défende ses intérêts. Ma position de meunier familial, à la tête de moulins de tailles variables (de 20 000 à 50 000 tonnes) me permet d’être en contact avec tout type d’entreprise, des petites comme des grandes et donc d’être en position de les représenter. J’ajoute que je suis aussi fabricant d’aliment du bétail et membre du conseil d’administration du Snia avec lequel nous partageons la même convention collective. L’un des objectifs de mon mandat sera de resserrer les liens avec lui.

LM: Vous arrivez à la présidence dans un contexte de forte hausse des prix du blé. Comment les meuniers comptent-ils s’adapter à cette conjoncture?

J.N: Ce n’est pas un phénomène seulement conjoncturel. On le constate depuis plusieurs années : les prix des céréales sont de plus en plus volatils. Ils le seront sans doute de plus en plus. Le désencadrement progressif du marché des céréales constitue une révolution, à laquelle les meuniers vont devoir s’adapter. Il ne faut pas oublier que nous allons sortir du système de l’intervention pour aller vers un marché européen intégré au marché mondial, de plus en plus sous l’influence des marchés à terme. L’influence des marchés mondiaux et des marchés financiers sur celui des céréales est croissante. Il faut ajouter à cela l’arrivée soudaine d’un nouvel acheteur: l’industrie des biocarburants.

LM: De quels leviers disposez-vous pour amortir cette volatilité?

J.N: Les meuniers doivent s’attacher à passer des contrats commerciaux et être en mesure de mobiliser des dispositifs d’arbitrage comme le Matif. Tout cela peut avoir, ou aura, une influence sur les façons de vendre de la farine aux industriels comme aux artisans.

Quant à l’émergence des biocarburants, je crains ses conséquences non seulement sur le marché mais aussi sur l’évolution variétale et sur les axes de la recherche. La recherche, axée sur les variétés panifiables, risque de s’orienter vers les variétés « éthanol ». Nous devrons être vigilants sur ce point, de façon à ne pas devenir les parents pauvres de la recherche.

LM: Quelles sont les conséquences de la hausse des prix du blé sur la santé financière des entreprises de meunerie?

J.N: Les entreprises avaient pris quelques couvertures anticipant la hausse de ces dernières semaines. Mais le plus dur est devant nous. J’ai l’habitude de dire qu’il faut 18 mois pour digérer un coup de grisou comme celui-là. Je redoute le printemps 2007 et l’année 2007 en général, avec des prix du blé supérieurs à la moyenne actuelle, qui nécessiteront des réajustements de prix. Notre grosse crainte, c’est que le marché mondial n’assèche le marché européen et que l’on doive s’approvisionner ailleurs. Autant dire que l’ONIGC n’a pas intérêt à se tromper dans ses bilans de la campagne 2006. L’enjeu pour les entreprises est considérable.

LM: La filière meunerie est-elle concernée par les enjeux de la sécurité sanitaire des aliments?

J.N : Nous sommes attentifs au dossier des mycotoxines. Je compte en faire un chantier prioritaire. Je ne voudrais pas que nous vivions une crise comme ont pu en vivre d’autres secteurs. L’expérience a montré que ce type d’épisode n’a pas besoin d’être justifié pour être très médiatisé. Cela rend d’autant plus nécessaire l’existence de notre observatoire scientifique sur le pain qui fait intervenir régulièrement des spécialistes des mycotoxines, des allergies ou encore des questions nutritionnelles.

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