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« Les produits français de qualité sont en danger »

Dans une interview aux Marchés, Christine Monticelli, membre du Conseil national de l’alimentation, apporte sa contribution au débat sur le développement des signes d'identification de la qualité en France et en Europe. Cette professeure de marketing et stratégie des entreprises à l'Isara de Lyon, qui a participé à la rédaction du rapport du CNA sur le sujet, appelle à l’allègement d’urgence des procédures et à la création d’un «guichet unique» des signes de qualité au niveau départemental ou régional.

Les Marchés : Qu'est-ce qui caractérise le dispositif français des signes de qualité ?

Christine Monticelli : Actuellement, ce sont ses difficultés de fonctionnement ! Le plus crucial est à mon sens la lourdeur des procédures. Elle a des conséquences terribles pour les PME qui, sur le terrain, ont besoin de valoriser leurs produits et perdent beaucoup d'argent lorsque les dossiers sont bloqués pendant des mois ! D'un point de vue économique, il n'est pas viable que les démarches n'aboutissent que dans des délais de 18 mois en moyenne pour l'obtention des labels et CCP et 5 ou 6 ans pour les AOC. Dans les cas extrêmes, les dossiers qui cumulent IGP et signes de qualité peuvent même aller jusqu'à six ou huit ans. Les demandeurs sont en outre noyés de documents qui ne sont souvent pas à jour. Ces problèmes viennent en grande partie d'une organisation trop complexe et d'un manque de coordination entre INAO (institut national des appellations d'origine) et CNLC ( commission des labels et de la certification) qui opposent parfois visions agricole et industrielle alors que les deux intérêts sont liés.

LM : Sur le plan européen, peut-on parler d'exception nationale en matière de politique de qualité ?

Christine Monticelli : Oui. De nombreux professionnels français s'en plaignent, considérant qu'ils sont désavantagés par l'obligation de détenir d'abord un signe de qualité français (CCP ou label) pour postuler à une IGP. Bruxelles se contente pour le moment d'être un bureau d'enregistrement des dossiers d'IGP qui lui sont proposés. En amont, chaque pays applique la réglementation selon ses propres critères. Ainsi en France l'INAO confère à l'IGP une dimension d'aménagement du territoire, plus contraignante, alors que dans des pays comme la Grèce ou l'Espagne, elle peut être obtenue très rapidement. Cependant je ne pense pas qu'il faille sacrifier cette conception cohérente de la politique de qualité au nom de la lourdeur du dispositif, tentons d'abord de l'alléger.

LM : Estimez-vous que le système se trouve dans une impasse ?

Christine Monticelli : J'insiste sur le fait qu'une refonte du système est urgente, sans quoi c'est la fin de la politique de qualité en France. Elle traverse une panne magistrale, dont la preuve la plus flagrante est l'absence de présidents à la tête de la Commission des labels et de la section «examen des référentiels». Or on n'a pas trouvé à ce jour d'alternative économique et stratégique aux signes de qualité : en 2002, les CCP ont généré 3,2 mds d’euros de CA et les labels rouges 1,7 milliard -dont 913 millions pour les IGP. Il est donc impératif de faciliter les démarches en désignant par exemple un guichet unique au niveau départemental et régional, ou encore en créant des instituts régionaux de la qualité sur le modèle des 5 IRQUA qui existent déjà. Un règlement intérieur devrait être promulgué d'ici le mois de juin afin de parer au plus pressé.

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