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« Les préoccupations autour du bien-être animal montent »

Pour Geneviève Cazes-Valette, chercheuse en marketing et anthropologie de l’alimentation, les préoccupations des Français envers le bien-être animal progressent. Mais, leur incidence sur la consommation de produits animaux n’est pas si massive.

Geneviève Cazes-Valette, chercheuse en marketing et anthropologie de l’alimentation, professeure émérite de la Toulouse Business School.
Geneviève Cazes-Valette, chercheuse en marketing et anthropologie de l’alimentation, professeure émérite de la Toulouse Business School.
© TBS Education

La montée des préoccupations autour du bien-être animal modifie-t-elle réellement les consommations de produits animaux en France ?

Geneviève Cazes-Valette : Les études que j’ai réalisées tant en 2015 qu’en 2017 et 2019, confirment que les préoccupations envers le bien-être animal progressent en France. C’est aussi le cas des préoccupations autour de l’environnement. Mais si l’on observe en parallèle les statistiques à partir des données de FranceAgriMer, collectées de façon identique au fur et à mesure des années, la consommation de produits animaux par an et par habitant ne baisse plus depuis 2013. Depuis ce point bas, à 82,5 kg/ha/an, la consommation zigzague, mais reste en croissance puisqu’en 2019, FranceAgriMer donne 85,3 kg/ha/an. C’est bien sûr inférieur au point haut de 1998 à 93 kg/ha/an. Cependant, son évolution n’est pas du tout comparable à celle des préoccupations sur le bien-être animal. Il existe clairement une pression à la conformité dans les déclaratifs, ce fameux biais de désirabilité sociale.

Quelles sont les espèces animales les plus concernées ?

G. C.-V. : C’est une question difficile, car il existe incontestablement une substitution entre espèces, par exemple au profit du poulet. Ce qui est clair, en revanche, au-delà des vegan ou des végétariens, c’est la désaffection générale pour la viande des « bébés » animaux, veaux ou agneaux notamment. On voit à l’œuvre le même effet d’anthropomorphisme que pour les viandes de cheval, voire de lapin. Là, ce sont les mécanismes de l’animal familier qui jouent.

Les actions des filières pour améliorer le bien-être animal sont-elles reconnues par les consommateurs ?

G. C.-V. : Le respect du bien-être animal est une position claire et définitive de fond pour le grand public, incontestablement. Mais, je ne suis pas sûre que le Français moyen sache ce qu’il faudrait vraiment faire ni quelles sont les réalités de l’élevage. Il répète donc que les conditions sont mauvaises, que produire 1 kilogramme de bœuf coûte 15 000 litres d’eau alors que ces valeurs ne sont absolument pas la réalité française. L’opinion se construit donc essentiellement par les discours des ONG qui militent et font pression sur la grande distribution qui, à son tour, par crainte d’être accusée de complicité de maltraitance animale, fait pression sur son amont. Il paraît évident que personne ne veut que ce que montrent certaines vidéos chocs se reproduise !

Peut-on envisager une évolution plus forte dans les années à venir ?

G. C.-V. : Il est acquis que le consommateur est sous influence des médias grand public et des réseaux sociaux. Or, les éleveurs sont en général de mauvais communicants alors que les ONG possèdent tous les « codes ». Il y aura donc encore des pics de communication des ONG comme, en janvier, la campagne de Peta dans le métro parisien autour des agneaux : « Nous sommes des individus, pas des tricots ou des gigots – go vegan. » Mais, si les producteurs continuent à faire la promotion de la viande ovine en se montrant avec un agneau dans les bras, ils doivent franchement prendre des cours de communication ! Et rappelons qu’aucun agneau n’est tondu pour sa laine. En tant que femme d’éleveur de bovins bio dans l’Aveyron, je rêve qu’une personnalité du journalisme télé s’empare du sujet, suive par exemple une jeune fille qui sort du végétarisme en discutant avec un éleveur de montagne !

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