« Les conflits d'usage se sont multipliés »
Jacques Chazalet préside la section dégâts de gibier de la commission gestion des risques de la FNSEA. Il est également président de la Chambre d'Agriculture d'Auvergne. Pour Les Marchés, il évoque la cohabitation parfois tendue entre agriculteurs et chasseurs.
Les Marchés : Où en sont aujourd'hui les relations « de voisinage » entre les agriculteurs et les chasseurs ?
Jacques Chazalet : D'une manière générale, il y a de plus en plus de conflits sur l'utilisation du territoire entre ruraux et urbains. Il faut dire que la campagne est devenue un enjeu important pour un nombre croissant de personnes, ce qui multiplie les occasions de conflits d'usage. Les relations des agriculteurs avec les chasseurs ne sont pas particulièrement mauvaises pour autant. Les chasseurs font partie du groupe monde rural créé par Raymond Lacombe : c'est une instance où l'on peut discuter. En outre, les chasseurs ont été responsabilisés par la loi chasse de 2000 qui a légitimé leur rôle dans la gestion des espèces sauvages. Nous sommes favorables à cette évolution. Elle implique de la part des chasseurs un certain nombre d'engagements sur l'égrenage, l'entretien des clôtures, etc. Bien sûr, la répartition des rôles est parfois délicate et les conflits peuvent parfois déraper, mais cela reste rare. Pour améliorer les choses, il serait bon, par exemple, de clarifier le statut des lieutenants de louveterie.
Les Marchés : Le principal motif de crispation, ce sont les dégâts occasionnés par le gibier sur les cultures…
Jacques Chazalet : Oui, car la réponse des chasseurs est trop souvent de dire « de toute façon, vous serez indemnisés ». Mais il faut savoir que les procédures d'indemnisation sont longues et que les exploitants agricoles aimeraient surtout avoir la paix sur leurs exploitations. Or les dérapages dans ce domaine peuvent prendre des formes multiples. Il y a des chasseurs qui deviennent de véritables « éleveurs chez les autres » lorsqu'ils développent un égrenage de fixation. Ou encore ceux qui, sur des chasses communales, veulent maintenir les populations de gibier les plus abondantes possibles avant l'ouverture et refusent absolument toute battue administrative, ce qui, heureusement est un comportement qui a tendance à disparaître. Sans parler de ceux qui développent de véritables chasses commerciales, avec des chasseurs venus de loin et qui se comportent comme des colons.
Les Marchés : Que pensez-vous du souhait des chasseurs de vouloir développer une filière française de la viande de gibier ?
Jacques Chazalet : Cela me paraît plutôt une bonne chose, qui va dans le sens d'un meilleur suivi sanitaire des populations. Certaines maladies sont portées par le gibier sauvage, comme la brucellose et même la tuberculose et elles peuvent se diffuser dans les élevages. Avec une véritable organisation du commerce, on pourra mieux contrôler les risques. En outre, cela rendra apparent un commerce largement souterrain, sur lequel des gens se font de l'argent. Il faut que la chasse reste un loisir et un loisir démocratique.