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Les Américains se sentent bien protégés du danger

Les autorités ont mis en place un système de surveillance sur environ 400 000 poulets et dindes chaque année. Elles se penchent sur les moyens d’éradiquer une éventuelle épizootie.

Le continent américain se sent bien protégé du risque d’une épizootie à virus H5N1 asiatique. Aux Etats-Unis comme au Brésil, ou aucun cas n’a été identifié ni sur la faune sauvage ni en élevage, la surveillance se double d’un plan d’action pour l’éradication d’hypothétiques cas en élevage. Par exemple, le ministère de l’Agriculture des Etats-Unis suit tous les cas répertoriés de mortalité due à un virus de type H5 ou H7, qui ont montré leur capacité à devenir hautement pathogène dans le passé.

Les Etats-Unis gardent en effet en mémoire la grippe de 1918 dont l’origine américaine a été démontrée. Peu pathogène à l’origine, elle est devenue particulièrement virulente en traversant l’Atlantique avec les troupes américaines puis en revenant avec elles (700 000 morts aux États-Unis sur les 20 à 50 millions de morts dans le monde). Le système de surveillance américain démarre au niveau national.

Environ 400 000 poulets et dindes sont ainsi contrôlés chaque année pour prouver que la production nationale destinée à l’exportation est bien indemne de grippe aviaire (en particulier vers la Russie ou la filière investit dans une communication générique sur la sécurité de la viande de poulet).

La surveillance est confortée par les plans de chaque État, le meilleur niveau pour intervenir rapidement en cas de détection du virus. L’USDA se sent conforté dans son sentiment de sécurité de la population par la comparaison des pratiques d’élevage (proximité de l’homme durant de longues périodes en Asie) et des modes de consommation (soupe au sang de canard et d’oie notamment au Viet Nam). Mais le plan de la FDA (food and drug adminstration), disponible en ligne (www.fda.org) prévoit quand même une communication vers le grand public car, partout où le virus a été détecté, la consommation a chuté et car le lobby avicole insiste sur la nécessité de protéger ses ventes.

La crainte porte plus sur une dissémination par les voyageurs, en particulier les Asiatiques venant rendre visite à leurs parents, les importations d’animaux vivants ou d’œufs étant inexistantes aux États-Unis comme au Brésil. Ce dernier souffre actuellement d’un manque à exporter important, les consommateurs européens ne reprenant guère leurs achats pour l’instant. Un tiers au moins de la production n’a pas trouvé preneur au premier trimestre et vient engorger le marché brésilien, induisant une baisse très sensible des prix selon Fernando Ruiz (responsable aviculture au Brésil pour la firme d’additifs nutritionnels Alltech). Les travaux des épidémiologistes montrent de plus en plus clairement, un peu partout dans le monde, le rôle des importations illégales dans la transmission du virus et la douane se montre donc particulièrement vigilante aux Etats-Unis comme au Brésil.

Trouver une autre solution que la vaccination

La recherche américaine est très active pour trouver une autre solution que la vaccination des volailles afin d’éradiquer l’épizootie. Frank W. Edens (Département de la recherche avicole, Université de Caroline du Nord) a ainsi comparé les cartes du niveau de sélénium du sol aux États-Unis, des points d’apparition des cas de grippe en 1918 et de la mortalité. Les zones de plus forte mortalité sont celles ou le sélénium est le moins présent dans le sol et donc dans les plantes cultivées comme dans les animaux élevés. « La même chose est arrivée en France, en Europe, en Chine, en Afrique » souligne-t-il. « Le sélénium est bien un facteur important dans l’histoire virale, car la déficience en sélénium augmente la sévérité de l’infection par le virus H3N2 qui appartient au groupe A, le même que le H5N1, augmente la pathologie sur un modèle animal (la souris) et augmente l’inflammation cellulaire même si elle ne joue pas sur la quantité de virus ».

Selon le chercheur, qui s’exprimait lors du symposium Alltech à Lexington (Kentucky), le 26 avril dernier, une déficience en sélénium augmente aussi la virulence d’autres virus comme le coxsackievirus B3, le virus de la polio et le HIV. Les explications ne sont pas encore toutes connues, mais il permet de réduire le stress oxydatif, de réduire les mutations du virus, d’améliorer la lutte contre le virus par le système immunitaire et de diminuer l’inflammation. La forme d’apport (minérale ou organique, moins toxique) semble jouer sur l’action. Frank Edens met cependant en garde contre un excès d’optimisme : le sélénium ne constitue en aucun cas un traitement contre le virus mais pourrait participer à une stratégie de réduction des risques.

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