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« Le rythme des cessions dans l’agroalimentaire s’accélère »

Spécialiste du rapprochement d’entreprises agro-alimentaires, Jacques Vituret, Pdg du cabinet MTI International, vient de renforcer le maillage national de son entreprise (lire encadré). En dépit d’une accélération des cessions et d’une baisse des prix de vente, certaines affaires se vendent encore bien et suscitent l’intérêt d’entreprises étrangères, analyse-t-il.

Les Marchés : Comment évolue aujourd’hui la situation de la vente des entreprises agroalimentaires en France ?

Jacques Vituret : Nous restons sur la même base chiffrée annoncée par le gouvernement en 2004. Il y a en France 67 500 entreprises agroalimentaires et dans les 10 ans qui viennent 20% d’entre elles seront soit cédées, soit en cessation d’activité. Depuis quelques temps, le rythme auquel les dossiers de cession parviennent aux spécialistes de la transmission s’accélère. Nous constatons cette progression chez MTI. Les raisons sont multiples, à la fois structurelles et conjoncturelles. L’âge moyen des chefs d’entreprises que nous touchons atteint désormais 58 à 60 ans, ce qui alimente davantage encore les cessions. La situation économique et sociale soumet l’entrepreneur à une forte pression. L’année 2005 sera sans doute en retrait par rapport à 2004 qui n’était pas un très bon millésime. Les incertitudes liées aux tergiversations gouvernementales sur la loi Galland, les 35 heures, la rigidité du droit du travail en France, l’érosion du budget alimentaire des ménages au profit d’une consommation de loisirs alimentent également une certaine morosité.

Les Marchés : Cette morosité a-t-elle des conséquences sur les prix à la vente et la rapidité avec laquelle les cessions sont conclues ?

Jacques Vituret : Elle a effectivement un effet baissier et celui-ci dynamise le marché de la vente. Cependant, il faut se garder de généraliser : une belle affaire se vendra toujours bien, même dans un contexte de marché difficile. Pour ce qui concerne la rapidité avec laquelle les ventes sont conclues il faut aussi nuancer. Nous avons aujourd’hui chez MTI, 320 entreprises en vente – production et grossistes confondus - et un portefeuille de 400 acheteurs dont 100 groupes français et étrangers, le solde étant des particuliers. Ce que nous constatons, c’est que pour ces grands groupes, la durée de transaction reste relativement stable, à 6 mois. En revanche, les délais se sont rallongés très nettement du côté des particuliers. Antérieurement, les affaires étaient signées dans l’année. Désormais, il faut souvent compter près de 18 mois avant l’accord final. Les montages financiers des particuliers sont à l’origine de l’allongement des temps de reprise. Il reste que, depuis le début de cette année sur 7 cessions réalisées par l’intermédiaire de MTI, 5 l’ont été vers des groupes et 2 vers des particuliers.

Les Marchés : L’industrie agroalimentaire française continue-t-elle d’intéresser à ce point les investisseurs étrangers ?

Jacques Vituret : C’est un sujet important : la France agroalimentaire conserve toutes son attractivité vis-à-vis des groupes étrangers. Nos commanditaires sont à la fois Belges, Chinois, Japonais, Israéliens et Britanniques, entre autres. Leurs recherches sont extrêmement précises. Dans 9 cas sur 10, ces groupes réalisent une acquisition française dans le but de s’ouvrir les portes de la grande distribution nationale. Une présence directe sur le terrain leur permet de faire entrer leurs références sur le catalogue de l’entreprise locale et d’augmenter leur performance à l’export tout en consolidant l’affaire qu’ils ont reprise. Ces derniers temps nous constatons un activisme important du côté des acquéreurs asiatiques. Nous sommes notamment mandatés par un groupe japonais majeur pour trouver une entreprise de confiture en France.

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