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Le label Rouge peine à s'exporter hors de nos frontières

Les fédérations composant la FedeLIS ont pris l'habitude de tenir leur assemblée générale ensemble. Parmi les différents sujets traités mi-juin à Biarritz : la place des professionnels du label Rouge et de certaines IGP à l'intérieur de l'Inao, les opportunités à l'export et la protection des signes de qualité et d'origine en France comme ailleurs.

La FedeLIS, créée en 2009, est issue de l'ancienne Fédération du label Rouge (FLR) et regroupe plusieurs fédérations sous signe d'identification de la qualité et de l'origine (label Rouge, IGP, STG). Son assemblée générale s'est tenue à Biarritz les 12 et 13 juin derniers. Au total, les membres de la FedeLIS sont une centaine d'ODG dans tous les secteurs alimentaires avec une prédominance pour la viande, représentée par Fil Rouge et Sylaporc (59 ODG), la volaille et œufs avec le Synalaf (23 ODG), les produits d'aquaculture et de la mer avec Aqualabel (10 ODG), les produits divers du PAQ et quelques ODG dans divers secteurs de la meunerie, du fromage, des fruits et légumes ou du miel. Les signes concernés au sein de cette fédération sont le label Rouge et les IGP, mais la FedeLIS ne regroupe pas l'ensemble des IGP ou des labels. La filière label Rouge représentait 429 cahiers des charges pour un chiffre d'affaires de 830 millions d'euros en 2012. L'ensemble des 119 IGP pèse 1,5 milliard d'euros, sachant que le global Siqo (AOP, IGP, label Rouge) représente plus de 20 milliards d'euros, vins compris.

Les normes de qualité du label Rouge appréciées

Depuis la création du label Rouge, on ne peut pas dire que les résultats à l'exportation ont beaucoup défrayé la chronique. Alors que les vins AOC et IGP ont permis à la France de se positionner comme le deuxième excédent commercial français avec 11 milliards d'euros représentant 83 % de l'agroalimentaire français en 2012 avec +10 % en valeur, les produits label Rouge restent à la traîne.

C'est le cahier des charges qui fait tout

La faute à qui ? Tous mettent en avant l'aspect inconnu du label Rouge hors de nos frontières. « Nous vendons 95 % de notre production à l'export avec un marché prédominent : la Scandinavie », détonne toutefois Natha-lie Vucher, responsable qualité de Provence Tradition, qui exporte les seules herbes de Provence label Rouge. « Ils n'utilisent pas le label Rouge, car il est inconnu là-bas, mais ce qui les intéresse, ce sont les normes de la qualité supérieure de notre produit. Nous devons anticiper, avoir un coup d'avance et toujours réfléchir au moyen de moderniser notre label Rouge. » Même approche des Fermiers Landais qui exportent la volaille label Rouge vers les pays ” limitrophes de la France : « Le consommateur est francophile et sait que nous vendons de bons produits. Mais le label Rouge est inconnu malgré la télévision française captée dans ces pays, c'est le cahier des charges qui fait tout. » Pour Pierre-Emmanuel Brotelande, responsable export du consortium du jambon de Bayonne IGP, la voie du succès est plus orien tée vers l'Asie, la Chine et les pays tiers : « Pour nous, l'export commencé en 2008 est vital, car c'est par ce biais que nous augmenterons les volumes. Le Bayonne est considéré comme un produit haut de gamme, une alternance au Serrano et Parme, et l'origine “ France ” est très porteuse avec une croissance à 2 chiffres, plus orientée sur les pays tiers que sur l'Union européenne. »

Très reconnu

Très reconnu en France, le label Rouge pâtit d'une faible notoriété à l'export. Les contraintes en amont liées à ce signe de qualité intéressent pourtant les opérateurs étrangers. L'exposition Milan 2015 pourrait constituer une jolie vitrine pour les produits label Rouge. Mais cette expansion doit s'accompagner d'une bonne protection. Reste que les filières rechignent à payer des droits en hausse à l'Inao.

COUP DE POUCE DE BRUXELLES? Focus

La Commission européenne a décidé de donner un coup de pouce aux exportations des produits européens. La règle est simple. Déjà, les AOP et IGP qui souhaitaient mettre en place des programmes de communication bénéficiaient, si le programme était accepté, d'un cofinancement de la part de la Commission européenne d'un montant de 50 %. Compte tenu de la volonté de la Commission de favoriser les exportations, ce montant vient d'être augmenté. Il passe à 70 % pour les programmes à l'intérieur de l'Union européenne, hors programme national, et à 80 % lorsque ce programme est à destination des pays tiers. Le fonctionnement de ces programmes passe comme antérieurement par le canal de FranceAgriMer. Autre sujet de préoccupation, la volonté française de faire reconnaître le label Rouge sur le plan européen. Jusqu'à présent, les signes nationaux n'avaient aucune reconnaissance au niveau communautaire. Il est certain que si cette demande était agréée par la Commission européenne, cela permettrait d'exercer plus facilement un droit de défense contre toute usurpation au-delà des frontières de l'Hexagone et dans les pays tiers.

Voir le site : http: //ec.europa.eu/index _fr.htm

Le ton monte entre les professionnels et l'État

L'Inao pourrait aider les produits label Rouge à s'exporter. Pourtant dans son rapport moral, Henri Baladier, président de la FedeLIS, s'en est pris de façon insistante à la gestion de l'Institut. « Vous le voyez, notre mobilisation est constante et pourtant, nous avons encore bien souvent la désagréable sensation de n'avoir que peu de poids dans les décisions stratégiques, l'Inao restant “ l'institut du vin ”. » Là n'est pas le seul grief du responsable professionnel contre l'Institut. Il critique « la posture de l'État, qui au lieu d'encourager ses Siqo, les taxe en leur demandant de financer ses fonctionnaires ». Et de dire « NON ! à une nouvelle augmentation des droits de 20 % qui arrive après une augmentation de 30 % l'an dernier. »

Tout a été gratuit pour le label Rouge jusqu'en 2012

Une réponse ferme du ministère de l'Agriculture

En tribune, Éric Giry, chef du ser-vice de la stratégie agroalimentaire et du développement durable au ministère de l'Agriculture, a répliqué : « N'oubliez pas que le budget de l'Inao est un des rares budgets à avoir été maintenu malgré les économies annoncées. N'oublions pas non plus que tout a été gratuit

pour le label Rouge depuis de nombreuses années jusqu'en 2012. Les professionnels veulent être mieux défendus et protégés, et je les comprends, mais ceci coûte très cher. Regardez ce que coûte une procédure comme celle que nous menons contre Carrefour. Ramenez le coût des droits Inao au prix au kilo et vous verrez très vite que le rapport est très bas. »

« Milan 2015 est une opportunité pour se faire connaître à l'export » L'AVIS DU PRÉSIDENT DE L'INAO

Les Marchés Hebdo : Comment l'Inao est-il géré sur le plan financier ?

Jean-Charles Arnaud : Le budget de l'Institut pour 2014 est de 22,5 M€ dont 17 M€ sont apportés par les pouvoirs publics. Le différentiel représente les droits Inao abondés par les professionnels, soit pour 2014 la somme de 5,5 M€ répartis entre les quatre comités.

LMH : Comment sont réparties les deux principales parties du budget ?

J.-C. A. : Sur le principe de la tradition orale, la partie revenant aux pouvoirs publics sert à financer les salaires des agents. L'autre partie est attribuée au fonctionnement de l'Institut, c'est-à-dire le fonctionnement des différents sites régionaux, du siège social, des différents comités avec leurs commissions d'enquête, les déplacements, les frais de la protection des noms géographiques, les frais juridiques liés à cette protection : honoraires juridiques d'avocats ou de conseils, frais de procédures, surveillance Inpi, etc.

LMH : Alors quelle proposition faire devant cette grogne des professionnels ?

J.-C. A. : Tout d'abord je voudrais préciser que nous avons fait une étude de coût de revient de ce droit Inao. Dans la volaille, par exemple, il est de 0,015 € par kilo de volaille. Relativisons, en valeur absolue l'enjeu économique est très limité : environ 30 000 € pour l'ensemble du label Rouge. Quand on connaît les frais très importants d'une procédure pour usurpation de notoriété, il faut rester humble ! Conformément à l'accord de décembre 2012, il reste à appliquer 20 % de la hausse programmée. Dans une logique de compromis, j'ai proposé de les répartir en trois : 7 % sur 2015, 7 % sur 2016 et 6 % sur 2017. Au-delà, une indexation sur l'indice Insee du coût de la vie semble raisonnable. Je précise également que les IGP accompagnées d'un label Rouge ne payent qu'une fois !

LMH : Comment sortir de l'impasse ?

J.-C. A. : J'en appelle au sens des responsabilités de chacun. Identifions objectivement les vrais problèmes et traitons-les au mieux. La proximité de la signature du contrat d'objectif 2015-2017 est aussi l'occasion au sein de chaque comité de s'interroger sur une action stratégique : « Quelle action conduire au sein de l'Inao pour nos signes de qualité ou d'origine ? Comment mieux les internationaliser et mieux les protéger des usurpations ? » Milan 2015 est une opportunité pour se faire connaître à l'export. Réfléchissons à ce que nous pouvons mettre en place au cours de cet évènement qui nous mette à niveau avec nos compétiteurs italiens et espagnols notamment.

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