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L’agriculture vue par les candidats à l’Elysée

 L’agriculture est une « chance » pour l’Europe, non un « boulet », ont unanimement considéré les représentants de cinq candidats à la présidentielle à un débat qui posait l’alternative mardi 10 avril, à douze jours du premier tour. Ce débat organisé par l’Afja (association française des journalistes agricoles de l’alimentation et de la ruralité) a confirmé le consensus français en matière d’indépendance alimentaire, de diversité ou encore de ruralité. Il a aussi mis en relief des différences de sensibilité.

Celle-ci prend une allure plutôt libérale dans la bouche d’Antoine Herth, député du Bas-Rhin représentant Nicolas Sarkozy. Il part du principe que les agriculteurs sont des entrepreneurs. Il faut mettre à leur disposition des outils pour la gestion du risque et les encourager à s’engager dans des projets de développement durable. Pour autant, si un accord intervenait à l’Organisation mondiale du commerce pendant la vacance de pouvoir en France, ce serait perçu à l’UMP comme une « trahison » et la France y opposerait son veto.

Le hic, la constitution européenne

L’approche de François Sauvadet, député de la Côte-d’Or présent pour François Bayrou, est la concertation à tous les échelons. Ainsi le défi alimentaire, qui se pose à tous les pays du monde, impose un cadre de négociation multilatéral. L’objectif est de coordonner les échanges entre différents espaces économiques. Au sein de l’espace européen, les opinions publiques sont sollicitées de façon à refonder solidement la politique agricole. La France se rapproche des autres grands pays agricoles européens dans la perspective de 2008, année du bilan à mi-parcours de la réforme en cours. Les dossiers se gèrent en s’appuyant sur des organisations professionnelles et interprofessionnelles. Pour ces deux partis, l’adhésion de la France à une constitution européenne est un préalable à la redéfinition de la PAC, dans laquelle pèsera le Parlement. La vision de la politique agricole au PS de Ségolène Royal, de même que chez les écologistes de Dominique Voynet, est plus administrée.

Germinal Peiro, en charge du dossier agricole pour Ségolène Royal, considère qu’il y a urgence à sauver une politique publique, laquelle n’aura de sens que si elle prend en compte des critères sociaux et environnementaux. Il annonce la reprise des CTE (contrats territoriaux d’exploitation) si le PS revient au pouvoir. Pascal Dacheux, vice-président du Conseil régional de Picardie, représentant de Dominique Voynet, va plus loin en revendiquant une part significative d’aides dans le revenu agricole. Mais ces aides, contractuelles et plafonnées, se définiront surtout à l’échelon régional. Enfin, François Dufour, représentant de José Bové, met l’accent sur la redistribution des aides et la gestion des productions. Conformément à l’attitude altermondialiste de Bové, il est pour une « remise à plat » de la question agricole à l’OMC. Comme l’écologiste, il place l’agronomie au centre du modèle à promouvoir, mais il insiste, lui, sur le maintien d’une population agricole nombreuse auquel participera la revalorisation des retraites.

Le clivage est net en matière de politique énergétique. Les représentants de Sarkozy et de Bayrou comptent sur la revalorisation des prix par le développement industriel des biocarburants tandis que ceux de Bové et de Voynet sont pour qu’on se limite aux circuits courts.

Au cas où leurs candidats prendraient le pouvoir, un ministère de l’Agriculture serait maintenu pour tous, ont juré les cinq représentants. Quelle mesure prendraient-ils en premier ? Défendre la PAC et rétablir les CTE, confirme le représentant socialiste ; aller voir son homologue allemand puis les autres, prévoit l’UDF François Sauvadet, et toiletter l’éco-conditionnalité ; gérer les crises, réagit le représentant de Sarkozy ; détruire les parcelles OGM qui viendront d’être semées, menace l’homme de la Confédération paysanne ; réformer la gouvernance, c’est à dire la cogestion agricole, pour l’écologiste et œuvrer à la mobilisation de 20 % du premier pilier de la PAC pour l’affecter au second pilier afin de financer des contrats environnementaux. 

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