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Label Rouge : des fortunes diverses dans la viande

Si le Label Rouge constitue un niveau d’exigence qui permet de segmenter le marché, les producteurs s’interrogent sur le devenir des signes officiels après le départ de grands industriels des filières qualité.

Souvenez-vous, le «Fil Rouge», c’était l’épreuve décisive des célèbres Jeux sans frontières. C’est un peu l’étape que traversent les filières viandes rattachées au syndicat du même nom. En assemblée générale, le 6 juin, les représentants de Fil Rouge (bœuf veau, agneau) et du Sylaporc se sont interrogés sur la place du Label Rouge et des indications géographiques (AOP et IGP viande les ont en effet rejoints) face «aux marques d’entreprise, de distribution ou collectives». La question se pose en effet avec acuité depuis que Lactalis, principal acteur des produits laitiers d’appellation a quitté en partie l’AOC Camembert de Normandie et que Fleury Michon a déserté, en grande partie, le secteur du jambon Label Rouge dont il était le principal acteur. Deux événements de cette nature ne pouvaient passer inaperçus.

Pourtant Jacques Birol, consultant du cabinet «Less and More» a assuré que la légitimité du Label Rouge n’était pas en cause et que ce signe était même porteur d’avenir. « Le Label Rouge correspond à un concept moderne d’éthique et de consensus, a-t-il assuré. Il incorpore les consommateurs dans son fonctionnement ce qui lui apporte sa crédibilité. Le Label Rouge, c’est le ‘nouvellement bon’». Suite à l’obligation (contenue dans la notice technique charcuterie), de n’utiliser que de la matière première Label Rouge dans les charcuteries du même nom, l’industriel vendéen Fleury Michon a pourtant décidé de n’en garder que 10% dans son portefeuille. Une vraie marche arrière de la part d’un opérateur qui commercialisait 85% de sa gamme jambon cuit en Label Rouge. « Notre coût matière a augmenté de 30% avec cette mesure, a justifié Gérard Jeanot, directeur Recherche et Développement de l’entreprise. Nous sortons de notre marché car nous ne pouvons pas répercuter cette hausse. De plus, nous ne trouvons pas la qualité appropriée à nos produits. »

Fleury Michon: la polémique

Ces propos ont fait réagir vivement la profession qui avait mis en place la production nécessaire en porcs bâtiment Label Rouge pour satisfaire à la demande. Les éleveurs s’interrogent sur les raisons profondes de cette décision, intervenue tardivement, alors que Fleury Michon a participé activement à l’élaboration et à la mise en place de la nouvelle « notice ». Pour une partie d’entre eux, l’entreprise a tout simplement changé de stratégie entre temps et rejetterait la responsabilité de ce revirement sur son amont agricole. Pierre-Yves Perrin, directeur de la communication de Valtero (Socopa) estime de son côté qu’une marque forte et un label ne sont pas incompatibles. « Le seul apport d’image n’est pas suffisant, le Label Rouge doit aussi s’appuyer sur des marques, c’est une des raisons pour lesquelles le steak haché n’a pas bien fonctionné ». Le départ de Fleury Michon fait au moins un heureux. La société Kermené, fabricant sous la marque Tradilège pour Leclerc, entend bien récupérer le marché resté libre. « Grâce à la diversité de nos productions, nous sommes arrivés à l’équilibre matière, constate Jean Salün, responsable porc de l’entreprise. Nous allons occuper le terrain laissé libre sur le marché du jambon Label Rouge. »

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