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La filière laitière joue gros face au Brexit

La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne sera pas neutre pour les marchés européen et français.

© Source : IFA - MMO - Atla

Le Royaume-Uni est structurellement déficitaire en produits laitiers et importe près de 40 % de sa consommation des autres pays de l’Union européenne. Après l’Irlande, la France est son deuxième fournisseur et le Royaume-Uni est le troisième client de la France pour les produits laitiers, derrière l’Allemagne et la Belgique, pour un montant de 617 millions d’euros soit 10 % de la valeur des exportations françaises de produits laitiers.

LE ROYAUME-UNI, TROISIÈME CLIENT DE LA FRANCE

Ce sont ainsi 16,6 % des volumes de fromages exportés par la France au sein de l’Union européenne qui traversent la Manche, 17,7 % du beurre, 23,6 % de la poudre 0% et 15,3 % de la poudre de lait entier.

Pour l’Irlande, le schéma est encore plus lourd de conséquence. En 2016, 34 % des exportations totales de produits laitiers irlandais ont pris la destination du Royaume-Uni, avec 53 % de toutes les exportations de fromage irlandais, 29 % de celles de beurre et 12 % de celles de lait écrémé (SMP). « Les exportations irlandaises de cheddar vers le Royaume-Uni étaient de 78 000 tonnes, soit 82 % de tout le cheddar importé par le Royaume-Uni. En d’autres termes, le Royaume-Uni a une forte dépendance à l’égard des importations irlandaises pour le cheddar et le secteur cheddar irlandais dépend fortement du marché britannique, avec quasiment aucune option alternative », précise Catherine Lascurette, directrice de la section lait de Irish farmers, l’équivalent irlandais de la FNSEA. Le ministre irlandais de l’Agriculture multiplie les voyages d’affaires pour ouvrir de nouveaux marchés aux produits irlandais. Il était dernièrement à Dubaï et il s’apprête à rencontrer Stéphane Le Foll pour partager ses inquiétudes. « Un baromètre Brexit a été mis en place pour suivre la vie des entreprises agroalimentaires et les accompagner au mieux face à ce changement aux conséquences radicales pour notre agriculture, avec un plan d’action pour les plus touchées », confie Noreen Lanigan, directrice de l’antenne Bord Bia à Paris.

S’il est encore beaucoup trop tôt pour anticiper comment sera négociée la sortie du Royaume- Uni de l’Union européenne, il est évident que la question est prenante pour les filières laitières françaises et irlandaises qui jouent gros. La France comme l’Irlande veillent ainsi à la nature des relations commerciales qui seront négociées entre la future Union européenne à 27 et le Royaume-Uni devenu un pays tiers.

DES SCÉNARIOS AUX LOURDES CONSÉQUENCES

« Sans accord commercial bilatéral, le Royaume-Uni n’aura plus accès au marché européen pour ses produits laitiers, sauf à payer les droits à l’importation très élevés qui protègeraient le marché européen des importations en provenance des pays tiers. De même, les exportations françaises et européennes de produits laitiers devront payer des droits à l’importation pour rentrer au Royaume-Uni qui restent à définir mais pourraient être prohibitifs, rendant nos produits non compétitifs si les autorités britanniques décident d’ouvrir leur marché aux produits américains, néozélandais ou australiens », met en garde Gérard Calbrix, d’Atla.

Aujourd’hui, le Royaume-Uni parle de conclure rapidement un accord de libre-échange favorable avec les États-Unis pour compenser ses pertes économiques après sa sortie de l’Union.

ATTENTION À NE PAS SUIVRE L’EXEMPLE BRITANNIQUE

« Un futur accord commercial entre le Royaume-Uni et les États- Unis entraînera inévitablement un abaissement des normes alimentaires, ce qui pourrait conduire à l’introduction de boeuf aux hormones ou de poulet chloré au Royaume-Uni. Nous n’accepterions jamais d’abaisser les normes au sein de l’Union ; nous avons d’ailleurs réussi à les préserver dans tous nos accords commerciaux au niveau mondial », s’est insurgé le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, lors du Congrès de la FNPL à Langres en mars dernier, appelant les agriculteurs français à ne pas suivre l’exemple britannique au moment du vote pour la présidentielle. « Il y aura toujours des responsables politiques pour vendre des rêves complètement déconnectés des faits et de la réalité. Aujourd’hui, nous le savons, la politique agricole renationalisée ne garantira pas d’aide aux revenus au-delà de 2020 pour les agriculteurs anglais. Je ne souhaite laisser personne dire que la PAC et l’Union européenne ne sont pas là pour soutenir les agriculteurs. »

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