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La Belle Aude, l'espoir des ex-salariés Pilpa

Après un combat médiatique contre l'entreprise qui les avait rachetés, une partie des salariés de Pilpa, à Carcassonne, dans l'Aude, ont repris au printemps la production de crème glacée, sous la forme d'une Scop. Reportage.

Dans la grande usine, des bâches ont été tendues pour restreindre l'espace utile. D'un côté, le vide, le souvenir des chaînes de production qui remplissaient les chambres froides de bacs de glace. De l'autre côté, deux petites chaînes, une chambre froide pour congeler, quelques matériels pour préparer les mix. Nous sommes fin juillet, en début d'après-midi, la production de la journée est achevée, elle termine tout juste d'être mise en carton pour rejoindre le stockage. L'occasion pour les salariés de se poser et revenir sur le récent passé mouvementé de l'entreprise. Ce combat d'un an pour maintenir leur emploi, ils le décrivent avec fierté.

Lorsque R&R Ice cream décide de fermer les deux unités de Carcassonne, achetées six mois auparavant à Pilpa, le groupe ne s'attendait pas forcément à une telle détermination de ses employés. Après un an de lutte acharnée, dix-neuf ex-salariés Pilpa font encore partie de l'aventure née avec la création d'une Scop appelée la Fabrique du Sud. Leurs produits ont retrouvé le chemin des bacs réfrigérés de la grande distribution depuis le printemps 2014 sous la marque La Belle Aude.

Activité plus artisanale

Mais attention, la Fabrique du Sud n'est pas une résurgence de Pilpa, c'est une autre aventure précisent les salariés. « Nous avons acheté les outils qui correspondent à nos productions », souligne Christophe Barbier, responsable commercial de l'entreprise, et ancien délégué syndical au cœur de la lutte. Le matériel laissé par R&R Ice cream, calibré pour des pro-” ductions industrielles, n'était pas adapté à une activité naissante et artisanale. Les achats ont été réalisés pour la plupart d'occasion avec l'apport des fonds consentis par l'ancien propriétaire, les apports personnels de salariés pris sur leurs indemnités de licenciement et les aides de création d'emploi. Début avril, c'est le renouveau, avec un positionnement résolument haut de gamme.

Nous avons acheté les outils qui correspondent à notre production

« Lorsque nous avons repris, nous nous sommes vite retrouvés en rupture de stock. Depuis le démarrage, nous avons fabriqué 50000 litres de crème glacée, soit environ 100000 pots », poursuit-il. Un démarrage qui capitalise sur la forte médiatisation du conflit et le capital de sympathie généré dans les alentours autour du combat. Une fois en mesure de fournir ses clients, la jeune entreprise peut se consacrer à l'avenir. Le plan de développement est simple. « Entre 2014 et 2016, nous devons multiplier notre chiffre d'affaires par quatre », souligne Christophe Barbier.

Acquérir de nouvelles compétences

Pour cette année de démarrage, ils tablent sur une implantation locale afin de finir d'installer la marque dans le paysage, donc autour de Carcassonne et dans le département de l'Aude principalement. En 2015, il s'agira d'aller conquérir la grande région, d'installer la marque dans les deux capitales régionales voisines, Toulouse et Montpellier, puis en 2016, de pousser jusqu'à Bordeaux et Nice. « Un salarié coûte en moyenne, charges comprises, 100000 euros par an, donc il va vite falloir que nous arrivions à 2 millions d'euros de chiffre d'affaires », précise Christophe Barbier. Si la fabrication des crèmes glacées n'était pas un problème, les salariés venus aux commandes de l'entreprise ont dû acquérir de nouvelles compétences dont ils ne disposaient pas, comme le commerce, le management... Le statut coopératif, lui, s'est imposé pour rompre avec le modèle passé.

GAMMES DESTINÉES À LA GMS ET À LA RESTAURATION

La gamme est aujourd'hui composée de treize parfums (crème de vanille bourbon, chocolat, pêche jaune, caramel à la crème et à la fleur de sel de Gruissan, café 100 % arabica, pistache, marron, noix et morceaux de figues pour les crèmes glacées ; fraise, poire williams, framboise, citron pour les sorbets plein fruit et un sorbet chocolat noir) déclinés en différents conditionnements. Les pots de 550 ml sont destinés principalement à la grande distribution, le secteur de la restauration hors domicile est servi avec des pots de 120 ml ou des bacs de 750 ml et pour les collectivités, des pots de 2,5 et 5 litres. Pour Noël, La Fabrique du Sud travaille déjà à l'élaboration de trois bûches qui permettront de rompre la saison creuse.

Nous devons multiplier notre chiffre d'affaires par quatre

Souscription publique

« La coop, c'est pour nous inscrire dans une économie et une gouvernance différentes. Nous essayons autant que faire se peut de privilégier les approvisionnements locaux, même pour le lait alors que nous ne sommes pas dans une région de production. Nous avons travaillé cet été à trouver un fournisseur de lait local. Mais la grande différence, c'est que nous sommes sûrs que l'argent gagné par l'usine reste ici, la richesse que nous créons est conservée chez nous », justifie l'ancien délégué syndical. Une richesse qu'ils vont tenter de faire fructifier, sans compter les heures. « Nous avons été aidés pour monter ce projet, par l'union régionale des Scop, la CCI, la Région Languedoc-Roussillon et Carole Delga, secrétaire d'État en charge de l'Économie sociale et solidaire. Nous travaillons maintenant à l'élaboration d'une souscription publique pour que les clients et consommateurs qui le souhaitent puissent rejoindre notre aventure. »

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