Aller au contenu principal
Font Size

Interview Claire Dadou-Willemann, déléguée générale de l'Alliance chimie recyclage

La chimie est un acteur important dans la valorisation des déchets. Les industriels de la chimie ont trouvé opportun de se rapprocher de ce monde et de créer un lieu de partage et de travail en commun : 2ACR l’association Alliance chimie recyclage, fin 2011.

Claire Dadou-Willmann
est la déléguée générale
de 2ACR, l’association Alliance
chimie recyclage.
Claire Dadou-Willmann
est la déléguée générale
de 2ACR, l’association Alliance
chimie recyclage.
© rd

Quelles ont été les premières missions de 2ACR ?

Claire Dadou-Willmann - Avec les 20 membres fondateurs dont Arkema, Solvay (Rhodia à l’époque), Total, Suez, Véolia… nous avons d’abord travaillé sur un langage commun, qui a abouti au glossaire des termes usuels « réglementaires » du recyclage et de la valorisation. L’élaboration de cet outil a été l’occasion pour deux mondes différents d’apprendre à se connaître, de commencer à comprendre les contraintes et les leviers de chacun. Ce glossaire existe aujourd’hui en français et en anglais et est une référence. Dans cette même logique, nous voulions nous adresser au monde extérieur d’une seule voix et nous avons ainsi oeuvré à mettre autour de la table toute la chaîne de valeur.

 

Quelle est la volonté poursuivie ?

C. D.-W. - L’objectif est de faire de la valorisation des déchets une opportunité de développement économique et industriel pour les territoires et ainsi d’optimiser les ressources, en allant dans le sens d’une économie plus « circulaire ». Les statuts de l’association couvrent largement le périmètre des déchets car seuls les métaux ferreux sont exclus. Pour démarrer, dès 2013, nous nous sommes focalisés sur les déchets plastiques en portant ce sujet au sein du groupe de travail recyclage et économie circulaire du comité stratégique de filière chimie et matériaux.

 

Pourquoi le plastique ?

C. D.-W. - La consommation de plastique en France équivaut à 4,5 millions de tonnes par an dont 45 % pour l’emballage. En termes de déchets, ceci représente 3,4 millions de tonnes de déchets par an, dont 2 millions pour les emballages ; les emballages ménagers représentant 1 million de tonnes par an. Le sujet n’était pas encore médiatique et il nous a semblé essentiel de créer ensemble les bases d’une réflexion partagée, dans ce domaine qui représente un secteur économique de poids. Il existait de nombreuses études sur les déchets plastiques, leurs recyclages potentiels, mais sans une vision globale et partagée.

 

Où en est la réflexion ?

C. D.-W. - Nous avons mené deux grandes études. Le résultat le plus visible a été la création par l’Ademe du dispositif de soutien Orplast, visant à soutenir et développer l’intégration de matières plastiques recyclées par les plasturgistes ou transformateurs en France. Le succès de ce dispositif a été souligné au niveau européen. Les études ont aussi fourni des éléments de réflexion pour les engagements volontaires des industriels, dans le cadre de la feuille de route économie circulaire. Cependant, passer d’une économie linéaire à une économie circulaire, c’est partager de la valeur. La relation client-fournisseur doit aussi muter vers une relation de partenariat. Ces notions sont plus faciles à dire qu’à mettre en oeuvre ! L’économie circulaire répond à une visée de « bien commun ». Or nous sommes dans un univers concurrentiel et peu collaboratif qui limite les avancées et le partage. Un élan politique est nécessaire rapidement, car le retard pris fait perdre sa crédibilité aux plastiques et aux progrès qu’ils permettent dans de nombreux domaines.

 

Défendez-vous le plastique ?

C. D.-W. - Si on raisonne en termes de cycle de vie (ACV), de nombreuses études plaident en faveur du plastique dans l’emballage. L’ACV du plastique est meilleur que celui du verre et de l’acier. Dans l’étude Rôle des plastiques dans le découplage des déchets solides municipaux et la croissance économique aux États-Unis (1), des chercheurs du département de génie chimique du City College of New York ont exploré depuis 1960, les facteurs clés du développement des déchets solides municipaux et les liens avec les matériaux qui les composent. De par leur poids et leurs fonctionnalités, les plastiques ont contribué très largement à limiter la croissance des déchets ! Mais il faut être très prudent sur les questions d’innocuité, d’analyse bénéficesrisques et de fin de vie.

 

Quel est à votre sens l’élément clé d’une économie circulaire ?

C. D.-W. - Le bien commun et son corollaire, le collectif. Il faut décloisonner entre les entreprises, au sein des entreprises et jusqu’aux individus. D’autre part, la régénération des plastiques ne se développera d’une manière importante qu’avec une valorisation de ses bénéfices sociétaux et environnementaux. Un chiffre clé : quand on enterre 1 000 tonnes de plastique, on crée un emploi. Quand on intègre dans le cycle de régénération ces 1 000 tonnes, on crée huit emplois. Or aujourd’hui, il n’existe pas de mécanisme pour évaluer et valoriser ce retour sur investissement sociétal et environnemental. Et le plastique vierge reste souvent moins cher que le plastique recyclé…

 

Qui doit mettre la main à la poche ?

C. D.-W. - Les évolutions doivent se faire sur le terrain et dépendront des contextes territoriaux. Dans la première étude qui a été menée avec l’Ademe et la DGE, nous avons conclu ensemble qu’un investissement de 150 millions d’euros sur cinq ans permettrait de conduire à la régénération de 300 000 tonnes supplémentaire et créerait ainsi 2 000 emplois avec un retour sur investissement de cinq ans. Il faut amorcer ce changement de modèle ! Je milite pour mettre en place un mécanisme incitatif pour changer de modèle, avec un monitoring précis des avancées pour valider au fur et à mesure les avancées et adapter les paramètres du mécanisme en fonction des résultats. Les risques sont importants : des restrictions sur les plastiques, une vision punitive qui impactera essentiellement les industriels sur le territoire européen plutôt que les importations…

 

(1) https://www.sciencedirect. com/science/article/pii/ S0956053X18302745?via%3Dihub : Role of plastics in decoupling municipal solid waste and economic growth in the U.S.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

Philippe Palazzi
Philippe Palazzi va prendre la direction de Lactalis

Le groupe Lactalis prépare la succession de Daniel Jaouen, 56 ans, son directeur général depuis 2009. Selon Ouest France, ce…

Sodiaal publie son premier rapport annuel intégré

En 2019, le groupe Sodiaal (17 714 adhérents, 8643 salariés, 70 sites de production) a collecté 4,7 milliards de litres…

Philippe Delin
Le coup de gueule de Fromagerie Delin sur Facebook

Le 31 mai, à la veille de la journée mondiale du lait, Philippe Delin, président de la Fromagerie Delin, a poussé un…

Damien Lacombe, président de La Coopération laitière.
Coopératives laitières : l’enjeu crucial des négociations sur les MDD

Après plus de 80 jours de confinement qui ont engendré « un lourd tribut économique pour les coopératives laitières…

Thierry Roquefeuil, président du Cniel et de la FNPL. © TLS
Prix du lait : « ne retournons pas au monde d’avant »

Les Marchés Hebdo : Certains industriels ont annoncé une baisse du prix moyen du lait…

L'Afrique de l'Ouest craint une grave crise laitière

L'Afrique de l'Ouest craint une grave crise si les industriels laitiers européens déversent en Afrique leurs excédents…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 58,7€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio