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Faut-il enrichir les produits laitiers en vitamine D ?

Les études s’accordent sur les carences d’une large part de la population européenne en vitamine D. Mais l’amélioration des apports via l’enrichissement des aliments pose toujours question.

La vitamine D joue un rôle majeur dans l’homéostasie phosphocalcique, essentielle au développement et au maintien de la minéralisation osseuse. « Sa carence peut aboutir à des signes de rachitisme chez l’enfant et d’ostéomalacie (défaut de minéralisation) chez l’adulte, avec déformations osseuses et hypotonie musculaire », rappelle le Fonds français pour l’alimentation & la santé (FFAS)(1). « La fonction principale de la vitamine D est d’augmenter la capacité d’absorption du calcium et du phosphore dans l’intestin. Cela permet d’assurer une minéralisation optimale des os, cartilages et dents, pendant et après la croissance et de contribuer au maintien des concentrations plasmatiques de calcium et de phosphore », détaille l’Anses.

 

L’ALIMENTATION ET LA SYNTHÈSE ENDOGÈNE

Comme le montrent de nombreuses études, un apport supplémentaire en vitamine D induit une augmentation de la densité minérale osseuse et une diminution de l’incidence des fractures. Chez le sujet âgé, il peut aussi améliorer significativement la fonction musculaire et diminuer le risque de chutes et de fractures, car la vitamine D a de nombreux effets sur le muscle squelettique.

Au-delà, l’insuffisance et/ou la carence en vitamine D semblent constituer un facteur de risque de nombreuses pathologies : maladies neuro-dégénératives ou psychiatriques, certains cancers, événements cardiovasculaires et hypertension, ou encore maladies auto-immunes.

La question des apports et des besoins en vitamine D se pose donc. Un problème complexe car, si la vitamine D est apportée par l’alimentation, elle est surtout synthétisée par l’organisme de façon endogène, au niveau de l’épiderme, sous l’action directe du rayonnement ultraviolet (UVB). Elle est mise en réserve au niveau du foie, du muscle et du tissu gras et utilisée par l’organisme au cours des périodes hivernales. « On estime que, pour un adulte en bonne santé, l’exposition au soleil (sans crème solaire) peut procurer 80 % à 90 % de la vitamine D nécessaire, mais souvent moins en France », rappelle la FFAS. De fait, selon l’Anses(2), la variabilité interindividuelle de la synthèse endogène de la vitamine D peut être assez forte en France en fonction de critères tels que la région, la saison, la couleur de peau, l’âge et les facteurs socioculturels. Les sources alimentaires de vitamine D sont quant à elles peu nombreuses.

 

UN PROBLÈME MONDIAL DE SANTÉ PUBLIQUE

D’après les données du Centre d’information sur la qualité des aliments (Ciqual), les principales sources alimentaires de cette vitamine liposoluble sont l’huile de foie de morue et les poissons gras. D’après l’étude individuelle nationale sur les consommations alimentaires (INCA2), les principaux aliments contributeurs de vitamine D pour les adultes français sont les poissons (38,3 %), les œufs (9,9 %) et les fromages (8,2 %).

Pour autant, « le statut en vitamine D constitue un problème mondial de santé publique », souligne la FFAS. Dans le monde, plus d’un milliard de personnes présenteraient un déficit avéré. Les scientifiques du programme de recherche Odin(3) ont récemment établi que 13% des Européens seraient déficients en vitamine D, et que 40 % d’entre eux n’auraient pas un statut suffisant pour assurer une bonne santé osseuse. En cause : un ensoleillement insuffisant et des mises en garde croissantes contre les méfaits du soleil sur la peau et les cancers, conduisant à se protéger davantage.

En 2016, l’Efsa a d’ailleurs révisé les valeurs nutritionnelles de référence (VNR) pour les apports en vitamine D, qui dataient de 1993. L’apport adéquat établi est de 15 μg par jour pour les personnes en bonne santé à partir de l’âge de 1 an (et 10 μg/j pour les nourrissons de 7 à 11 mois). « Elles garantiront que les consommateurs européens absorbent des niveaux suffisants de vitamine D, indépendamment de leur situation géographique ou de leur exposition à la lumière du soleil », précise l’Efsa(4). En France, l’Anses a récemment actualisé les références nutritionnelles adoptées en 2001. Pour la vitamine D, la référence nutritionnelle pour la population (RNP) a été fixée à 15 μg/j, contre 5 μg/j (et 10μg/j en cas de non exposition au soleil) jusqu’ici. Après un état des lieux des références nutritionnelles fixées par les organismes internationaux et nationaux, les experts ont retenu la valeur fixée par l’Institute of Medicine (IOM) pour les sujets non exposés(5).

 

ÉVALUER LE STATUT EN VITAMINE D DES FRANÇAIS

Mais, face à la difficulté à estimer la quantité de vitamine D synthétisée par l’organisme grâce à l’exposition solaire, l’Anses préconise de réaliser une étude évaluant le statut en vitamine D de la population française. L’objectif est de mettre en place des «mesures de gestion adéquates, telles qu’une complémentation personnalisée à travers le système de soins dirigée vers la population adulte, des propositions de recommandations précises d’exposition solaire, compatibles avec la prévention des cancers cutanés, ou un enrichissement des denrées en vitamine D piloté par les pouvoirs publics ». Ce dernier suppose « une analyse des enjeux sanitaires et des bénéfices et risques attendus », précisent les experts. De fait, la vitamine D étant liposoluble, elle peut s’accumuler dans l’organisme en cas d’apports excessifs et causer divers troubles : maux de tête, nausées, vomissements, perte de poids, fatigue intense. En 2012, l’Efsa a toutefois augmenté la limite supérieure de sécurité pour la vitamine D (à l’exception des enfants de moins de 1 an), celle-ci passant de 50 à 100 μg/j. Les données disponibles dans quatorze pays de l’Union européenne indiquent en effet que les populations sont bien en dessous des valeurs à ne pas dépasser. Pourtant, « jusqu’en 2006, l’enrichissement des aliments était strictement encadré en France. Des dossiers devaient préalablement être soumis à l’Anses (à l’époque Afssa) », indique Amélie Dhaussy, de Lesieur(6). Des autorisations avaient ainsi été accordées par arrêté en 2001 pour l’adjonction de vitamine D3 dans le lait et les produits laitiers frais (au taux maximal de 1 μg/100 ml et 1,25 μg/100 g) et en 2004 pour les huiles végétales (5 μg/100 g).

 

ENRICHIR LES PRODUITS ALIMENTAIRES

Aujourd’hui, le règlement (CE) 1925/2006 concernant l’adjonction de vitamines, de minéraux et de certaines autres substances aux denrées alimentaires, permet l’enrichissement sans autorisation préalable, à condition de respecter les règles. Il faut utiliser les formes pré- vues dans le règlement, faire la preuve de l’intérêt nutritionnel de l’enrichissement et s’assurer que son niveau ne fait pas courir de risque de surconsommation aux consommateurs. Ce dernier point reste pour l’heure sous la responsabilité des industriels. « Outre les produits laitiers, de nombreux produits sont aujourd’hui enrichis en vitamine D en France, en particulier certaines céréales pour le petit-déjeuner et certaines huiles végétales », rappelle Amélie Dhaussy. Pour certaines associations de consommateurs, ils ne présenteraient guère d’inté- rêt, au vu de leur faible niveau d’enrichissement. Pourtant, l’Efsa a accordé bon nombre d’allégations santé aux produits « sources de » (ou « riches en ») vitamine D. Certains pays ont d’ailleurs rendu obligatoire l’enrichissement de certains produits, comme les pâtes à tartiner végétales au Canada et en Australie ou les laits aux USA et au Canada. Les scientifiques du programme Odin présenteront quant à eux dans les prochains mois à la Commission européenne les résultats de leurs travaux sur d’autres aliments enrichis en vitamine D: pain, champignons, poissons d’élevage, viande de porc, de bœuf et œufs.

 

 

 

 

(1) Vitamine D – État des lieux – mars 2016.
(2) Avis relatif à l’évaluation des apports en vitamines et minéraux issus de l’alimentation non enrichie, de l’alimentation enrichie et des compléments alimentaires dans la population française – 13 mars 2015.
(3) Food-based solutions for optimal vitamin D nutrition and health through the life cycle.
(4) Scientific opinion on Dietary References Values for vitamine D – 28 octobre 2016.
(5) Actualisation des repères du PNNS : élaboration des références nutritionnelles.
(6) Vitamin D recommendations, fortification in France, and communication – OCL - 2014.

LES APPORTS ALIMENTAIRES EN VITAMINE D DES FRANÇAIS

Les apports moyens en vitamine D dans la population française, provenant de la seule alimentation, sont de 1,9 μg/j chez les enfants de 3 à 17 ans, et de 2,6 μg/j chez les adultes de 18 à 79 ans.

Source : Anses d’après INCA2

 

La vitamine D2 ou ergocalciférol, produite par les végétaux, et la vitamine D3 ou cholécalciférol, d’origine animale, sont converties chez l’homme en 1,25-dihydroxyvitamine D ou calcitriol, forme active de la vitamine D.

Sources : Anses / Fonds Français pour l’Alimentation & la Santé.

 

VITAMINE D ET ALLÉGATIONS SANTÉ

Les allégations de santé génériques autorisées dans l’Union européenne pour la vitamine D concernent l’absorption et l’utilisation du calcium et du phosphore, la préservation des os et des dents, le fonctionnement musculaire, le fonctionnement du système immunitaire et la division cellulaire.

Les allégations relatives au développement et à la santé des enfants concernent la croissance et le développement osseux normal.

 

VITAMINE D ET ALLÉGATIONS NUTRITIONNELLES

Un aliment est « source de » vitamine D s’il contient au moins 15 % de la valeur nutritionnelle de référence (VNR) fixée pour l’apport en vitamine D, et « riche en » vitamine D s’il contient au moins 30 % de la VNR.

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