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Equarrissage : crise ouverte dans la filière

La panique s'est emparée des opérateurs de la viande en fin de semaine dernière, quelques jours après l'entrée en vigueur de la nouvelle taxe d'équarrissage sur les abattages. Des volaillers de Rungis se sont vus privés de livraisons. Ils refusaient de signer l'acceptation de pied de facture que leur soumettaient leurs fournisseurs. Jeudi et vendredi, le MIN a reçu 10 à 20 % de volailles en moins par rapport à l'an dernier à la même époque, rapporte un observateur.

Source de la confusion : le courrier, cosigné des ministres Francis Mer (Economie, Finances et Industrie) et Hervé Gaymard, indiquant que tout abattoir « doit informer chacun de ses clients du montant des charges dont il s'acquitte au titre du financement du service public de l'équarrissage, à proportion des viandes ou des prestations d'abattage facturées», somme devant faire l'objet « d'une mention particulière au bas de la facture délivrée à chaque client.» Les grossistes, conseillés par leur fédération, la FENSCOPA, ont compris que l'augmentation devait s'intégrer au prix facturé et qu'ils ne devaient en aucun cas tenir compte du pied de facture.

Les clients ne veulent pas payer la note

La Fédération des industries avicoles (FIA) a constaté pour sa part « l'opposition généralisée» des clients à encaisser ce coût supplémentaire. Refus qu'elle explique par l'absence d'une « décision administrative concrète » faisant suite à l'engagement politique de faire payer au consommateur sa part de service public de l'équarrissage. Au moment où les abatteurs se heurtaient à la réticence des industries de transformation, mais aussi à celle des sociétés de restauration collective et de certains grands distributeurs, leur syndicat général, le Sniv (Syndicat national de l'Industrie des viandes) les invitait à « cesser, dans l'immédiat, toute facturation de la contribution co-produits et à émettre auprès de leurs clients des avoirs correspondant aux montants éventuellement déjà facturés».

Le dernier bulletin Bevi-flash de la FNCBV (Fédération nationale de la coopération bétail et viande), publié en ce début de semaine, est particulièrement révélateur du malaise.

Il fait état de la remise en cause « par de nombreux distributeurs» des modalités de répercussion du coût de l'équarrissage retenues en de fin semaine dernière, et de l'échec des discussions organisées entre la fédération des industries de la salaison (Fict) et celle des distributeurs (FCD).

« Le Hard discount n'a jamais participé aux réunions de concertation», accuse le bulletin de la FNCBV, et reste par conséquent « opposé dans les faits» au pied de facture. La grande distribution « remet en cause» ce dernier dans son montant et dans son principe, concernant tant la viande transformée que la viande fraîche. Elle constate qu'une enseigne a l'intention de ne pas payer, qu'une autre « classera en litige toute facture avec pied», sans désigner nominativement Carrefour. Selon la FNCBV, la distribution « utilise tous les artifices possibles de vocabulaire pour cacher ses dissensions mais sans jamais avoir accepté clairement la répercussion systématique des surcoûts d'équarrissage sur l'aval».

« Il n'y a pas de décret (instituant le devoir d'information en pied de facture), le problème vient de là», explique-t-on à la FCD. Pour autant, celui-ci ne règlera pas le problème des produits transformés, ni celui de la restauration hors domicile, ni des surgelés, et encore moins celui des viandes exportées, convient-on à tous les échelons de la filière. Et il semble que tous les industriels veuillent remettre à plat le dispositif de financement du service public de l'équarrissage.

Rendez-vous demandé à Hervé Gaymard

Un revirement qui donne raison à la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT), opposée depuis le début des discussions au système du pied de facture.

Pour le Syndicat national du commerce du porc (SNCP), le gouvernement disposait de deux moyens pour assurer un dispositif viable. Soit « prendre en charge financièrement le financement total du ramassage total des cadavres d’animaux et 75% de leur destruction», soit « publier un texte réglementaire clair et incontestable rendant obligatoire la répercussion en pied de facture de cette charge nouvelle de l’abattoir jusqu’à la distribution».

Les interprofessions Interbev et Inaporc, pensant mieux réussir que les fédérations en ordre dispersé, ont demandé un rendez-vous à Hervé Gaymard. Leur accordera-t-il.

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