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En 2015, « on ne devrait plus être autosuffisants »


> Jean-Pierre Joly, directeur du Marché du porc breton (MPB).
L'année 2014 s'annonçait sous les meilleurs auspices pour le cours du porc, mais l'embargo russe en a décidé autrement. Le cours du vif fixé en France par le MPB s'établit à 1,327 €, en baisse de 9,36 %. Jean-Pierre Joly, son directeur, nous explique les raisons du dévissage. Les Marchés Hebdo : Le prix de marché actuel permet-il aux éleveurs de s'en sortir ?

Jean-Pierre Joly : Avec les primes de qualité et de traçabilité (15 centimes par kilogramme vif), le prix payé au producteur revient autour de 1,48 euro quand le coût de production se situe à 1,52 euro de moyenne. Depuis 2007, les éleveurs sont juste à l'équilibre entre pertes et gains. Cette année, on s'attendait à une année mirifique, avec un prix en hausse de 15 à 20 %. Fin 2013-début 2014, les États-Unis faisaient face à des difficultés sanitaires relatives à la diarrhée épidémique porcine, tandis que la demande des pays émergents se faisait sentir. Courant janvier, les cours se situaient à 1,35 euro, et tout le monde pariait sur une forte hausse en février.

LMH : La Russie est donc si importante pour le marché européen ?

J.-P. J. : Moscou importe 750000 t de viandes de porc de toute l'Europe, soit le quart des exportations des Européens sur le reste du monde. Le problème, c'est que Bruxelles a signé avec la Russie un certificat sanitaire européen alors qu'avec d'autres pays, le commerce peut se faire individuellement. Les cas avérés de peste porcine africaine détectés sur des sangliers en Lituanie ont donc affecté l'ensemble de l'Europe dont les exportations de viandes de porc ont été suspendues par Moscou le 29 janvier. Sur les dix premiers mois de l'année, les opérateurs européens ont remplacé le marché russe par le Japon (+40 %), les Philippines et la Corée du Sud (+100 %), les États-Unis (+40 %). Mais en cours de route, ces contrats ont perdu de la valeur. Et quelque 150000 t de viandes habituellement exportées vers Moscou sont restées sur le marché européen.

LMH : C'est le principal facteur d'explication de la situation du cours du porc en France ?

J.-P. J. : Et même en Europe, puisque le cours du porc en France se situe au même niveau que le cours moyen du porc en Allemagne. Il n'y a que le cours espagnol qui carracole en tête, avec un prix de 9 centimes de mieux qu'en France. La raison ? La croissance de leur marché de 3 % cette année (la France est en baisse de 1,5 % et le marché européen est stable), et leurs performances à l'exportation sur les pays tiers (+25 %) alors que les ventes européennes reculent de 6 %. Il faut cependant noter que le cours français aurait pu être plus bas si la consommation intérieure avait été moins dynamique – elle progresse cette année en France.

LMH : Peut-on se projeter sur 2015 ?

J.-P. J. : Il est impossible de prédire quoi que ce soit. On sait qu'il y aura un peu moins de cochons à abattre en France durant l'année. Et qu'on ne devrait plus être autosuffisants pour la première fois depuis le milieu des années 90. Le commerce sur les pays tiers devrait être un peu plus compliqué, compte tenu du retour des États-Unis qui ont réglé leurs problèmes sanitaires. Le problème, c'est que la baisse de l'activité industrielle impacte l'activité des autres maillons de la chaîne, contribuant ainsi à la dégradation de la compétitivité de la filière. À mon avis, l'embellie ne viendra que si l'Union européenne donne aux États membres la possibilité de signer des accords bilatéraux avec la Russie. En attendant, il va falloir commencer l'année sur un prix de marché de 1,17 euro environ, soit 20 centimes de moins que la première cotation de 2014.

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