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« Ecraser les prix paupérise l’offre alimentaire »

Les industriels de la charcuterie sortent affaiblis des négociations avec les distributeurs et une nouvelle année noire se profile. Entretien avec leur président à la Fict (Fédération des industriels charcutiers), Robert Volut.

Les Marchés : Quelle analyse faites-vous des chiffres de consommation de charcuterie en 2008 ?

Robert Volut : Le marché semble plutôt bien résister (ndlr : lire l’encadré page 13). Une légère baisse des volumes intervient en 2008 (-0,4 %), avec un creux au dernier trimestre. Mais, le début d’année 2009 marque un rebond de +2,7 % à la fin du mois de février. Il n’y a pas de crise de consommation. La charcuterie bénéficie toujours d’une grande confiance des consommateurs. Nos produits sont globalement indémodables, grâce à leur côté naturel, pratique, convivial.

LM : Cette résistance des ventes profite-t-elle aux industriels ?

R. V. : 2008 peut être qualifiée d’annus horribilis. D’après les premières estimations, la rentabilité des entreprises tombe autour de zéro, après avoir connu un niveau faible, mais régulier pendant une longue période, à 1,2 % de résultat net après impôt. Ce qui la plombe, c’est l’augmentation du prix du porc. Par exemple, le gras a coûté l’an dernier jusqu’à trois fois plus cher. Il est redescendu depuis, mais reste 20 à 30 % au-dessus de sa valeur de départ. Pareil pour la poitrine. Le problème est de faire passer ces augmentations auprès de nos clients. En 2008, l’élevage a perdu de l’argent, l’abattage découpe et la charcuterie n’en ont pas gagné. Seule la distribution tire son épingle du jeu.

LM : Vous aviez dénoncé le caractère « nuisible » de la loi de modernisation de l’économie (LME), lorsqu’elle était à l’état de projet. Confirmez-vous cette appréciation ?

R. V. : La LME renforce le plus fort au détriment du plus faible. C’est ce qui ressort des négociations avec la grande distribution, achevées début mars. Non seulement les fabricants n’ont pu obtenir d’augmentation de tarif, mais à l’inverse, ils ont dû accepter une baisse des prix triple net de 0 à -2 %. En 2007, ces derniers ressortaient entre 4,60 et 4,80 euros par kilo de charcuterie, alors que le prix moyen dans le commerce était estimé à 9,20 euros TTC (8,72 euros HT) par TNS Worldpanel. L’écart est inacceptable. Tout comme ces marques de distributeurs bâties sur des cahiers des charges imposant aux fournisseurs des prix les plus faibles possibles. Cela conduit à une paupérisation de l’offre alimentaire française.

LM : Craignez-vous une nouvelle année difficile, avec le redressement annoncé des cours du porc ?

R. V. : L’inquiétude est grande pour 2009. Si les distributeurs continuent à se comporter de la sorte, la situation va devenir impossible. Ils ne doivent pas refuser nos tarifs. Ce n’est pas dans l’esprit de la loi. La loi de modernisation de l’économie stipule que le tarif présenté par les entreprises s’applique. Par ailleurs, nous craignons que les distributeurs ne fassent à nouveau payer des coopérations commerciales. Leclerc, entre autres, a sollicité les industriels pour financer ses acquisitions de magasins en Alsace et en Corse. Cela ne correspond pas non plus à l’esprit de la nouvelle loi.

LM : Plusieurs entreprises du secteur ont fait part de leurs difficultés, notamment Madrange. Faut-il s’attendre à de nouveaux mouvements de concentration dans les mois qui viennent ?

R. V. : Il y a vingt ans, on comptait 500 industriels de la charcuterie. Leur nombre est tombé à 300 aujourd’hui. La restructuration du secteur n’est pas un phénomène nouveau. Mais la crise économique actuelle et la loi de modernisation de l’économie peuvent l’accélérer. Certains acteurs sont plus exposés que d’autres. Tout dépend de leur position stratégique, de leur politique d’innovation, de leur niveau de service.

LM : Votre fédération essaie notamment de développer les exportations. Comment se poursuit cette action ?

R. V. : Dans la foulée des missions engagées depuis un an et demi au Royaume-Uni, en Allemagne et en Belgique, une autre est au programme cette année en Autriche. Une quinzaine d’entreprises y participent et bénéficient d’une présentation de marché, de contacts avec d’importants clients, de visite de magasins, en partenariat avec l’agence conseil UbiFrance. Malgré ces efforts, la balance commerciale du secteur devient de plus en plus déficitaire. Il faut réfléchir à des modes d’action plus puissants, comme ceux employés par nos concurrents italiens et espagnols avec l’aide de leurs pouvoirs publics. Par ailleurs, il est plus facile d’exporter quand le marché domestique est rémunérateur. Cela permet aux entreprises d’être compétitives à l’international. En France, les marges sont laminées par la grande distribution.

LM : Où en est votre charte nutrition santé ?

R. V. :Des discussions sont menées actuellement avec le ministère de la Santé, la direction générale de l’Alimentation ainsi que la direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes. L’objectif est d’aboutir à une charte collective d’ici à la fin de l’année. Un travail est engagé sur sept grands produits et doit contribuer à limiter les écarts de composition. Le plus difficile sera d’améliorer le niveau qualitatif des produits premiers prix. Plusieurs engagements seront pris, en matière de réduction des taux de gras et de sel. Ils intégreront le code des usages de la charcuterie, de la salaison et des conserves de viandes.

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