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Des élus au secours de la gastronomie française

Le Club de la table française, présidé par la sénatrice Catherine Dumas, regroupe plus de 250 parlementaires désireux de s’investir dans la défense et la promotion des produits, de la cuisine et des arts de la table.

Les Marchés : A peine lancé, le Club de la table française affiche déjà une belle réussite avec la suppression de la proposition de coupage du rosé...

Catherine Dumas : Nous avons en effet lancé le Club de la table française avec Gérard Miquel, sénateur du Lot, et Alain Suguenot, député de Côte-d’Or, le 19 mai dernier à la Brasserie Lipp à Paris. Nous étions une cinquantaine de parlementaires. Et nous avons tout de suite affirmé que le vin rosé doit être issu d’un processus de vinification spécifique en refusant toute idée de coupage. Le 8 juin, la commissaire européenne Mariann Fischer-Boel a renoncé à son projet d’autorisation de la fabrication de vin rosé en mélangeant du vin rouge et du vin blanc. Loin de moi l’idée de nous attribuer totalement ce succès, car il s’agit d’une victoire collective, mais j’ose penser que le Club de la table française n’y est pas étranger. Nous avons pu mobiliser plus de 250 parlementaires autour de la défense du savoir-faire de nos vignerons, une mobilisation venue en appui de celle des professionnels. Notre mouvement de protestation a même trouvé un écho auprès des parlementaires italiens.

LM : Avez-vous créé le CTF pour défendre le vin rosé ?

C. D. :L’idée de cette structure germait dans mon esprit depuis plusieurs mois et nous l’avons construite avec les deux coprésidents. Dans le même temps, les parlementaires ont été saisis dans leurs départements et leurs circonscriptions par les viticulteurs inquiets de ce projet d’autorisation du coupage. C’est donc tout naturellement que le Club s’est emparé du sujet. Notre objectif n’est cependant pas uniquement de défendre des dossiers, mais de constituer une force active nourrissant la réflexion de l’ensemble des parlementaires, de droite comme de gauche, du Sénat comme de l’Assemblée nationale, qui n’ont pas forcément l’habitude de travailler ensemble. Les sujets que nous traitons et que nous traiterons autour de la cuisine, des vins et des arts de la table transcendent en effet les clivages classiques.

LM : Pourquoi s­­’intéresser à cette problématique de la gastronomie ?

C. D. : Dans mon travail au Sénat comme par intérêt personnel, je suis très impliquée dans la reconnaissance et la transmission des savoir- faire traditionnels et des métiers d’art, patrimoines qui contribuent à l’identité de la France. De plus, le Premier ministre, François Fillon, m’a chargée l’an dernier de rédiger le rapport de la mission parlementaire sur l’inscription de la gastronomie française au patrimoine immatériel de l’Unesco [lire encadrés]. Sur ce point, je note combien il est important de conduire le dossier sans arrogance. Il ne peut être élitiste car il doit être porté par tous les Français.

LM : Qu’est-ce qui motive les parlementaires à adhérer au Club ?

C. D. : Les parlementaires sont très attachés aux arts de la table, comme le montre l’étude que nous avons conduite avant le lancement du Club. Pour eux, les notions de convivialité, de plaisir, de qualité et de partage sont synonymes de la « table », mais ils notent un véritable déficit de promotion de ces métiers auprès du jeune public. Or, les arts de la table représentent un élément déterminant de l’image de la France à l’étranger, de son identité et de son dynamisme économique. Cette dernière dimension s’ancre dans le local : les arts de la table représentent en effet un enjeu de dynamisme important dans tous les départements, des points de vue touristique, économique et culturel.

LM : Quel est le prochain dossier pour le Club de la table française ?

C. D. : Je pense que la formation est essentielle, qu’elle concerne la découverte des goûts, du bien-manger et de la convivialité de la table pour les enfants, ou qu’elle attire des jeunes apprentis vers les porcelainiers, la cristallerie et autres métiers d’art. Le prochain dossier pourrait même porter sur ces « contenants » qui jouent un rôle important dans la mise en table des mets et des vins. Pourtant, en raison de l’évolution des modes de vie et de la concurrence, certains producteurs connaissent aujourd’hui de vraies difficultés.

LM : En quoi les consommateurs sont-ils concernés par votre action ?

C. D. : Nous voulons créer une dynamique, valoriser notre patrimoine en veillant à tout ce que représente notre culture française, dans une économie moderne faite d’échanges. Législateurs, nous avons naturellement l’intention d’aller jusqu’à des propositions réglementaires. Nous ne serons pas une association de parlementaires unis contre la malbouffe ou qui s’en tiennent à une cuisine élitiste. Nous nous intéresserons bien sûr aux tables étoilées, mais aussi aux cantines scolaires, à la restauration dans les hôpitaux ou dans les prisons comme à la cuisine des familles, car il est possible de faire bon pour pas cher. L’éducation au goût doit s’accompagner d’une transmission sur le choix et l’utilisation des produits. Là aussi, la France possède de nombreuses particularités de productions liées à sa géographie, mais aussi de traditions. Il n’est pas question d’interdire tel ou tel produit, mais de rappeler que le bien-manger va de pair avec la modération.

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