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Comment les filières s’accommodent des OGM

Consacré aux matières premières issues de plantes génétiquement modifiées, un séminaire de l'Institut du végétal et de l'union des protéagineux a fait ressortir l'inconfort dans lequel se trouvent les fabricants d'aliments.

Souvent fortuite ou infime, la présence d'OGM dans les aliments composés est certaine. Sur 18 tests réalisés en Italie en 2003, 17 se sont révélés positifs. Aimé Aumaître, un expert au CES Biotech de l'Afssa qui intervenait mardi à Paris au séminaire Arvalis-Unip sur l'alimentation animale, considère que les gènes du genre « epsps» en soja et « CryIAb» en maïs sont répandus, ce qui n'est pas étonnant vu la dépendance de l'Europe en tourteaux de soja et en gluten-feed issu de maïs américain.

Le citoyen et le consommateur européens sont défavorables aux OGM, a rappelé à ce séminaire le chercheur à l'Inra Bernard Ruffieux. Le citoyen est hostile à 83 % à l'utilisation des biotechnologies dans l'alimentation, selon Eurobaromètre et le consommateur perçoit très négativement la caractéristique « avec OGM ». Sa méfiance a cependant une limite, puisqu'en l'absence d'information, il considère les produits conventionnels comme « sans OGM ».

La pression de la distribution ou des filières animales s'exerce en particulier sur l'alimentation animale. La firme service CCPA, basée en Ille-et-Vilaine, a ainsi constaté, à travers un sondage sur plus de 100 cahiers des charges qu'elle gère en formulation, 14 % d'exigence quant aux OGM. Ceux-ci sont de portée nationale (Carrefour, Cora, biologique, bleu-blanc-cœur) ou locale (labels, AOC…). Le groupement d'associations d'éleveurs Acequal adapte ses exportations de bovins maigres vers l'Italie à la volonté du groupe de distribution Coop Italia dont l'intention est de généraliser le non OGM sur tout son rayon alimentaire.

Jean-François Labarre, directeur technique chez CCPA, a expliqué comment les fabricants procèdent pour éviter l'étiquetage (il faut pour cela que la présence fortuite soit inférieure à 0,9 %) ou offrir des aliments « sans OGM ». Comme l'a rappelé Valérie Bris du syndicat des industriels de la nutrition animale (SNIA), la DGCCRF autorise cette allégation pour un aliment composé ou « sans OGM » si la traçabilité l'établit et si aucune trace n'est détectable à l'analyse (le seuil de détection étant 0,01 %).

Sans soja, c’est viable

Les fabricants ont le choix entre deux types de soja : « OGM » et « PCR négatif » qui signifie pour l'industriel une présence fortuite inférieure à 0,9 %. Onze des 30 sites industriels sondés utilisent uniquement du soja conventionnel (PCR). Le cadre de CCPA a exposé la « problématique» posée par la réglementation. Concernant les matières premières, l'étiquetage est requis pour 100 kg de blé contenant fortuitement 1 kg de soja 100 % génétiquement modifié, car la teneur est de 1 %, donc supérieure à 0,9 %. En revanche, l'étiquetage n'est pas requis pour 100 kg de blé contenant 4 fois plus de soja génétiquement modifié à 20 % d'après l'analyse, car la teneur n'est que de 0,8 %. Concernant les aliments composés, l'étiquetage est requis pour 100 kg d'aliment contenant 1 kg de soja GM à 20 % et 25 kg de soja conventionnel, mais pas pour 100 kg d'aliment contaminé fortuitement par 0,9 kg de soja 100 % GM.

Patrick Breyton, d'Acequal, explique avoir mis deux ans à convaincre tous les membres de la filière bovins maigres pour l'Italie de faire du non-OGM, notamment les fabricants d'aliments. Or, ce type de filière est rentable, a-t-il assuré. Katell Crépon, de l'Unip, a abondé dans son sens en affirmant qu'il était viable économiquement de fabriquer un aliment sans soja avec des oléagineux et protéagineux locaux.

On est loin de voir les fabricants revendiquer la présence d'OGM dans leurs formules. Pourtant, Aimé Aumaître (Afssa) affirme, après avoir consulté des centaines d'études zootechniques à travers le monde, que les modifications sont sans impact négatif... Certaines sont même bénéfiques au rendement, comme celle du maïs Lys49 chez le poulet.

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