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Caricatures : les IAA françaises « attentistes » et « prudentes »

En quelques jours, l’appel au boycott des produits danois a paralysé les ventes d’Arla foods au Moyen-Orient. Les industriels français ayant des intérêts sur place observent la situation sans pour l’instant ressentir d’effets.

Hier, malgré les tentatives du Conseil français du culte musulman (CFCM) d’en interdire la publication, Charlie hebdo a reproduit les douze caricatures du prophète Mahomet à l’origine de la polémique en y ajoutant quelques-unes de son cru. Les 160 000 exemplaires ont été épuisés en quelques heures et un nouveau tirage est prévu. Les conséquences du rebondissement de l’affaire des caricatures dans la presse française seront suivies de près par les entreprises françaises ayant des intérêts au Moyen-Orient. Déjà des groupes armés palestiniens avaient appelé au boycott des produits français, jeudi 2 février, suite à la Une de France-Soir consacrée au sujet. Des drapeaux français ont été brûlés. Mardi midi, une manifestation a été organisée devant l’ambassade de France en Syrie. Cela signifie-t-il pour autant que le boycott qui frappe de plein fouet les produits danois pourrait s’étendre aux produits français ? Quelles conséquences économiques les industriels français craignent-ils ?

Contactées mardi par les Marchés, trois grandes entreprises françaises très impliquées au Moyen-Orient (Lactalis, Bel et Doux) et au Maghreb nous ont fait part de leurs sentiments à chaud. « A l’heure où je vous parle, il n’y a pas de boycott sur nos produits. Les mouvements se jugent sur le long terme et non sur le court terme», nous a confié Gérard Boivin, le p-dg du groupe Bel, ajoutant qu’il était « prudent et en attente». A la tête de quatre usines dont 3 à 100 % en Syrie, Algérie, Maroc et Egypte, le p-dg de Bel confirme que la zone est stratégique pour son groupe (qui a réalisé 21 % de son chiffre d’affaires en 2004 en dehors de l’Europe) et que des projets précis y sont programmés sur le moyen terme. Les événements actuels pourraient-ils les remettre en cause ? « Dans le cas d’Arla foods on doit tirer des conclusions des évènements, mais notre position est très attentiste », répond-t-il.

« Les distributeurs ne savent pas quoi faire »

Chez Lactalis, la prudence est également de mise. Si pour l’instant aucun retentissement direct ne s’est fait sentir sur le groupe, très présent en Egypte notamment avec des prises de participation majoritaire dans deux usines de fromage fondu (dont la dernière en date produit 16 000 t), Luc Morelon porte-parole du groupe confie que si la situation est très grave pour Arla, elle « est très peu claire pour les autres pays ayant reproduit les caricatures». « Les distributeurs étaient d’abord partis sur un boycott des produits danois(ndlr : comme le franchisé Carrefour en Egypte) et se sont tournés vers les produits français. Mais quand ils ont vu que les évènements changeaient, ils ont pris des mesures restrictives. Ils ne savent pas quoi faire », ajoute-t-il. « On n’avait jamais connu ça. Normalement nous sommes dans un monde où les échanges s’accroissent. C’est très difficile, mais on va s’adapter au terrain. » Pour le volailler Doux, qui a réalisé 15 % de son chiffre d’affaires en 2004 au Moyen-Orient, on n’affiche pas d’inquiétude pour l’instant. « Nous n’avons rien ressenti dans nos relations avec nos distributeurs et traders. On n’a pas eu l’écho d’un boycott de nos volailles dans les épiceries», rapportait mardi un porte-parole du groupe.

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