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À Brioude : « nous n’avons rien à cacher »

Alors que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage préconise la vidéosurveillance généralisée dans les abattoirs, celui de Brioude a déjà sauté le pas. Reportage.

Des caméras à l’entrée, sur le quai de déchargement, dans les écuries, au-dessus des frigos, et même à la mise à mort : tout est filmé à l’abattoir de Brioude (Haute-Loire). « Depuis huit mois, on peut suivre en direct ce qui se passe dans l’établissement, indique René Riol, le directeur, comme tout est enregistré et stocké pour 60 jours, on peut revisionner si besoin est. » Ce petit abattoir multiespèce racheté par la communauté de communes du Brivadois en 2008 et qui traite 2 500 tonnes équivalent carcasse (téc) par an n’a pas attendu la loi pour jouer la transparence. Alors que depuis le 20 septembre 2016, la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie préconise le contrôle vidéo obligatoire pour améliorer le bien-être animal, l’abattoir de Brioude a investi volontairement 35 000 euros pour installer une vingtaine de caméras du quai de déchargement des animaux à la salle de découpe des carcasses. « Nous n’avons rien à cacher, poursuit le directeur, nos pratiques respectent la réglementation sur la protection animale, nos dix-sept salariés sont formés tous les ans, il y a toujours deux personnes en permanence sur la chaîne d’abattage. Et au niveau des normes, l’abattoir est classé en première catégorie sur l’échelle des services vétérinaires. Nous n’avons rien changé à nos pratiques depuis qu’on est sous vidéosurveillance, c’est juste un moyen d’autocontrôle en interne et une mesure de sécurité », développe-t-il. Une précaution au cas où…

« La vidéosurveillance, c’est une garantie »

« Les lobbyings anti-viande et les médias font malheureusement beaucoup de tort à notre profession, regrette René Riol, la vidéosurveillance, c’est une garantie, c’est un parapluie sur un parapluie : on est capables de prouver que tout a été fait dans de très bonnes conditions. Je suis fils d’agriculteur, j’aime les bêtes, j’ai une entière confiance en mes salariés et le fruit de notre travail se retrouve dans l’assiette des consommateurs. » Le respect du bien-être animal fait d’ailleurs partie intégrante du projet de l’établissement. Il y a huit ans, lorsque la communauté de communes du Brivadois a investi 2,5 millions d’euros dans des travaux de restructuration des équipements, l’abattoir a sollicité l’expertise de spécialistes du comportement animal. « Logettes individuelles, ouvertures vers l’avant, absence de zones d’ombre…, tout a été conçu pour réduire autant que possible le stress des animaux », rappelle René Riol. Ce dernier insiste sur le fait qu’il n’a pas attendu les récents évènements pour ouvrir grand les portes de son établissement, y compris aux scolaires. « Le contrôle vidéo ne me gêne absolument pas, résume-t-il, si un jour il y a un problème, je suis prêt à tout mettre à disposition des techniciens vétérinaires, car j’ai confiance en leur retour. Je ne suis pas opposé à plus de contrôle. Ce que je me demande, c’est qui va visionner les films et comment ça va être interprété… Il ne faudrait pas que ce soit détourné pour détruire la profession : la mise à mort, personne n’aime la voir. »

Les images peuvent servir d’autoformation

Pour Cécile Bourguet, docteur en éthologie et en physiologie du stress, spécialiste du stress à l’abattage, le contrôle vidéo dans les abattoirs est une préconisation sans doute nécessaire mais pas suffisante. « Rien ne remplace l’expertise et le contrôle en direct, estime-t-elle, la vidéosurveillance est un plus, mais il ne faut pas se reposer dessus pour se dire : tout est filmé donc je fais moins attention. Il faut aussi renforcer les mesures internes. » En cela, la démarche de l’abattoir de Brioude est intéressante : « en interne, pouvoir visionner des images peut servir d’autoformation pour mettre en place des solutions adaptées afin d’améliorer la protection animale », précise-t-elle. L’abattoir de Brioude collabore régulièrement à des programmes de recherche sur le bien-être animal.

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