Bovins: la production brésilienne va rebondir

Le blocus européen contre la viande bovine du Brésil est venu à point nommé pour l’élevage brésilien, estiment des chercheurs du GEB (groupe économie bovine de l’Institut de l’élevage). Philippe Chotteau et Gérard You exposaient leurs récentes études aux rencontres « 3R » de la recherche sur les ruminants qui se sont tenues les 3 et 4 décembre à Paris La Villette. D’après leurs exposés à l’atelier « satellite » portant sur les « nouveaux équilibres élevage/culture dans le contexte mondial », le cheptel allaitant brésilien a vraisemblablement décapitalisé entre 2001 et 2006. Il est en phase de recapitalisation, constatent les observateurs, ce pour quoi, d’après les chercheurs français, le blocus européen est salutaire. La production avait augmenté beaucoup plus vite que le cheptel au début des années 2000, sous la pression de l’export ; l’âge d’abattage a baissé de 36-48 mois à moins de 36 mois. Mais les abattages contrôlés ont commencé à décliner dès janvier 2007.
Les exportations vers l’Union européenne ont débuté en octobre 2007, soit bien avant l’embargo « sanitaire » européen. Un symptôme : les prix ont fortement augmenté sur le marché intérieur comme sur l’ensemble des destinations d’export, comme jamais depuis l’avènement du réal en 1994. La consommation intérieure a réagi en déclinant nettement au profit du poulet. Les chercheurs pensent que l’export a tiré les prix au Brésil. La flambée s’est montrée bien plus modérée en Uruguay et en Argentine.
Recapitalisation
Le Brésil ne devrait pas tarder à rouvrir les portes du marché européen, croient les exportateurs comme les chercheurs français. Les auditeurs sont formés en nombre. Cependant, le cycle de recapitalisation pourrait encore durer deux à trois ans. En attendant, les abattoirs tournent à la moitié de leur capacité et la concurrence entre eux est féroce. Jusqu’alors, ils ont pu réaliser d’impressionnantes marges : 5 à 15 %. Un rebond brésilien est donc prévu dans deux ou trois ans.
La filière laitière avance en embuscade. Elle a participé ces dernières années à la conquête bovine des grands espaces du nord et de l’est du vaste pays. L’élevage laitier, de nature essentiellement familiale, a été notamment investi par les bénéficiaires de la réforme agraire sous le président Lula, qu’on dénombre à 900 000 installations.
Le problème, c’est l’investissement, les taux d’intérêts étant très élevés. Les infrastructures routières se mettent en place toujours trop lentement. La production laitière réagit très vite au prix des fourrages, le pâturage étant le système de base et le concentré étant la variable d’ajustement. C’est pourtant un secteur d’avenir puisque le leader mondial du poulet, Perdigão, a acquis 3 des 15 premières laiteries. Nestlé et Fonterra (coopérative néo-zélandaise) construisent une nouvelle laiterie. La consommation intérieure a de grandes marges de progrès devant elle et l’export de poudre balbutie mais pourrait atteindre 10 millions de tonnes d’équivalent lait à l’export. Le Brésil peut devenir un acteur de premier plan sur le marché mondial du lait, pensent les économistes du GEB. Ceci en soutenant la production de viande, puisque le cheptel laitier, croisé Gir (race adaptée aux conditions tropicales) et Holstein, en fournit.