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Avec LDC, l’industrie du poulet grand export de France Poultry va laisser place à la reconquête de la souveraineté

Le leader français de la volaille LDC a annoncé la semaine dernière avoir signé un protocole d’accord pour prendre le contrôle de France Poultry, dernier abatteur et exportateur de poulets Grand Export de France. Il construira dans la foulée un abattoir de poulets.  C’est la fin d’une aventure industrielle française démarrée dans les années 50, mais un pas dans la reconquête de la souveraineté alimentaire.

un élevage de poulets
Cet élevage de poulet export dans le Finistère devra adapter ses bâtiments aux exigences des marchés français et européens.
© Franck Jourdain

LDC rachètera le 31 décembre prochain 100 % des parts de France Poultry (314 salariés) à son unique actionnaire, le groupe agroalimentaire saoudien Al Munajem. Et dès le 11 mars prochain, l’industriel sarthois aux 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 27 000 salariés renforcera à 75 % sa position dans la structure amont de France Poultry où il était déjà présent à hauteur de 40 %. Ses fermes de reproductrices et son usine d’aliment, Yer Breizh (95 salariés) encadrent la production des quelque 110 éleveurs sous contrat pour fournir du vif à l’abattoir. Cet accord révélé jeudi 26 février par LDC résulte de plusieurs mois de négociations conduites sous l’égide d’une administratrice judiciaire au tribunal de commerce de Rennes dans le cadre d’une procédure de conciliation. 

Lire aussi : Poulet : « Le rythme de construction de nouveaux bâtiments reste très éloigné des objectifs fixés »

Du poulet export encore produit en 2026

France Poultry va poursuivre pour une dernière année son activité Grand Export. Un métier spécifique pour lequel il abat actuellement 230 000 petits poulets de 1,350 kilo vif par jour, les surgèle et les achemine entiers par bateau sur la zone Moyen-Orient, à 80 % vers la seule Arabie saoudite, patrie de son actionnaire Al Munajem. Mais dès 2027, « l’activité Grand Export de France Poultry sera progressivement réorientée vers d’autres marchés, complétée puis arrêtée au profit d’un projet de diversification de l’activité vers d’autres productions », indique LDC dans un communiqué. 

 La France était « jusqu’au début des années 1990 le premier exportateur mondial de poulets entiers congelés »

Le groupe va en parallèle lancer la construction d’un nouvel abattoir, pour un investissement de 120 millions d'euros « spécialisé en poulet à destination de ses différents marchés afin de pouvoir répondre à la demande croissante en poulets en origine France (pour une mise en service prévue) début 2028 ».

Lire aussi : Volaille : pourquoi L214 s’en prend aux poulets Doux ?

Le poulet export, une industrie septuagénaire

Ce projet marque donc la fin programmée d’une grande histoire industrielle de la Bretagne et des Pays de la Loire, celle du poulet grand export. Ce secteur né dans les années 1950 dans le Finistère s‘est fortement développé sous l’impulsion d’un leader incontesté, Doux (Châteaulin), un temps numéro 1 en Europe, et de son challenger, Tilly devenu plus tard Tilly-Sabco. De 53 000 tonnes en 1975, leur production de poulets congelés Grand Export bondit à 331 000 tonnes en 1983. Selon une note de FranceAgriMer, la France était « jusqu’au début des années 1990 le premier exportateur mondial de poulets entiers congelés ». Ces opérateurs bénéficiaient alors des restitutions à l’exportation, subventions qui étaient octroyées par l’Europe aux exportateurs pour compenser l’écart de prix avec les marchés mondiaux. 

Les 237 000 tonnes de poulets congelés « Pays tiers » exportés par les Français en 2012 représentaient 22 % de la production hexagonale, 45 % de la production bretonne et 25 % de celle des Pays de la Loire !  

Crise du poulet export dans les années 2010

Mais la montée en puissance de la concurrence brésilienne et surtout la fin des « restit » en 2013 vont fragiliser tout l’édifice. Sans aides à l’exportation, les opérateurs bretons ne sont plus compétitifs. Tilly-Sabco disparait en 2014, Doux est liquidé en 2018 et démantelé. Cette chute fait grand bruit à l’époque. Il faut avoir à l’esprit que les 237 000 tonnes de poulets congelés « Pays tiers » exportés par les Français en 2012 représentaient 22 % de la production hexagonale, 45 % de la production bretonne et 25 % de celle des Pays de la Loire !  

Lire aussi : LDC Sablé: croissance des ventes d’élaborés de volaille mais un taux de service à améliorer

Concurrence internationale sur l’Arabie saoudite 

Lors du démantèlement de Doux en 2018, le Saoudien Al Munajem (attaché à la qualité du poulet Doux sur ses marchés) reprend l’activité Grand Export. Il crée France Poultry dans l’abattoir Doux de Châteaulin. En guise de soutien au secteur, la Région Bretagne et les coopératives Eureden et Terrena (cette dernière a depuis été remplacée par LDC) entrent au capital de Yer Breizh, nouvellement créée. « Ça a été un pari difficile, mais en huit ans, notre actionnaire n’a jamais fait défaut », reconnaît l’actuel directeur général de France Poultry, François Le Fort. Mais depuis la fin 2024, la partie était plus difficile, notamment en raison « du développement d’élevages de volaille en Arabie Saoudite » et de la concurrence toujours vive des acteurs brésiliens, thaïlandais et ukrainiens. 

Besoin de poulets français

Que France Poultry se tourne demain vers les marchés français va dans le sens de la reconquête de la souveraineté alimentaire. Dans un communiqué, le président de région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard souligne d’ailleurs combien « cette décision marque une étape importante, (…) dans un contexte où la consommation de volailles progresse plus vite que la production française ». Reste aux éleveurs fournisseurs de vif de France Poultry de réaliser leur mue en adaptant leurs bâtiments aux exigences des marchés français et européens. La Région Bretagne fait savoir qu’elle sera à leurs côtés.

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