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Dossier
50 premières entreprises laitières

L’édition 2009 du numéro spécial des « 50 premières entreprises laitières » a été réalisée en pleine crise du prix du lait qui n’a pas fini de faire des remous.

Les analyses de la conjoncture économique et des résultats financiers des entreprises permettent de mieux aborder les cycles auxquels est soumise la filière laitière et qui l’ébranlent aujourd’hui. Des cycles dont les effets prennent de plus en plus d’ampleur avec l’entrée du secteur laitier dans l’ère de la dérégulation décidée à Bruxelles dans le cadre de la réforme de la PAC.

Si 2007 a incarné le point culminant avec des cours historiques pour le beurre et la poudre, 2008 est une année de transition. Plutôt un bon premier semestre avec des cours de produits industriels, certes loin des sommets exceptionnels atteints en 2007, mais néanmoins au-dessus de la courbe de 2006, et un second semestre qui accuse le début du creux du cycle avec des cours des produits industriels qui s’effondrent rapidement.

Les résultats des généralistes et des fromagers en 2008 rendent compte de cette dégradation qui intervient alors que la hausse du prix du lait a incité à un afflux important de matière première. 2008 a cependant été plus clémente pour les spécialistes des produits frais malgré la baisse des ventes. Le secteur du lait de consommation a également su tirer son épingle du jeu.

Les perspectives 2009 sont sombres en particulier pour les entreprises dont le mix produit est fortement dépendant des produits industriels.

2008, une année sur fond de crise

L’année 2008 est l’illustration du passage d’un marché structuré vers un marché libéralisé. La filière laitière est entrée à pieds joints dans la dérégulation.

C’est dans un environnement chahuté que l’industrie laitière a évolué en 2008. Dès le début de cette année, les cours des produits industriels sur le marché mondial se sont dégradés réduisant à néant les pics enregistrés en 2007. Ainsi, au deuxième semestre, à l’annonce d’une hausse de la production en Nouvelle-Zélande, tout a basculé. De plus de 4000 à 5000 dollars la tonne, les cours mondiaux des protéines et du beurre sont descendus à 2000 dollars la tonne.


RETOURNEMENT DE LA CONJONCTURE
Deux mouvements contradictoires et quasi-simultanés expliquent le retournement de conjoncture, selon Gérard You de l’Institut de l’élevage : « d’un côté la production mondiale a retrouvé une croissance conforme au rythme tendanciel depuis dix ans, grâce à des conditions climatiques redevenues plus conformes à la normale dans l’hémisphère sud et à un prix du lait à la production très stimulant malgré la hausse concomitante des aliments du bétail. De l’autre côté, la demande mondiale en produits laitiers qui était très dynamique jusqu’en 2007, a subi deux à-coups : dans un premier temps les effets de la forte hausse des prix au détail qui fut particulièrement sensible dans les pays industrialisés ainsi que le doublementdes prix pour les ingrédients beurre/poudre sur le marché mondial. Puis dans un second temps, les premiers effets de la crise financière dans les pays émergents et du scandale du lait à la mélamine en Chine qui a touché l’image du lait dans les pays du Sud- Est asiatique ».


CHUTE DES COURS DU BEURRE/POUDRE
Dépouillée de ses outils de régulation des marchés suite à la réforme de Luxembourg en 2003, l’Europe laitière n’a pas pu résister : les cours européens des produits industriels ont dégringolé. Ils sont aujourd’hui à leur plus bas niveau historique. Les marchés n’avaient jamais connu une telle situation. En 2007, l’impact de la réforme de la PAC n’avait pas été visible, gommé par la tenue exceptionnelle des cours due à un déficit conjoncturel de production laitière en France et dans le monde. Cette chute sans précédent de la valorisation des produits industriels qui pèsent pour au moins 30 % dans les débouchés du lait français, a impacté la filière dès le premier semestre 2008. Elle a été de plus aggravée en France par l’afflux exceptionnel de lait, généré par la forte augmentation du prix du lait et l’augmentation des allocations provisoires sur la campagne 2007-2008.


LA FILIÈRE TRINQUE
Résultat : toutes les entreprises ont souffert. Elles ont eu à digérer les pertes occasionnées par la moindre valorisation du couple beurrepoudre alors que la répercussion de la hausse du prix du lait sur les tarifs des produits de grande consommation était insuffisante selon Atla.
D’après les chiffres de l’Insee, l’évolution du prix de vente consommateur des produits laitiers est restée inférieure à l’évolution des prix de la moyenne des produits alimentaires, fait remarquer Atla. Et si certains industriels ont pu tirer leur épingle du jeu du fait de la conjugaison de la baisse du prix du lait les trois derniers mois de l’année (après avoir augmenté de 100 euros/1 000 litres en début d’année, le prix du lait a perdu 30 euros/1000 litres en fin d’année) et de la néanmoins hausse, « bien qu’insuffisante », des tarifs à la distribution les derniers mois de l’année, ils avouent avoir perdu des volumes.
En effet, les achats de fromages et de produits frais par les ménages en 2008 ont reculé. Le lait et le beurre plaquette ont mieux résisté,mais les achats se sont orientés vers les MDD au détriment des marques nationales.


UN NOUVEL ORDRE LAITIER
Par ailleurs, dans le contexte de crise économique, la hausse des prix à la consommation a provoqué une décision politique qui continue aujourd’hui encore à ébranler la filière.
Le gouvernement dont un des slogans phare de la campagne électorale était la défense du pouvoir d’achat, a interdit par la voie de la DGCCRF, les négociations nationales interprofessionnelles sur une recommandation sur l’évolution du prix du lait.
Les relations explosives entre les producteurs de lait et les industriels ces dernières semaines sont là pour témoigner du désordre provoqué par cette initiative. Les Pouvoirs publics ont dû intervenir à nouveau en mai dernier — juste avant la campagne électorale européenne —, mais cette fois dans l’autre sens, pour rétablir des négociations nationales et redonner son rôle à l’interprofession.
Cette crise est révélatrice du nouvel ordre laitier qui se met en place et que d’aucuns craignaient. Il est aisé de nommer un coupable : la dérégulation.

Alors que la crise financière a sonné le glas du libéralisme dans les systèmes bancaires, comment peut-on l’instaurer au niveau agricole et notamment laitier ?
Et alors que les gouvernements les plus libéraux interviennent plus que jamais dans l’organisation des marchés et contre toute attente dans la gestion des banques et des entreprises, comment peut-on admettre que le gouvernement français puisse entraver une organisation de filière qui permet de gérer au mieux les crises ?
La volatilité des marchés qui est une résultante directe de cette dérégulation, s’il faut la subir, il est nécessaire de trouver un système de substitutiopour gérer le rapport au marché. Car le rythme de la production laitière répond lui à un cycle long et toutes les voix s’accordent pour dire qu’un producteur qui arrête de produire n’y reviendra plus.
Quid de l’organisation de notre industrie laitière et de l’aménagement du territoire !

RITA LEMOINE 

 

 

LES IMPORTATIONS DE PGC
SONT EN CROISSANCE

« Sur l’année 2008, les échanges internationaux de produits laitiers ont globalement égalé le faible volume échangé en 2007, marqué par un manque de disponibilité.
Ainsi, les principaux pays exportateurs se sont retrouvés en 2009 avec des stocks de produits industriels qui pèsent sur les cours d’autant plus que la demande mondiale, malgré des prix redevenus raisonnables, reste atone.
Le prix du lait plonge dans la plupart des bassins laitiers. Il est aux alentours de 0,15 euro/litre en Nouvelle-Zélande », remarque Gérard You de l’Institut de l’élevage.

En Europe, la Commission européenne a fini par réagir face au mécontentement des producteurs et des transformateurs.
Dès janvier 2009, Mariann Fischer-Boël annonçait la réactivation des restitutions et la poursuite des achats à l’intervention au-delà des plafonds à prix garantis de 30000 tonnes pour le beurre et de 100000 tonnes pour les poudres. « Cette décision montre les failles du dogme libéral et du tout pouvoir des marchés.
Elle rappelle la nécessité d’outils de régulation pour s’adapter à cette volatilité des prix, tant à la hausse qu’à la baisse et dans des échelles étendues », poursuit-t-il.
En attendant, la filière laitière trinque. La baisse du prix du lait, plus importante chez nos voisins, se traduit en France par des importations croissantes de lait conditionné et d’emmental qui viennent perturber l’écoulement du lait produit dans l’Hexagone.
Ceci ne peut qu’alourdir la facture engendrée par les excédents qui ne trouvent pas d’issue dans les produits de grande consommation.

RITA LEMOINE

3B4ZIM10_0.pdf (494.94 Ko)
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article du mois de juillet-aout 2009
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