Agrofournitures : les clés de réussite des collectifs d’achats groupés
Les groupements d’achats d’intrants permettent de réduire de 14 à 22 % certaines charges, tout en favorisant l’indépendance technique. Quels sont les ingrédients de leur réussite ? Essentiellement : l’anticipation, le compromis, l’organisation rigoureuse et la veille réglementaire.
Les groupements d’achats d’intrants permettent de réduire de 14 à 22 % certaines charges, tout en favorisant l’indépendance technique. Quels sont les ingrédients de leur réussite ? Essentiellement : l’anticipation, le compromis, l’organisation rigoureuse et la veille réglementaire.
Des collectifs d’achats groupés existent depuis des décennies, rien de nouveau mais leur intérêt s’accroît avec la crise actuelle. Ils couvrent un large spectre : des produits phytosanitaires aux semences, en passant pas le GNR, les concentrés, les pneus, les bâches… Ils sont très variés : certains sont totalement informels, quand d’autres prennent la forme d’associations ou de GIE, voire s’appuient sur des Cuma. Ils peuvent fédérer entre une dizaine et une centaine d’acheteurs.
Se faire accompagner sur le plan technique
Quelle que soit leur forme juridique, leur objectif est identique : faire des économies pour optimiser la rentabilité des fermes de leurs membres, avec des économies potentielles entre 14 % et 22 % selon leurs dires.
"La stratégie nécessite d’avoir un conseil technique agronomique ou vétérinaire indépendant. Car quand on achète au prix le plus bas, on ne peut prétendre à rien de plus, ni accompagnement technique, ni humain. L’exploitant devient indépendant dans ces choix de traitements : volumes, nature des produits, moment d’intervention", alerte Clément Varoquier, coordinateur d’un groupement d’achats informel dans la Marne.
Faire preuve d'anticipation pour bénégier de tarifs avantageux
S’agissant d’un collectif, il y a quelques concessions à faire. Chaque membre du groupement doit anticiper ses besoins. Les commandes groupées nécessitent d’être regroupées pour pouvoir ensuite mettre les fournisseurs en concurrence. Puisque le volume détermine en partie le prix unitaire, il faut anticiper ses besoins sur une longue période (une campagne ou un trimestre) et tenir ses engagements quant aux volumes commandés.
Pas de délai de paiement de la part du fournisseur
Aucune concession n’est faite sur les délais de paiement qui sont un des arguments du groupement d’achats pour décrocher des tarifs intéressants. À l’inverse d’une coopérative d’agrofournitures qui octroie facilement une ouverture d’un crédit. En achats groupés, les exploitations adhérentes doivent avoir un niveau de trésorerie suffisant pour assumer cette anticipation.
D’autre part, l’adhésion à ce type de collectif ne peut pas couvrir tous les besoins en intrants d’une ferme. Pour un produit spécifique, peu utilisé par les autres membres, il faut s’adresser ailleurs. En effet, la liste des références gérées par un groupement ne dépasse pas en général 200 produits. Plus la liste s’allonge plus la gestion s’alourdit.
Une organisation collective qui nécessite des règles du jeu strictes
Chaque groupement dispose de sa propre méthode pour sélectionner le fournisseur le plus concurrentiel : un coordinateur, une équipe plus ou moins restreinte. Les gestionnaires, la plupart du temps bénévoles, s’assurent de l’homologation des produits et de l’éventuelle redevance pour pollution diffuse (RPD) associée. Ce qui exige une veille réglementaire régulière et une forte implication de leur part.
Peu de groupements sont agréés comme organisme de distribution de produits phytosanitaires à des utilisateurs professionnels, en application de l’article L254-1 II 1° du Code rural. Ils ne peuvent donc pas facturer les produits, juste prélever une commission.
N’ayant pas de salarié pour gérer, relancer, rattraper une commande mal passée et s’adapter à chacun, rigueur et discipline sont de mise. Aucun retard de paiement, aucun retard pour récupérer sa livraison, même si elle a été annoncée tardivement par le fournisseur, ne peuvent être tolérés. Le groupement n’a pas les moyens de faire d’avance de trésorerie. Le plus souvent, les points de livraison se situent dans des fermes qui n’ont ni la place, ni le droit de stocker pour autrui ; sans compter les risques de vol.
Le saviez-vous ?
La structure juridique détermine le mode de facturation. Le fournisseur émet une seule facture destinée au groupement d’achats qui se charge de rétrocéder à ses membres. Dans ce cas, le groupement doit être agréé pour la distribution de produits phytosanitaires à des utilisateurs professionnels, ce qui impose des frais structurels. Ou bien, dans les groupements informels, c’est le fournisseur qui émet autant de factures que d’exploitations acheteuses.
Remise sur les produits phytosanitaires : légal ou pas ?
Bien que les négoces soient libres de leur stratégie commerciale, l’article L253-5-1 du Code rural interdit les remises, les rabais, les ristournes, la différenciation des conditions générales et particulières de vente lors de la vente de produits phytopharmaceutiques, comme la remise d’unités gratuites et toutes pratiques équivalentes. Autrement dit, pas de grille de tarif dégressive selon les volumes achetés.
Toutefois, cette interdiction ne s’applique pas aux produits de biocontrôle, ni aux substances de base, ni aux produits à faible risque. Les négoces ne devraient donc pratiquer des tarifs différenciés que pour ces produits, pour les frais de livraison, les délais de paiement et pour les frais de facturation.