Au Gaec des Buissons, dans le Maine-et-Loire, la stratégie de renouvellement s’articule en cinq étapes pour optimiser la rentabilité et orienter le progrès génétique selon les objectifs et les spécificités du système.
« Depuis trois ans, nous élevons 60 génisses pour renouveler et faire croître notre troupeau, présente Benjamin Ménard, un des quatre associés du Gaec des Buissons dans le Maine-et-Loire. Nous réalisons également 60 croisements viande pour valoriser les surfaces en herbe avec des bœufs et des génisses de 32 mois. » Depuis maintenant trois ans, le renouvellement du troupeau est structuré à l’aide d’un outil de Seenovia nommé Gattaca. Cette méthode, en plusieurs étapes, vise à définir le nombre de génisses nécessaire à élever, à sélectionner les meilleurs animaux pour répondre aux attentes des éleveurs et favoriser le progrès génétique du troupeau, ainsi qu’à calibrer l’utilisation de semences sexées ou les croisements. « Grâce à cette démarche, nous avons en quelque sorte repris la main sur la reproduction au sens large », résume l’éleveur.
Étape 1 : Définir le nombre de génisses à élever
Pour définir le nombre de génisses nécessaire sur l’élevage, plusieurs facteurs sont pris en compte. « Pour assurer le renouvellement du troupeau, le besoin est de 35-40 génisses, calcule Christelle Berras, conseillère d’élevage chez Seenovia. Celui-ci prend en compte le taux de réforme de 32 % ainsi que du taux de mortalité sur les vaches de 9 %, ainsi que le taux de mortalité sur les veaux de 12 %. » Dans leurs objectifs, les éleveurs souhaitent également augmenter progressivement le cheptel d’une vingtaine de vaches à la traite pour passer à 115 vaches, ce qui amène à prévoir davantage de génisses.
« Nous avons aussi intégré les résultats de reproet une marge de sécurité », complète la conseillère. Pendant la phase de croît de cheptel, les éleveurs ont besoin de 60 génisses à naître. Une fois en régime croisière, le besoin se réduira à 35 à 40 génisses par an.
Fiche élevage
4
1
95
associés
salariée à mi-temps
prim’Holstein à la traite
1 100 000
2
380 ha
litres produits
robots de traite
de SAU dont 105 de blé, 65 de maïs ensilage, 30 de colza, 30 de lupin/féveroles, 30 de ray-grass semence, 15 d’orge, 12 de sorgho ensilage, 93 de prairies
Étape 2 : Sélectionner les meilleures femelles pour la descendance
La deuxième étape vise à identifier les meilleures femelles du troupeau afin d’assurer le progrès génétique. L’ensemble des femelles sont génotypées. Un index personnalisé est créé sur l’exploitation en fonction des critères de préférence de l’éleveur. Celui-ci peut rassembler jusqu’à six critères, qui sont pondérés d’un coefficient en fonction du poids que l’éleveur souhaite leur attribuer dans la formule.
« Sur l’élevage, nous souhaitons améliorer la locomotion, réduire le taux de cellules et augmenter la production laitière par vache », détaille Benjamin Ménard.
L’outil classe les génisses et les vaches séparément de la meilleure à la moins bonne en fonction de ces critères. Les premières sont priorisées pour constituer le renouvellement.
« Il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’évolution de cet index, car les premières génisses issues de cette sélection vont commencer à vêler », précise Christelle Berras.
L’index personnalisé du Gaec
Les élevages peuvent faire leur propre index personnalisé en fonction de leurs priorités en termes d’orientation génétique. Ces critères sont pondérés d’un coefficient. Au Gaec des Buissons, la formule est la suivante : 50 % d’ISU, 25 % lait, 10 % membres, 8 % santé mamelle, 5 % mamelle, 2 % vitesse de traite.
Les éleveurs ont fait le choix d’intensifier la sélection. Des semences sexées sont utilisées sur les meilleures femelles du troupeau, identifiées et classées dans l’étape précédente. En procédant ainsi, les éleveurs sécurisent l’obtention des soixante génisses nécessaires au renouvellement.
« Avec le génotypage et l’index correspondant à nos objectifs, nous gagnons en précision. Parfois des génisses qui nous semblent pourtant prometteuses, se voient écartées du sexage », constate l’éleveur.
Les animaux moins bien classés sont, quant à eux, destinés au croisement. « Nous élevons entre 50 et 60 animaux croisés par an, précise l’éleveur. Nous priorisons des races à petit gabarit comme de l’Angus ou de l’hereford. Cela facilite les vêlages pour ne pas pénaliser la lactation des laitières. »
Cette stratégie s’accompagne d’un investissement financier. Une paillette de semence sexée coûte 50 €, tandis que le génotypage représente 35 € par animal. Mais la valorisation des animaux croisés compense ces dépenses.
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Bilan économique de la stratégie de renouvellement du Gaec des Buissons
Stratégie de renouvellement initiale
Stratégie de renouvellement actuelle
Nombre
Nombre
Femelles mises à la repro
187
187
Femelles gestantes de IA3
185
185
Résultats de reproduction
Nombre
Euros
Nombre
Euros
Naissance de génisses laitières
69
63
Naissance de mâles laitiers
62
7
Naissance de femelles croisées
27
58
Naissance de mâles croisés
27
58
Achat de paillettes sexées (50 €)
12
600
99
4 950
Achat de paillettes conventionnelles (30 €)
150
4 500
0
0
Achat de paillettes de croisement (10 €)
71
710
145
1 450
Actes (18 €)
4194
4 392
Génotypage (35 €)
0
63
2 205
Total investisssement
10 004
12 997
Mâles laitiers (150 €)
62
9 300
7
1 050
Mâles croisés (400 €)
27
10 800
58
23 200
Femelles croisées (250 €)
27
6 750
58
14 500
Total produit
26 850
38 750
Bilan économique
16 846
25 753
La stratégie de reproduction initiale était tournée vers l’utilisation de semences conventionnelles et un peu de croisements. La stratégie actuelle vise à valoriser le génotypage en utilisant des semences sexées sur les meilleures femelles et des croisements sur les autres animaux. Source : Seenovia
Étape 4 : Choisir le taureau adéquat pour chaque femelle
Une fois que les femelles correspondant le mieux aux critères choisis sont identifiées, il convient d’affecter le meilleur taureau pour corriger leurs défauts. « Ce choix est délégué à Bovec, indique l’éleveur. Nous leur transférons les fichiers avec le classement des femelles et s’il faut appliquer une semence sexée ou un croisement. »
Dans la stratégie définie, les éleveurs réalisent deux voire trois IA sexées sur les génisses et jusqu’à deux IA sexées sur les vaches laitières. « Pour l’instant, le besoin de femelles impose d’insister sur les semences sexées, pour réussir à atteindre le nombre voulu de vaches dans le cheptel. Mais en rythme de croisière, nous ne pousserons pas autant sur les semences sexées », assure l’éleveur.
Étape 5 : Ajuster en fonction des vêlages à venir et des résultats repro
Cette structuration du renouvellement offre une visibilité à long terme sur les vêlages à venir et permet d’ajuster rapidement les décisions pour rester en adéquation avec les objectifs. « Nous connaissons ainsi le nombre de génisses à venir et ajustons nos décisions en conséquence, notamment en cas de déficit ou d’excédent », conclut Benjamin Ménard.
« Quand nous avons décidé de structurer le renouvellement et la reproduction, nous nous sommes dit autant y aller à fond », se remémore Benjamin Ménard. Trois associés se sont ainsi formés à l’insémination artificielle. Cela leur permet d’intervenir plus rapidement sur les vaches dès la détection des chaleurs par collier. Un facteur important dans l’optique d’améliorer les résultats de reproduction et de réduire l’intervalle vêlage-vêlage actuellement de 418 jours. Les génisses étant sur un autre site, éloignées de 7 km, leur insémination est assurée par un inséminateur.
Avis d’expert : Christelle Berras, conseillère élevage chez Seenovia
« Le Gaec des Buissons n’a pas encore atteint son rythme de croisière. Plusieurs paramètres doivent encore être maîtrisés pour que la stratégie de renouvellement soit pleinement efficiente, même si les premiers retours économiques sont déjà positifs grâce à la valorisation des animaux croisés.
Cette année, les résultats de repro ne sont pas à la hauteur de leurs attentes. Les vaches présentent des difficultés à retenir. Des investigations sont en cours pour définir clairement les causes. Il faut 4,3 IA par IA fécondante chez les vaches et 2,9 chez les génisses (contre 2,8 sur les vaches et 3,1 sur les génisses l’année dernière). Conséquence : le nombre de génisses nécessaires au renouvellement n’est pas encore assuré, ce qui freine également le croît de cheptel.
Pour atteindre l’objectif annuel de 60 génisses, les éleveurs doivent intensifier le recours aux semences sexées et les utiliser sur davantage d’animaux que prévu. L’intérêt de l’indexation personnalisée n’est pas encore pleinement exploité.
Dans les élevages ayant atteint leur rythme de croisière, les résultats sont davantage optimisés. Seul le nombre de génisses nécessaire au renouvellement est élevé sur l’exploitation et la valorisation des animaux croisés permet de financer le sexage et le génotypage et d’apporter un plus économiquement. »