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Monotraite en bio : « Avec un maximum de pâturage, nous recherchons la meilleure marge grâce à un minimum de charges », dans le Finistère 

Suzanne Plessix et Rodolphe Boireault, à Laz dans le Finistère, ont poussé loin leur système hyper pâturant très économe, sans stabulation pour les vaches laitières et avec monotraite. Ils visent une forte valeur ajoutée pour assurer l'EBE. 

Suzanne Plessix et Rodolphe Boireault se sont installés en 2022 à Laz dans le Finistère et ils ont complètement transformé l'exploitation qu'ils avaient acheté. « C'était une ferme conventionnelle avec beaucoup de maïs, un peu d'herbe, des Holstein. Modestement équipée, elle n'était pas chère à reprendre. Cela nous fait environ 28 000 euros d'annuités pendant encore deux ans, puis les annuités baisseront. Par contre, il y a eu beaucoup de travail pour monter notre système. »

Peu de bâtiments et de matériels

La stratégie du Gaec Le Pouce en l'herbe est de dégager son résultat avec le minimum de charges possibles, opérationnelles comme de structure, et d'avoir de faibles annuités à rembourser. Il mise sur un système hyper pâturant avec zéro stabulation pour les vaches traites et les taries.

Les seuls bâtiments sont ceux d'origine. « Il y a le bloc traite qui est encore fonctionnel. Dans l'ancienne stabulation, nous avons un espace de soin sur aire paillée, un coin pour l'adoption des génisses de renouvellement par les vaches nourrices, et une zone pour les cases individuelles des veaux à vendre à 2-3 semaines. Enfin, il y a un hangar pour le foin et notre matériel : un tracteur, une faucheuse, un faneur, un andaineur, un plateau, un broyeur et une dérouleuse », décrivent les deux éleveurs. 

Zéro bâtiment pour les laitières

Le travail a surtout consisté à organiser le parcellaire, poser les clôtures, arranger des chemins et tirer le réseau d'eau, pour pouvoir pâturer un maximum sur l'année dans de bonnes conditions. Les prairies ont été semées en multiespèces, puis Suzanne Plessix et Rodolphe Boireault ont planté des haies pour offrir plus d'abris et d'ombres aux animaux. 

Les jeunes éleveurs sont parents de trois jeunes enfants et aspirent à du temps libre pour leur vie de famille. Ils ont ainsi opté pour la monotraite toute l'année quasiment dès le début de leur installation

Plus de 70 % d'herbe pâturée dans la ration

Suzanne Plessix et Rodolphe Boireault ont choisi cette ferme pour ses terres propice à un système ultra pâturant. « L'atout de cette ferme est qu'il y a des parcelles en fond de vallée, d'autres en haut des collines plus séchantes et des parcelles intermédiaires. Il y a quasiment toujours une parcelle bonne à pâturer quelque soit la météo. »

Pour les 55 vaches laitières, l'herbe pâturée a représenté trois quarts de la ration annuelle en 2025, mais ce fut une bonne année fourragère. Cette campagne 2026 a très bien démarré. Les vaches sont en pâturage plat unique depuis mars, mais depuis début juillet, le manque de pluie et les températures très élevées ont mis à mal les prairies. « Nous pensons encore pouvoir faire pâturer en plat unique jusqu'à la fin juillet, puis si le sec dure encore, nous passerons à 90 % de la ration à base de stocks déroulés au pré, en tournant lentement sur les parcelles », témoignaient-ils le 10 juillet. 

Des vêlages très groupés sur mars

Pour valoriser au maximum l'herbe par le pâturage et pour rationnaliser l'organisation du travail, les vêlages sont groupés sur mars. « Normalement, 80 % des vêlages ont lieu en mars. Sauf cette année à cause des décalages liées à la FCO. » Les vêlages groupés permettent aussi de fermer la salle de traite l'hiver, jusqu'à deux mois quand la reproduction reste bien groupée. 

Pâturage au bon stade et stock sur pied

Les éleveurs pratiquent un pâturage tournant où les vaches ne restent pas plus de trois jours dans un paddock. « Elles entrent dans un tiers du paddock, puis nous avançons un fil avant chaque jour. » Il arrive aussi que les éleveurs laissent volontairement du stock du pied, notamment pour pouvoir pâturer l'hiver et l'été avec un temps de repousse suffisant, d'au moins 50-60 jours. 

Le rumex disparaît au bout de quelques années

La pratique d'un pâturage tournant dynamique permet de gérer le salissement. « Nous avions de l'agrostis et du rumex. Nous avons vu le rumex surtout en deuxième et troisième années de vie de la prairie. Par la suite, il disparaît au fil du temps dans les prairies longue durée, sauf si la parcelle est piétinée avec des zones de sol nu. »

Après le passage des vaches, les éleveurs coupent des refus, qui restent au sol car la quantité est vraiment faible. « Nous ne faisons pas de topping [faucher puis faire passer les vaches dans la parcelle], car le topping demande de faire entrer les vaches très rapidement après la coupe, ce qui demande d'être disponible à ce moment-là, tandis que la pratique inverse est plus souple. » 

Une tonne de foin par vache et par an

Comme l'herbe stockée coûte chère, « notre objectif est de consommer le minimum de stock possible : pas plus d'une tonne par vache de foin et d'enrubannage ». Des îlots de 8 hectares un peu éloignés sont dédiés à la fauche pour le foin (prestation extérieure), ainsi qu'une partie de la surface pâturable. « Pour le foin, nous visons une fauche précoce pour avoir de la qualité et remettre rapidement les parcelles dans le tour de pâturage », ajoutent les éleveurs. 

Sur les prairies accessibles aux animaux, « quand la pousse de l'herbe est forte en avril-mai, quelques paddocks sont débrayés pour une coupe à enrubanner, en prestation extérieure. Pour l'enrubannage, nous ne faisons pas de fauche précoce. Nous visons plutôt du volume, d'une part pour amortir le coût de l'enrubannage, d'autre part parce que nous voulons faire le lait via le pâturage et non via les stocks d'herbe. Ces derniers sont plutôt là pour amener de la fibre. » 

Du "bale grazing" en hiver

Sur deux mois d'hiver, les vaches sont toutes taries. Elles sont installées sur une quinzaine d'hectares les plus caillouteux qui sont les plus portants et conduits en bale grazing« Tous les un jour et demi, nous donnons accès à quatre bottes de foin, et nous changeons d'emplacement à chaque fois. Le foin est mieux mangé quand on en apporte moins et plus fréquemment, comparé à un apport de huit bottes tous les trois jours. Et nous apportons au moins quatre bottes pour limiter la concurrence entre les vaches. »

Cet hivernage fonctionne sur le Gaec Le Pouce en l'herbe même quand l'hiver est particulièrement humide, comme en 2025 où il est tombé 930 millimètres de pluie en quatre mois, soit l'équivalent de neuf mois de pluie. « L'herbe a bien repoussé ce printemps. Le bale grazing permet le réensemencement de la prairie sans besoin de mécanisation. Il amène de la diversité, de la matière organique et de l'azote. »

Les génisses en plein air avec des nourrices

Les veaux naissent dehors et restent une journée avec leur mère. Puis ils sont mis en case collective et alimentés au milkbar avec du lait yaourt, élaboré avec le colostrum et le lait des fraîches vêlées. Au bout de sept à dix jours, pour les veaux à élever, des lots de trois veaux sont constitués pour les faire adopter par une vache nourrice.

Les nourrices sont choisies parmi les bonnes laitières. « Les six vaches nourrices sont sélectionnées pour leur qualité maternelle et de production laitière, car il faut qu'elles puissent nourrir trois veaux chacune sans perdre d'état. Nous les plaçons également dans de belles prairies. Une fois la phase d'adoption terminée, génisses et vaches nourrices vont dans une pâture grillagée où les veaux pourront apprendre la conduite au fil », expliquent Suzanne et Rodolphe. 

Cette technique, qui simplifie le travail autour des veaux une fois l'adoption effectuée, permet au veau d'apprendre très vite à pâturer par imitation des nourrices. « Ainsi, ils grandissent au lait et à l'herbe pâturée, voire un peu de foin en été quand l'herbe ne pousse plus, et c'est tout. » Les croissances sont au rendez-vous et permettent d'inséminer à 15 mois pour un vêlage à 24 mois.

Un cheptel encore en devenir

« L'année de notre installation, nous avons acheté une trentaine d'animaux croisés. Puis, la croissance de notre cheptel s'est faite par voie interne, avec nos génisses. » Il y a huit races différentes présentes dans le troupeau. Suzanne et Rodolphe testent aujourd'hui la frisonne néo-zélandaise et la jersiaise pour obtenir une génétique qui tend vers le type kiwi. « Certaines de nos vaches ont trop de taille et de poids. Nous cherchons des vaches plus légères, mieux adaptées au pâturage par tous les temps notamment quand les hivers sont très humides. Tout en gardant une capacité à produire du lait avec des taux butyreux et protéiques. » 

Le premier critère génétique est la reproduction« Nous recherchons une reproduction efficace pour tenir les vêlages groupés. Mais aussi des vêlages faciles, des vaches rustiques, peu malades. » 

25 % de renouvellement

Avec un vêlage à 24 mois et un besoin de renouvellement de 25%, le Gaec contient le nombre d'animaux improductifs. « Notre objectif est de faire vieillir les vaches qui nous plaisent, c'est-à-dire celles qui n'ont pas de problème de reproduction, ni de santé. Et de conserver les vaches de plus petit gabarit. Pour le renouvellement, nous faisons quinze à vingt IA sexées sur nos meilleures multipares. Sur les génisses, nous mettons notre taureau laitier croisé avec plusieurs races laitières. Sur le reste du troupeau, nous faisons saillir par notre taureau Angus : les veaux croisés se vendent un peu mieux. » Et le taureau Angus est lâché dans le troupeau laitier, une fois que les IA sont terminées.

Réflexion face aux étés plus chauds et secs 

Pour l'avenir, le changement climatique s'intensifie et interroge les éleveurs. Les grosses chaleurs et les sécheresses rendent en effet le pâturage d’été moins bon et la reproduction plus difficile à réaliser. « Nous réfléchissons à l'intérêt de passer à deux périodes de vêlage : une au début du printemps et une à l'automne. Et à comment le réaliser chez nous, en système hyper pâturant », concluent Suzanne et Rodolphe. 

La salle de traite l'hiver est fermée jusqu'à deux mois quand la reproduction reste bien groupée

Fiche élevage

Le Gaec Le Pouce en l'herbe en 2025

2 UTH

53 vaches laitières croisées 

3 500 litres par vache laitière par an

70 ha de SAU tout en herbe, dont 62 ha de prairies accessibles au troupeau et 8 ha de prairies de fauche

1 UGB/ha de chargement

Plus de 73 % de la ration annuelle des vaches en herbe pâturée

0 achat d'aliment

Les charges très réduites font la différence

Les charges opérationnelles et les charges de structure sont réduites au maximum au Gaec Le Pouce en l'herbe. Le système repose le plus possible sur un élevage « au naturel » : très peu de bâtiment, de matériel, de récoltes d'herbe et d'épandage. 

Résultats technico économiques du Gaec 
Le Pouce en l’herbe sur deux années
 Gaec 
moyenne  2024-2025
Moyenne 
du groupe bio 
herbager Finistère
Nombre d'UTH22,3
Litres de lait vendus 187 702353 217
Nombre de vaches5390
Lait par vache en litres35173913
UGB totales64112
Hectares de SAU7094
Hectares d’herbe7089
Produit total en €198 422295 390
     dont aides (DPU, Maec …) en €65 62355042
Prix de vente du lait en €/1000 l575556
TB - TP en g/l46,1 - 36,149,2 - 36,4
Incidence des  taux en €/1000 l6485
Charges opérationnelles en €15 90042 099
      dont minéraux10175136
      dont fourrages857715511
Marge brute en €/1000 l616541
Frais généraux en €37 88776 919
EBE avant main-d’œuvre en €144 635176 372
en % des produits (hors aides)73 %59 %
en €/1000 l769554

Source : Chambre d’agriculture de Bretagne

Le poste main-d’œuvre est sorti de l’analyse de la chambre d’agriculture pour comparer les résultats des exploitations entre elles. Le Gaec Le Pouce en l’herbe est en effet au régime du micro-BA avec un calcul différent des cotisations MSA.

« Le système de Suzanne et Rodolphe est très performant. Le prix du lait bénéficie des taux butyreux et protéiques élevés, et la marge brute est supérieure au prix du lait de 41 euros les mille litres grâce à des charges très réduites, résume Isabelle Pailler, conseillère à la chambre d'agriculture de Bretagne. Les charges opérationnelles sont largement couvertes par les ventes de veaux et de réforme. La valeur ajoutée (produits - charges opérationnelles et frais généraux) ou EBE avant main-d’œuvre(1), représente environ 73 % des produits ce qui est assez exceptionnel, même dans leur groupe lait économe. »

Côté charges opérationnelles (12 % des produits hors aides), il n'y a pas d'achat d'aliment du tout, sauf les minéraux. Côté frais généraux (25 % des produits hors aides), il y a très peu de fioul consommé et d'implantation de prairies. Les prestations faites par ETA pour épandre le lisier (provenant de l'aire d'attente et de la salle de traite), faucher la parcelle de 8 hectares et presser le foin, ainsi qu'enrubanner les parcelles de pâturage débrayées, sont le poste le plus significatif.

Le Gaec a, comme seuls matériels en propre, un tracteur acheté d'occasion, une faneuse, un andaineur, une faucheuse, un plateau, une dérouleuse et un broyeur pour couper les refus. 

Les deux premières années de conversion, les résultats étaient moins bons, car le Gaec n'avait pas encore les 70 hectares de surfaces nécessaires à son système, n'avait pas encore son effectif de vaches objectif et avait une très grande majorité de primipares dans le cheptel. 

(1) Le poste main-d’œuvre est sorti de l’analyse de la chambre d’agriculture pour comparer les résultats des exploitations entre elles. Le Gaec Le Pouce en l’herbe est en effet au régime du micro-BA avec un calcul différent des cotisations MSA.

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