Tomate : la résistance au ToBRFV couvre davantage de segments

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Le nombre de variétés résistantes au ToBRFV progresse chez tous les semenciers et pour tous les segments. Crédits : © Rijk Zwaan/F. Friedrich

La déclinaison des variétés les plus demandées en versions intégrant la résistance au ToBRFV progresse chez tous les semenciers. Le point sur les dernières nouveautés.

La résistance au ToBRFV en tomate (Tomato Brown Rugose Fruit Virus) pousse les semenciers à reconstruire leurs gammes. Un long travail de création variétale s’est engagé lorsque ce virus est apparu il y a une dizaine d’années. Le défi n’est pas mince. La priorité est « d’adapter nos variétés et sécuriser nos partenaires sur la résistance », introduit Marie Vandercoille, responsable gamme tomate de Gautier Semences. « La demande de résistance au ToBRFV est déjà un critère primordial dans les bassins de production du Sud-Est, qui sont les plus touchés aujourd’hui », souligne Anaïs Canivet, chargée de développement chez Voltz.

Le travail variétal est compliqué par les particularités de ce produit vedette : une segmentation toujours plus importante et des enjeux économiques croissants alors que les coûts de production augmentent. Si la résistance au ToBRFV devient un critère majeur, elle ne peut évincer d’autres critères piliers de la création de valeur. « Il n’y a pas de compromis sur le goût et la productivité. Nous ne sortons pas la variété si elle n’a pas au moins les mêmes performances en rendement, plantation, qualité gustative, brix, présentation, calibre, poids moyen, couleur que la variété précédente », précise Hervé Bonich, chef de produit solanacées de Syngenta. « L’enjeu de la résistance au ToBRFV ne peut pas mettre de côté les performances agronomiques et la régularité de la production. Nous ne faisons pas de compromis sur le gustatif car il crée de la valeur et fidélise », insiste pour sa part Marie Vandercoille de Gautier Semences.

Forte créativité pour le segment des tomates cerises

Portée par les tendances de consommation, la famille des tomates cerises est très dynamique. Les nouveautés y sont donc particulièrement observées. « Notre priorité stratégique est d’avoir une gamme la plus large possible, mais certains segments sont plus compétitifs, remarque Denis Veve, spécialiste tomate pour Rijk Zwaan. Nous sommes plus en avance sur la tomate cerise, la tomate cœur-de-pigeon et les allongées. C’est lié à une évolution forte de la demande en faveur de variétés dotées d’une haute résistance au ToBRFV sur ce segment de la part des producteurs. » Sur ce créneau convoité, Denis Veve met en avant trois variétés phares. « Nous proposons une tomate cerise ronde à destination du vrac, Alpocary RZ, à haute résistance au ToBRFV et adaptée aux cycles de culture longs ». L’expert mentionne aussi Julioso RZ, tomate cocktail ronde rouge également à haute résistance au ToBRFV et réputée pour faciliter le travail en culture. S’y ajoute la tomate cerise allongée rouge Vannetto RZ, introduite au catalogue en 2026. Adaptée au vrac, « elle combine résistance au ToBRFV et productivité », se réjouit Denis Veve.

De son côté, Gautier Semences vient de lancer deux variétés de tomates cerises premium résistantes HR au ToBRFV, Piccolo TT et Saopolo TT dans sa gamme ToBRFV & Taste.

Sur ce créneau, Syngenta se positionne sur de la haute résistance au ToBRFV. La firme propose ainsi deux variétés hautement résistantes, TIAM25-5021 en cerise allongée rouge et TIAM25-5025 en orange. Ce sont les premières variétés de la gamme à revendiquer ce niveau de résistance renforcé. « TIAM25-5021 s’inscrit dans la lignée de Prodelle, notre variété IR qui elle-même prenait la relève de Duelle, notre variété reconnue en cerise allongée rouge pour l’augmentation du rendement et la rentabilité économique », retrace Hervé Bonich de Syngenta.

Chez Enza Zaden, Yann Delmas le reconnaît, « nous devons plus nous développer sur le segment des petits fruits ». Une première variété de tomate cerise grappe est en cours de développement au stade essai.

En variétés côtelées, préserver la typicité

Sur le segment des variétés côtelées, très apprécié des consommateurs, la course est également lancée. « Le segment des variétés anciennes est encore peu pourvu en variétés résistantes au ToBRFV, étant un segment de niche au niveau mondial », observe Yann Delmas. Sur ce créneau, l’entreprise propose plusieurs variétés dont la Marmande rouge Kardinata et la côtelée noire Oragio, des références aujourd’hui reconnues pour leurs performances. Elles ont fait partie des essais variétaux tomates menés par le CTIFL décrits en page 43.

Rijk Zwaan travaille sur sa côtelée jaune Magmatik RZ. « Notre côtelée jaune Magmatik RZ, très appréciée pour sa productivité sur ce segment, est encore largement produite malgré le fait qu’elle n’est pas résistante au ToBRFV. Nous poursuivons nos travaux pour proposer une version associant les qualités reconnues de Magmatik RZ et un haut niveau de résistance au ToBRFV », indique Denis Veve.

« Pour les côtelées rouges et noires, il y a des réponses en résistance au ToBRFV. C’est plus compliqué en ananas et cœur de bœuf », considère Hervé Bonich de Syngenta. Et de mettre en garde sur la recherche de rendement au détriment de la qualité. « Sur ce créneau où il y a de la valeur, il ne faut pas sacrifier le goût, le taux de brix, la texture fondante. On pourrait fragiliser le marché en perdant l’authenticité des tomates anciennes », alerte le chef de produit. Un avis partagé par d’autres semenciers comme Gautier Semences. L’entreprise part à l’assaut du créneau des côtelées résistantes avec Marmoka, une côtelée noire et Marbria, une côtelée rouge. Pour Marmoka, Gautier Semences évoque une bonne vigueur même en conditions chaudes, des entre-nœuds courts et une taille des bouquets facilitée. Marbria est décrite comme « équilibrée à tendance générative ». Les calibres sont de 250 à 300 g. Autres critères avancés : une bonne conservation, une texture charnue, fondante et juteuse ainsi que de bonnes intensités aromatiques.

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En tomate grappe, répondre à tous les critères

Sur le créneau de la tomate grappe, Syngenta dispose de Climundo pourvue d’une résistance IR. « C’est une vraie réponse aux fortes chaleurs, pointe Hervé Bonich. Elle s’est bien comportée dans le sud de la France. Grâce à sa qualité de floraison et de nouaison ». Elle est présentée également comme une plante « équilibrée et facile à travailler », avec « des grappes bien organisées permettant une taille à 5 ou 6 fruits » ainsi qu’un poids moyen à 130 à 150 g.

D’autres critères restent importants dans la famille des tomates grappe. Climberley et Clomimbo, dépourvues de résistance au ToBRFV, sont toujours appréciées de certains producteurs pour les réponses agronomiques et la facilité de travail qu’elles apportent, souligne Hervé Bonich.

Produit de prédilection pour Enza Zaden, la tomate grappe a été travaillée à la fois sur sa résistance au ToBRFV et sur la qualité de coloration, d’où la naissance de la variété Fortitude à résistance haute au ToBRFV. « Dans le segment des grappes de gros calibre (140-160 g), il manquait une variété capable de répondre aux exigences fortes du marché français en termes de coloration », confie Yann Delmas, spécialiste tomate pour Enza Zaden. « Fortitude répond aux critères de productivité, de gros calibre, de résistance et surtout de coloration rouge soutenue, attendus par nos producteurs », note le spécialiste. Cette variété vient compléter la gamme star d’Enza Zaden constituée notamment des variétés Rhodium et Rhonsky.

Soutenir la dynamique en cœur-de-bœuf

« Nous faisons également de gros efforts de sélection sur la tomate cœur-de-bœuf, une première variété, Cardiola, s’est ajoutée à notre catalogue récemment. Nous avons une autre variété de cœur-de-bœuf en développement », déclare l’expert d’Enza Zaden. Pour ce segment, la firme met les bouchées doubles, le marché étant porteur.

Voltz entend également répondre à la demande. « Les segments les plus dynamiques où nous percevons une forte demande sont les tomates de type cœur-de-bœuf rouge : c’est pourquoi nous avons lancé Bellacoeur, résistante au TSWV et tolérante au ToBRFV », indique Benjamin Cuenin, responsable de communication de Voltz.

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La tomate ronde rouge toujours travaillée

Voltz renforce également son offre en tomate ronde sur le créneau saison avec Carlitos dotée d’une tolérance au virus ToBRFV. Enza Zaden a fait évoluer sa gamme de tomates destinées au vrac. « Ce segment est un peu en perte de vitesse, mais nous continuons de travailler dessus. Depuis deux à trois ans nous proposons les variétés Tobinaro et Manganaro, résistantes au ToBRFV, productives et dotées d’une bonne tenue en post-récolte. Il y a encore peu de tomates vrac résistantes au ToBRFV », pointe Yann Delmas.

La prophylaxie reste indispensable

Chez Gautier Semences, Marie Vandercoille rappelle la nécessité de la prophylaxie. « Nous essayons de donner une gamme résistante à associer à des bonnes pratiques prophylactiques. Tout ce qui a été acquis en termes d’hygiène il faut le cultiver », conseille-t-elle. Chez Syngenta, Hervé Bonich le martèle également : « Même si on annonce une résistance, les mesures de prophylaxie restent nécessaires. Il faut conserver une hygiène stricte ». Il tient à rappeler qu’une variété IR ou HR va « limiter la casse si la serre est contaminée par le virus. Cela amène de la protection mais on ne peut pas garantir l’élimination du risque. Le but est de retarder le plus longtemps possible la rentrée du virus dans la serre. Une variété IR ou HR qui amène une résistance supplémentaire, freine, ralentit la pression virale et retarde fortement l’apparition de symptômes sur la plante ou les fruits », détaille-t-il .

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Quand la chaleur met la résistance à l’épreuve

« Une hypersensibilité excessive a été observée sur certaines variétés, notamment sur les jeunes plants, lors de périodes caniculaires et surtout lorsque les nuits dépassent 24 degrés Celsius », nous livre Yann Delmas, responsable commercial Sud-France pour Enza Zaden." Ce phénomène a surtout été observé en Espagne et en Sicile, mais exceptionnellement aussi en France dans des tunnels où la température n'est pas bien régulée", ajoute-t-il. Aujourd’hui, « la sensibilité à ce phénomène dépend de la construction génétique de la résistance utilisée par chaque semencier », précise Denis Veve, spécialiste tomate pour Rijk Zwaan, qui indique que le semencier n’est pas concerné par cette problématique, justement grâce à sa construction génétique. Les autres semenciers interrogés affirment ne pas avoir rencontré de problèmes non plus.

D’autres critères variétaux s’imposent

Faire face aux coups de chaleur

Déjà intégrée mais renforcée par la saison 2026, l’attente de régularité de production malgré les coups de chaud s’impose aussi parmi les critères majeurs. « Avec le changement climatique, de nouvelles demandes ont émergé pour des variétés ayant une bonne tolérance à la chaleur. Par exemple, avec des variétés ayant une bonne vigueur de feuillage pour protéger les fruits des coups de soleil, ou une plante capable de maintenir une bonne nouaison durant les pics de chaleurs », relate Anaïs Canivet, chargée de développement de Voltz.

« Nous travaillons sur des variétés plus performantes pour faciliter la récolte, obtenir des productions plus régulières et plus résistantes face aux fortes chaleurs », détaille le spécialiste tomate d’Enza Zaden.

Marie Pélissier, responsable de l’expérience clients chez Syngenta relève qu’en grappe, « avoir des variétés adaptées au changement climatique est un fort enjeu avec une capacité à croître en hiver quand il y a moins de lumière et à résister quand il y a des fortes chaleurs au printemps-été ».

Pas de lâchage sur les critères d’optimisation

« Variété générative, productivité, précocité, facilité à la récolte » sont des critères énoncés comme majeurs par Syngenta. Le semencier cite également l’énergie comme axe de recherche.

Gautier Semences affirme intégrer le temps de travail et le coût de main-d’œuvre. « On cherche un bon équilibre de plante avec des entre-nœuds courts et des bouquets accessibles pour réduire le temps d’intervention des opérateurs », souligne Marie Vandercoille.

D’autres bioagresseurs à tenir à distance

« On n’oublie pas les autres bioagresseurs », affirme Marie Pélissier de Syngenta. La résistance à la cladosporiose fait partie des préoccupations. Marie Vandercoille de Gautier Semences rappelle qu’il y a désormais nuef races recensées de cladosporiose. « Notre programme de sélection de tomates cerises a bien progressé sur plusieurs points, notamment sur la résistance à la cladosporiose qui est importante pour les producteurs français », confie Yann Delmas chez Enza Zaden. La résistance à la cladosporiose est intégrée par la variété type cœur-de-bœuf Belamor de Voltz. Le semencier a doté également Cappucino, une tomate côtelée noire et Marmalysa, une tomate côtelée rouge d’une haute résistance à la cladosporiose (Pf A-E) en plus d’une tolérance au TSWV. Son andine cornue Peppino affiche une double tolérance au TSWV et à la cladosporiose (Pf A-E).

Les pics de chaleur accentuent les nécroses apicales

Questionné sur la problématique des nécroses apicales, récurrente en segment des fruits allongés, Denis Veve de Rijk Zwaan se veut rassurant. « Nous avons beaucoup amélioré notre génétique sur ce segment ». Les pics de chaleur s’étant accentués en 2026, cette amélioration est la bienvenue. « La nécrose apicale est aussi observée en variétés anciennes, l’amélioration de nos variétés sur ce point est en cours de développement », explique le spécialiste.

Voltz relève que le « cul noir » est un problème assez récurrent sur les variétés de type Andines cornue et rappelle qu’il révèle un problème d’assimilation du calcium par la plante pouvant être accentué par les conditions chaudes et le stress hydrique. « C’est un critère que nous regardons attentivement dans nos essais variétaux. Nous avons observé que notre nouvelle variété de tomate allongée Peppino y est peu sensible », se réjouit Anaïs Canivet chez Voltz.

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