Quatre producteurs de kiwis témoignent de leurs stratégies et perspectives en termes de porte-greffes, alors que le traditionnel racinaire Hayward est victime de dépérissements croissants dans certains contextes pédoclimatiques.
« L’enjeu est de renouveler les anciens vergers pour les passer sur des porte-greffes résilients, qui résistent mieux aux excès d’eau et de chaleur liés au changement climatique, témoigne Stéphane Malfatti, kiwiculteur dans les Landes. En kiwi jaune G3, j’ai mis le porte-greffe Bounty car on sait que ça marche très bien. J’ai ainsi constaté que mes arbres poussent très bien et vite, avec un racinaire plus important. En kiwi vert Hayward, le porte-greffe reste à déterminer, plusieurs étant en test. De manière générale, la première difficulté est économique : nos vergers dépérissent, les conditions ne sont donc pas optimales pour investir, bien qu’on ait des soutiens du département notamment. Au-delà du coût, arracher et replanter, c’est très chronophage, cela demande d’avoir beaucoup d’énergie et surtout le moral, même face aux problèmes. »
« Nous n’avons pas de boule de cristal »
Maxime Gil, directeur général de l’entreprise Vergers Cancel, qui regroupe 200 producteurs dans le Tarn-et-Garonne, Lot-et-Garonne, les Landes et en Corse.
« Il est trop tôt pour tirer des conclusions des essais que nous menons en partenariat avec le BIK sur les porte-greffes Bounty, Roki ou encore Jackson, témoigne Maxime Gil, directeur général de l’entreprise Vergers Cancel. Nous n’avons pas de boule de cristal, mais il est probable que nous allions plutôt vers du Jackson ou du Roki, car ils présentent une meilleure affinité avec le Hayward que le Bounty. Ce qui est sûr, c’est que l’existence de ces nouveaux porte-greffes nous donne confiance pour l’avenir, l’enjeu étant de pérenniser, voire développer, le Hayward et les nouvelles variétés de jaune et de rouge. Aujourd’hui, les producteurs touchés par le dépérissement ont donc de nouvelles cartes en main pour maintenir ou développer leurs vergers. C’est désormais le choix du bon matériel végétal couplé à un très bon sol qui garantira la réussite et la longévité des plantations d’aujourd’hui et de demain. »
« J’ai abandonné le Hayward sur Bounty »
Bernard Azam, kiwiculteur dans les Pyrénées-Atlantiques, sur des sols avec 20 à 40 % d’argile.
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« À mes yeux, le porte-greffe Bounty appartient déjà au passé, que ce soit pour faire du kiwi vert ou du kiwi jaune, témoigne Bernard Azam, kiwiculteur dans les Pyrénées-Atlantiques. Je n’en plante plus depuis deux ans. J’ai abandonné car les arbres se développaient beaucoup moins vite, signe que la compatibilité n’était pas bonne, et que la vigueur est plus faible. Au bout d’un an, les Hayward sur porte-greffe Jackson, plantés en même temps, étaient dix fois plus développés. Si j’avais un conseil à donner : il me semble important qu’un verger ne se compose pas à 100 % du même porte-greffe car si vous avez des ennuis, vous ne savez pas si le porte-greffe est en cause, ou si ce sont des facteurs indépendants du porte-greffe. Il est ainsi intéressant d’inclure dans son verger le porte-greffe Spice 24, qui est très différent génétiquement de Jackson car il n’est pas issu d’Actinidia valvata. Je précise que dans mon schéma de plantation, les mâles (des cultivars autres que Tomuri) sont greffés sur Bounty pour le kiwi vert et cela fonctionne très bien. »
« J’ai choisi un racinaire Hayward car mon sol le permet »
Charlène Cros, productrice à Escos dans les Pyrénées-Atlantiques.
« J’ai planté 1 hectare de Hayward francs de pied en 2023, témoigne Charlène Cros, productrice à Escos dans les Pyrénées-Atlantiques. C’est ce que l’on m’avait conseillé car mon sol le permet : il est drainant, limono-sablo-argileux, avec pas mal de limon et de sable, et assez peu d’argile. Le verger n'est pas situé en zone inondable, assez éloigné du gave pour limiter ce risque l'hiver. Les arbres poussent bien, je dois faire ma première récolte cet automne. On verra la suite... »