Pour piloter avec justesse l’irrigation de ses racines d’endives, Pierrick Capelle s’est équipé de sondes capacitives. Un investissement qui le satisfait pleinement.
Toujours en recherche d’améliorations, Pierrick Capelle, producteur de La Ferme du plant d’endive à Flers, dans la Somme, a investi dans des sondes capacitives en 2025. « Je souhaitais un outil d’aide à la décision (OAD) pour mieux cerner les besoins en irrigation de mes racines d’endives, retrace le producteur. J’ai entendu parler des sondes capacitives dans le groupe de techniciens spécialistes de l’endive auquel je participe. Comme pour tous mes achats d’équipement, je voulais vraiment une solution qui réponde à mes attentes, pas juste de la technologie pour la technologie. »
Prévention contre le puceron lanigère
La gestion de l’eau est particulièrement cruciale compte tenu de la pression engendrée par le puceron lanigère en culture de racines d’endives. « C’est notre plus gros souci actuellement, confirme Pierrick Capelle. Le puceron lanigère vit dans les peupliers et se reproduit dans les racines d’endives. Il suce les jus des radicelles et se reproduit très rapidement. Une année normale, on vit avec. Mais dans les années de sécheresse, si les racines d’endives manquent d’eau, c’est encore plus problématique. »
Pierrick Capelle a d’abord acquis trois sondes capacitives (marque Agralis) de 60 centimètres. Elles renseignent sur l’humidité du sol en mm, tous les 10 centimètres (5, 15, 25, 35, 45 et 55 cm) grâce à des capteurs. En 2026, une quatrième sonde s’est ajoutée aux trois premières. « Avec deux sondes dans chaque bassin de production bio et deux dans les bassins en conventionnel, j’ai pu avoir une vision globale de ce qui se passait et piloter l’irrigation sur l’ensemble de la production, s’enthousiasme le producteur. Compte tenu de l’été 2026 exceptionnellement sec, avoir ces sondes a été très pertinent. Je n’ai pas observé d’arrêt végétatif car j’ai pu anticiper les besoins d’irrigation. »
Un équipement facile à mettre en place
Dans chaque zone de culture, il place la sonde dans le secteur qu’il juge le plus difficile, à l’emplacement d’une racine. Le boîtier de transmission des données est installé à environ un mètre. Il contient la batterie qui a un an d’autonomie. « Il faut parfois redresser l’antenne du boîtier qui peut bouger s’il y a un gros coup de vent ce qui gêne la bonne transmission des données. Pour sortir la sonde du sol, un extracteur est fourni. Il n’y a pas d’entretien particulier à part de débrancher la batterie en fin de saison et la recharger avant la mise en place », détaille Pierrick Capelle. Il installe les sondes courant juin et les laisse jusqu’avant l’arrachage, en octobre. Une sonde coûte un peu moins de 1 000 euros. Une redevance annuelle de 100 euros est à acquitter pour l’accès à la plateforme.
Le fournisseur aide à paramétrer l’application smartphone en fonction notamment des types de sols et de la culture. Pierrick Capelle juge l’utilisation de l’outil facile. « J’avais peur de ne pas savoir analyser les courbes mais les techniciens que je connais m’ont expliqué. Agralis propose aussi des formations. Les données sont simples à comprendre et interpréter », confie-t-il. Et de plaisanter : « La consultation des courbes, c’est un peu addictif, comme les applis météo. »
Suivre l’état végétatif d’une parcelle avec précision
Pierrick Capelle suit la quantité d’eau disponible dans le sol pour ses racines grâce à la courbe de cumul d’humidité par sonde. Il regarde aussi le détail par niveau du sol. Cela lui permet d’évaluer l’état végétatif de la parcelle. « Les endives consomment de l’eau de 0 à 30 cm. On peut voir l’évolution de l’enracinement », explique-t-il.La dynamique de consommation de l’eau informe sur les besoins des plantes. « Quand la plante arrête de consommer de l’eau, il faut aller irriguer pour compenser ses besoins. On peut également suivre l’impact d’une irrigation », décrit-il.
Ce suivi par zone de culture est d’autant plus instructif pour Pierrick Capelle qu’il étale les dates de semis pour pouvoir avoir une production de racines tout au long de la saison, sans devoir surdimensionner ses capacités de stockage. L’état végétatif ne suit pas forcément l’ordre des semis.
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Il apprécie que les courbes montrent ce qu’on ne voit pas par la simple observation du champ. « Par exemple, une fois on a beaucoup arrosé. Mes bottes s’enfonçaient à moitié dans le sol. On pouvait penser que c’était efficace. Mais le lendemain, le sol était sec. Le sol avait pompé l’eau et les plantes n’en avaient pas eu suffisamment. Le milieu n’était pas assez plein. Nous constatons qu’il vaut mieux arroser une bonne fois plutôt que d’arroser moins à chaque fois mais plusieurs fois de suite. »
Une meilleure gestion de la ressource en eau
La bonne gestion de l’eau est aussi un point fort. « Comme j’achète l’eau, bien gérer la consommation est essentiel. Cette année, on était en restriction avec au maximum 160 millimètres mais on sera à 100 millimètres au total. La sonde est un super outil pour ceux qui n’aiment pas arroser », plaisante-t-il. Elle est utile jusqu’au moment de l’arrachage. « En renseignant sur l’humidité du sol, la sonde permet aussi de prévoir les conditions d’arrachage », témoigne Pierrick Capelle.
Si la sonde donne des informations sur ce qui se passe dans le sol à distance et permet d’anticiper « au lieu d’être en retard », Pierrick Capelle continue à « aller voir les racines. Rien n’enlèvera jamais le bon sens paysan d’aller en plaine avec une bêche pour voir ».
La rampe pour irriguer plus efficacement
Tout en reconnaissant que « c’est beaucoup plus astreignant », Pierrick Capelle privilégie la rampe pour irriguer, plutôt que le canon, sauf dans les parcelles dont la géométrie ne s’y prête pas. « C’est plus homogène. Avec le canon, si on met 40 mm, on arrive en fait à 25-30 mm, il y a de la perte d’eau. La rampe, si on met 40 mm on a 40 mm. C’est un facteur de qualité pour mes racines. »
Repères
Production racines d’endives prêtes au forçage, livrées à des maraîchers diversifiés ou des grosses structures en France et Europe.
Surface de production par an 65 ha + 30 ha en bio
Effectif 3 personnes sur l’exploitation + saisonniers et entraide selon la saison
Commercialisation par palox de 2 500 racines soit 500 kg ou en vrac par camion pour les grosses structures
La sonde capacitive mesure l’humidité grâce à des capteurs émettant des signaux électromagnétiques dans le sol. Ces ondes se propagent plus ou moins vite selon l’eau qu’elles rencontrent. La mesure de la vitesse est convertie en mm d’eau. Si on arrose ou s’il pleut, la courbe va augmenter en fonction de l’eau absorbée par le sol. « S’il fait sec, la terre et l’évapotranspiration vont prendre une partie de l’eau et on ne retrouvera pas ce qu’on a mis dans le sol », illustre Pierrick Capelle. Une baisse de la courbe montre que la plante consomme de l’eau. Photosynthèse oblige, cette baisse va se réaliser la journée tandis que la nuit, la courbe stagnera. La courbe forme ainsi des escaliers. L’appli définit trois zones afin de juger les mesures affichées par les courbes : excès d’eau (en bleu), confort hydrique (en vert) et stress hydrique (en rouge). La zone verte correspond à la réserve facilement utilisable (RFU). Elle est délimitée par la capacité au champ (CC), définie sur le site Agralis comme « la limite où le sol est gorgé d’eau mais sans excès » et le « bas de la RFU » à partir duquel la plante ne peut plus s’hydrater correctement. Les seuils sont définis par Agralis en fonction de la culture et du sol et ils sont mis à jour « tous les dix jours environ », indique le site, pour tenir compte du stade phénologique, de l’enracinement et du travail du sol. Autant d’informations tirées de l’analyse des courbes. La sonde informe aussi de la température du sol.