Les éleveurs engagés dans les groupes Dephy du Bocage nantais et du Bessin en Normandie, ont modifié leur travail du sol et implanté du triticale ou des prairies de fauche afin de gérer les ray-grass résistants qui impactent les cultures de céréales.
Le triticale a un meilleur pouvoir de concurrence sur les ray-grass que le blé. Il va monter plus haut et sa capacité de tallage est plus importante. « Lors des essais, sur dix pieds de ray-grass, le nombre de talles était de 4,5 par pied dans le triticale contre 12 talles dans le blé », détaille Clément Chevalier, ingénieur réseau Dephy au sein de la chambre d’agriculture de Normandie. Le prix de vente, plus faible que celui du blé, est compensé par une réduction des apports d’azote minéral et de l’utilisation de fongicides. Le rendement en grains reste équivalent voire supérieur dans les parcelles à faible potentiel et la production de paille est supérieure de 20 à 30 %.
Implanter une prairie pendant trois ans permet de concurrencer et de casser le cycle des ray-grass résistants. Il est important de choisir des espèces complémentaires qui permettent d’allonger la période de production et de concurrence. Réaliser un semis tardif, entre fin septembre et début octobre, s'est montré favorable dans les essais pour limiter le développement des ray-grass résistants avant l’hiver et leur concurrence sur les espèces prairiales. Une fauche régulière, toutes les cinq semaines, avant épiaison, sans se soucier du rendement, permet d’éviter la production de graines de ray-grass. Un labour à la destruction de la prairie est conseillé afin d’enfouir le stock de semences de ray-grass présent en surface.
« Lors des essais chez un agriculteur du groupe, on a observé aucun ray-grass dans la parcelle, 20 jours après le semis de blé qui a suivi la prairie. La proportion de ray-grass résistants dans la couverture de sol de la prairie est passée de 35 % en première année à 0 % en dernière année », précise le conseiller. En plus de réduire la pression en ray-grass, la prairie offre un fourrage équilibré pour les vaches.
La réduction du labour permet de laisser les graines de ray-grass en profondeur et d’éviter de les stimuler. « Ces graines perdent 90 à 98 % de leur viabilité au bout de trois années. En réalisant un labour seulement tous les trois ans, on enfouit les dernières graines et peu de graines viables remontent en surface », relate Clément Chevalier. L’enchaînement de plusieurs maïs en non-labour est réalisable, en faisant attention à avoir une bonne structure de sol via une fissuration si besoin. D’autant plus que du binage mécanique est réalisable sur cette culture.
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Les semis de céréales sont aussi à adapter. « Dans les terres qui le permettent, décaler les semis autour du 10-15 novembre permet d’éviter la période de pic de levée des ray-grass qui se situe autour du 15 octobre. »
Dans l’essai mené par le réseau Dephy, il a été réalisé du maïs non-labour associé à un désherbagemécanique deux années de suite. Un blé a été implanté à la suite des maïs après un labour. « Il a été observé après désherbage 1 ray-grass tous les 3-4 mètres carrés contre 14 ray-grass par mètre carré pour la bande témoin, maïs-blé labourée tous les ans », montre le conseiller. Ces résultats s’expliquent grâce à une bonne préparation de sol, à un semis profond et au désherbage mécanique qui permet de détruire la majorité des ray-grass. « La première année, le maïs a été récolté en grains. Le mulch a permis de limiter la levée des ray-grass avant le deuxième maïs » explique-t-il.
Avec cette méthode, un couvert fourrager avec du ray-grass d’Italie avant le maïs n’est pas conseillé, car il y a un risque de repiquage et les résidus en surface limitent l’efficacité du désherbage mécanique. Cependant, un méteil peut être implanté en dérobée avant maïs. La fauche doit se faire avant la montée en graine des ray-grass résistants qui auraient pu lever. « Le méteil permet de garder une production de fourrage et de ne pas impacter les stocks pour les vaches », complète Tiago Lodi, ingénieur réseau Dephy dans les Pays de la Loire.