Les négociations commerciales annuelles n’ont pas débuté, mais déjà, producteurs laitiers, industriels et distributeurs s’apostrophent par communiqués de presse interposés. Le problème soulevé : la transparence dans la construction du prix -ou plutôt son manque de transparence - au sein de la filière laitière française.
C’est la fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe la plupart des enseignes de la grande distribution, qui a lancé les hostilités en affichant une position pro éleveur à un mois de l’ouverture des négociations commerciales annuelles entre les enseignes et leurs fournisseurs de marques nationales. « Convaincus que les éleveurs doivent disposer d'une meilleure information sur la construction de la valeur au sein de la chaîne alimentaire », dans un communiqué du 1er octobre, les distributeurs « réclament plus de transparence et de visibilité au bénéfice des éleveurs français ».
« La FCD souhaite contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes de création et de répartition de la valeur et apporter de la visibilité aux producteurs. »
La transparence du prix du lait au cœur du débat
A l’aune des négociations commerciales, la grande distribution énumère trois demandes, voire exigences. Tout d’abord, elle demande que la contractualisation entre producteurs et industriels intervienne avant toute négociation avec la distribution. « C’est l’esprit de la loi Egalim qu’il faut respecter pour assurer la meilleure rémunération des producteurs », appuie la FCD. Autre exigence : « que les évolutions de la matière première agricole (MPA) soient respectées et reversées aux producteurs », ciblant tout particulièrement les industries laitières. Enfin, elle appelle à des engagements de maintien des volumes de lait français « pour sécuriser les perspectives des éleveurs et préserver le potentiel de production national ».
« Le lait français et ceux qui le produisent ne peuvent pas être les variables d’ajustement de négociations menées par certains industriels dans l’opacité. La transparence s’impose à tous : les producteurs sont en droit de savoir comment se construit la valeur de leur lait à chaque étape », clame Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD.
Des producteurs prudents face aux distributeurs
Devant une telle défense de leur intérêt, la réaction de la FNPL ne s'est pas fait attendre. Le syndicat des producteurs laitiers, affilié à la FNSEA, « salue la prise de conscience des enseignes de la grande distribution des difficultés auxquelles font face les éleveurs et de la nécessité de préserver la matière première agricole française ». Même si « ces prises de position constituent un signal positif », les producteurs laitiers ne s’estiment pas dupe face à la guerre des prix que se livrent les enseignes.
« Face aux conséquences exceptionnelles de la sécheresse (…) Chaque acteur doit prendre sa part dans la revalorisation du prix du lait. La France a besoin de ses producteurs pour continuer à approvisionner ses usines, ses rayons et ses restaurants avec du lait français », prône Yohann Barbe, président de la FNPL.
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La Fnil, qui représente les transformateurs laitiers privés, attendra la fin de journée pour publier son communiqué de presse. « On ne peut pas se placer en défenseur des filières agricoles françaises et mettre en scène en rayon des promotions à des prix parfois indécents sur le lait et les produits laitiers. » tacle-t-elle.
« Il est essentiel de sortir de cette politique de prix bas qui détruit de la valeur depuis des années. Il faut en sortir. Alors seulement on pourra investir dans des outils de production performants et donner collectivement de la visibilité aux éleveurs », plante la Fnil (industriels laitiers privés).
Des négociations qui s'annoncent électriques
Si elle assure que « la filière laitière n’a pas besoin de procès d’intention ni de mise en accusation », elle n’hésite pas, en se défendant point par point, à critiquer les distributeurs.
La Fnil assure notamment que le prix du lait est « sans cesse remis en question » par les distributeurs dans les box de négociation, tout en regrettant les centrales d’achat européennes.
Voilà de quoi donner le ton des prochaines négociations commerciales, qui débuteront dans quelques semaines pour s'achever le 1er mars, en plein Salon de l'agriculture, comme le veut la tradition.