La Fédération nationale ovine a tenu son 79e congrès le mercredi 30 septembre au Cap d’Agde, dans l’Hérault. La future programmation de la PAC 2028-2034 y a largement été débattue, et la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, s'est adressée à la filière ovine.
Pourquoi tenir un congrès de la Fédération nationale ovine (FNO) dans l’Hérault, à première vue un département plutôt secondaire dans la production ovine ? Et pourquoi pas : l’Occitanie est la région au cheptel ovin le plus important. Et l’élevage ovin héraultais, très diversifié, n’est pas en reste. « J’espère que cette excursion dans l’Hérault aura tordu le cou aux idées reçues », se réjouit Brigitte Singla, secrétaire générale de la FNO et éleveuse ovine dans l’Hérault.
Il faut dire que ce 79e congrès tenait lieu d’exception : Michèle Boudoin, présidente de la FNO depuis onze ans, et figure emblématique du syndicalisme ovin, y faisait ses adieux. Plusieurs centaines de congressistes ont donc répondu présents à l’appel pendant deux jours, rythmés de visites de terrain, d’un dîner de gala, d’une table ronde consacrée à la PAC et d’un discours de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Un temps fort pour la filière, non dénué d’émotions, où l’engagement tenace de Michèle Boudoin a largement été salué.
C’est Patrick Soury, éleveur ovin en Charente, qui lui succède à la présidence de la FNO, accompagné de quinze membres du bureau fraîchement élus ou réélus. « Je mesure pleinement la responsabilité qui est la mienne en reprenant la présidence de la Fédération nationale ovine. Je veux inscrire cette nouvelle mandature dans la continuité du travail accompli, tout en donnant une nouvelle dynamique à notre action collective », déclare-t-il.
Défendre une PAC réellement commune
Le député Michel Barnier, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, Hervé Guyomard, ancien directeur de recherche à l'Inrae, et Emmanuel Fontaine, éleveur ovin et membre du bureau de la FNO, étaient invités à s’exprimer lors d’une table ronde sur la future PAC. Un sujet brûlant, puisque les premiers éléments de la PAC post-2027 préfigurent de grands changements : fusion des deux piliers, budget en recul et davantage de marge de manœuvre laissée aux États membres.
Face à ces bouleversements, la FNO défend une PAC « réellement commune » au budget maintenu et sanctuarisé. Une vision partagée par Arnaud Rousseau, qui estime qu’un projet agricole européen fort sera la clé pour débloquer un budget à la hauteur. « L’agriculture est aussi un élément de souveraineté européenne», a-t-il rappelé, soulignant l’importance stratégique du secteur agricole face aux tensions internationales croissantes. « Il n’est pas entendable de désarmer l’agriculture et l’alimentation. »
Revaloriser l’aide ovine
Aux côtés du maintien de l’ICHN, une revendication phare de la FNO pour la PAC 2028 est la revalorisation de l’aide ovine. « Les aides couplées sont indissociables de la production ovine » a rappelé Emmanuel Fontaine lors de la table ronde. « S’il y a un bon renouvellement en élevage ovin malgré de faibles revenus, c’est grâce à ces aides. » La FNO a obtenu une revalorisation de l’aide ovine au niveau français d’environ deux euros par brebis et par an pour 2026 et 2027. Un supplément financé par un reliquat d’aides bios non utilisé. Michèle Boudoin a tenu à saluer cet effort des services publics. La FNO réclame aussi « une rémunération des biens fournis par l’élevage ovin », grâce à un soutien aux surfaces pâturées par les brebis.
Un futur incertain
Les négociations PAC sont pour l’instant verrouillées. La Commission européenne réclame aux États membres de se positionner, mais ces derniers tardent à communiquer les montants de leur future contribution. « Le risque c’est qu’il y ait un effet cascade, et que le budget de la PAC soit diminué faute d’un positionnement clair des États sur le financement de l’Union européenne », alerte Hervé Guyomard, chercheur à l’Inrae. La nouvelle PAC, bien que prévue pour 2028, ne devrait pas voir le jour dans les temps, au vu de la difficulté des négociations.
Autre sujet européen : la multiplication des accords de libre-échange bilatéraux signés par l’UE. La FNO regrette que deux nouveaux accords aient été conclus en 2026, l’un avec l’Inde, l’autre avec l’Australie. Elle réaffirme son opposition à tout nouvel accord et défend l’instauration de clauses miroirs ou de sauvegarde. « La filière ovine est et reste sacrifiée sur l’autel de la géopolitique. Nous sommes toujours la variable d’ajustement», tempête Michèle Boudoin.
Alors que seule 48 % de la viande ovine consommée en France y est produite, la filière ambitionne de produire un million d’agneaux supplémentaires d’ici 2030. Le but affiché : monter à 55 % de souveraineté. La FNO a engagé en 2025 un travail de prospective sur l’avenir de la filière, auditionnant ses partenaires nationaux comme européens. Il en est ressorti une feuille de route à horizon 2030, surnommée « plan Marshall ». Articulé autour de cinq axes, ce « plan de réarmement » vise à garantir des conditions de production optimales pour « produire plus et mieux », obtenir des prix rémunérateurs, abaisser les importations dans le cadre des accords de libre-échange, obtenir des soutiens publics appropriés et accompagner l’installation.
La ministre de l’Agriculture s'adresse aux éleveurs ovins
Cela faisait quinze ans qu’un ministre de l’Agriculture n’était pas intervenu à un congrès de la FNO. L’occasion pour Annie Genevard de saluer l’engagement de la présidente sortante, Michèle Boudoin, mais aussi de balayer l’actualité sous un prisme ovin. « Devant la filière ovine française, il y a un marché à reconquérir. » Un potentiel de développement qui se télescope avec le réchauffement climatique. « L’été 2026 n’est malheureusement pas une parenthèse. Nous devons accompagner les éleveurs pour adapter leurs exploitations. » 75 millions d’euros ont été dédiés à la filière dans le cadre de la loi d’urgence. Soulignant l’impressionnant taux de renouvellement de 90 % dans la filière ovine, la ministre estime que « l’élevage est un métier qui allume la passion dans les yeux des jeunes. »
« Éleveurs ou loup, j’ai choisi mon camp »
La ministre réaffirme sa volonté de garantir les conditions nécessaires à la poursuite de l’élevage face à la prédation. « Il est impossible de rester insensible à cette détresse », argue-t-elle, soulignant la lourdeur des conséquences psychologiques de la prédation. Et la ministre de se féliciter de la série de réformes enclenchées depuis le déclassement du loup en 2025 : tirs de défense sur déclaration, rehaussement du quota de prélèvement, et autorisation des lunettes de tir à visée thermique, dans un décret à venir en décembre. Elle s’est défendue d’une « territorialisation » de la gestion du loup, mesure adoptée dans un décret fin août, et décriée par la FNO.
Annie Genevard se veut aussi rassurante face aux inquiétudes de la profession quant aux maladies émergentes. Elle rappelle que les contrôles aux frontières contre les flux illégaux d’animaux ont été renforcés. Malgré l’âpreté des négociations des Assises sanitaires, elles devraient déboucher sur des contrats de filière d’ici la fin de l’année.