En cette fin d’été, les ovins peuvent avoir du mal à s’habituer aux variations de température, notamment à cause de la longue durée de la rumination. Une particularité physiologique à prendre en compte en cas de coup de chaleur, mais aussi de baisse brutale de la température.
« Chaque fois qu’un mouton mange, il a chaud pendant 60 heures », souligne Delphine Daniel, vétérinaire à l’Alliance pastorale, lors d’un webinaire Inn’ovin dédié aux coups de chaud. Les effets de la rumination durent entre 50 et 60 heures, et dégagent une chaleur conséquente. Difficile pour un ovin de s’adapter rapidement à des variations brutales de température… comme ça a été le cas cette année. « Quand il fait 40 degrés d’un coup, une brebis ne peut pas gérer », alerte la vétérinaire, qui estime qu’il faut une quinzaine de jours à un ovin pour s’adapter à de nouvelles températures. Une mise en garde aussi valable pour les températures automnales. « Nous, humains, sommes contents de voir le frais revenir, mais ce n’est pas forcément le cas pour les brebis, dont la température corporelle mettra du temps à se réguler. » Même si les températures sont clémentes, les brebis peuvent donc avoir froid.
« Le rumen est une grosse cuve de fermentation. Il chauffe énormément. »
La gamme de températures de confort pour l’humain est comprise entre 18 et 32 degrés. Mais pour une brebis, elle se situe entre 3 et 15 degrés. « Il ne faut pas confondre sécheresse et chaleur. La brebis est particulièrement adaptée à la sécheresse, mais résiste mal à la chaleur. » Pour réguler sa température corporelle, l’organisme de l’ovin réduit ses activités non vitales, comme la lactation, les chaleurs, la croissance.
Dix litres par jour et par brebis nécessaires en été
Pour dissiper la chaleur, notamment par la transpiration, les ovins comme les humains ont besoin d’eau. « En plein été, une brebis a besoin de boire dix litres par jour. Si elle ne boit pas autant, il faut se demander pourquoi. » De nombreux facteurs peuvent expliquer qu’une brebis refuse de boire. « J’ai vu des brebis mourir de soif malgré des abreuvoirs remplis. Elles sont délicates concernant l’eau à boire. » L'eau doit être saine, renouvelée régulièrement, voire désinfectée, avec une température comprise entre 25 et 38 degrés.
L'eau d'abreuvement doit aussi être accessible, avec des abreuvoirs à la bonne hauteur, même pour les agneaux. Si les animaux sont à l'extérieur, les zones de couchage et d'abreuvement doivent être à distance raisonnable, sans nécessité de monter une pente, par exemple. Enfin, pour être mieux assimilée par l'organisme et booster l'immunité, l'eau peut être complémentée avec des vitamines et du chlorure de magnésium.
Limiter la surchauffe des ovins en cas de hausse brutale de la température
Pour empêcher la température corporelle des ovins de grimper, mieux vaut les alimenter le matin, avec des aliments facilement digestibles, tels que du foin fin, peu fibreux, et des céréales et des granulés. Eviter le foin grossier et la paille, d’autant que les brebis sont plus sensibles à l’acidose par forte chaleur. « Les feuilles ont par exemple une bonne valeur alimentaire, tout en ayant une faible durée de stagnation dans le rumen », suggère la vétérinaire.
Il est aussi recommandé de limiter les activités métaboliques et physiques, ainsi que les interventions sur le troupeau. « Si possible, ne pas mettre en lutte. Sinon, mettre les béliers le soir, et les retirer rapidement. Ce sont eux qui meurent en premier par forte chaleur. »
Réagir face à une brebis en hyperthermie
Une brebis victime d’un coup de chaud n’arrive plus à réguler sa température. « A partir de 42 degrés de température corporelle, les reins s’arrêtent de fonctionner et le cœur commence à fatiguer. Les ovins ont l’air perdus, hagards et ont du mal à avancer. Un coup de chaud est irréversible à partir de 45 degrés. » La vétérinaire recommande de commencer par leur refroidir la tête et le ventre en les mouillant, puis de leur administrer une dose de corticoïdes et éventuellement une perfusion.
Si le coup de chaleur n'est pas pris en charge rapidement, l'état des animaux peut se dégrader jusqu'au coup de sang : ils se mettent à trembler, ont une démarche hésitante, et se couchent après quelques pas. « La mort survient alors au bout de 24 à 48 heures », prévient Delphine Daniel.
Risque de pneumonies pour les ovins, même en été
Quand il fait chaud, l’ambiance dans les bâtiments d’élevage est dégradée : l’air y est chaud, humide, chargé d’ammoniac. « Les animaux halètent beaucoup, plaquant un air plein de poussière au fond de leurs poumons », explique Delphine Daniel. Les écarts brutaux de température, et l’immunité affaiblie des animaux en sortie d’été sont aussi des facteurs favorisant les pneumonies. Leur organisme est obligé de faire un arbitrage délicat entre fièvre et chaleur extérieure : mécanisme de défense naturel, la fièvre est mise en place plus tard à cause des fortes chaleurs, ce qui fait que l’infection est d’amblée plus massive.
« Attention, un lot d'agneau peut être atteint de pneumonies même si aucun ne tousse ou n'est au sol. » Quelques indices peuvent vous mettre sur la voie des pneumonies : des animaux aux gabarits hétérogènes, au regard endormi ou au comportement bourru, ou encore des saisies d'agneaux pour pleurésie.
Vaut-il mieux mettre les brebis à l’intérieur ou à l’extérieur en cas de canicule ?
Tout dépend du bâtiment en question et du comportement des brebis. « Il n’y a pas de réponse toute faite », nuance Delphine Daniel. Si les ovins mangent et boivent bien dehors, alors nul besoin de les rentrer. « En cas de doute, laissez le bâtiment en libre accès pour voir si les brebis y entrent naturellement. Vous pouvez aussi y rester une demi-heure et voir s’il y fait meilleur qu’à l’extérieur. » Les brebis peuvent parfois adopter des comportements contre-intuitifs. Par exemple, rester sous un tunnel par forte chaleur. « C’est parce que la chaleur n’est pas le seul problème : les brebis peuvent aussi être dérangées par des mouches, des taons ou des œstres à l’extérieur. »