Bec-de-lièvre, hydropisie abdominale, arthrogrypose, atrésie du colon… Les malformations sur les veaux sont nombreuses. Certaines ont une origine génétique et s’avèrent plus fréquentes dans certaines races. D’autres ont une origine infectieuse ou alimentaire.
Il existe de nombreuses malformations avec des degrés de gravité variable. Cela va des hernies ombilicales, bien connues des éleveurs et qui ne doivent pas être confondues avec des omphalites (infection du nombril), au freemartinisme avec les génisses ayant un jumeau mâle qui les aura imprégnées d’hormones mâles ce qui cause des malformations de l’appareil génital, aux veaux bulldog avec des malformations du crâne et des membres entraînant la mort des animaux touchés…
Toutes ces malformations ont une origine plutôt génétique. Il existe également des malformations d’origine infectieuse [veaux avec une arthrogrypose des membres (Schmallenberg, orthobunyavirus), avec une malformation du cerveau et une accumulation de liquide dans la boîte crânienne (Schmallenberg, FCO), etc.] ou alimentaire (carence en vitamine A entraînant une cécité, malformation des membres lors d’intoxication au sorgho).
Pas sûr que le veau s’en sorte en cas d’hydropisie abdominale
« Bonjour, j’ai un souci sur un vêlage sur une vache. Le devant est là, le veau est bien tourné, il ne paraît pas si gros mais ça ne passe pas ! Je me demande si je ne passe pas à côté d’une torsion, je ne comprends pas pourquoi ça ne vient pas. » À mon arrivée, la vache est debout, à terme, en forme, mais elle n’a pas beaucoup d’effort, il faudra surveiller une éventuelle hypocalcémie (fièvre de lait). Le veau ne réagit pas aux stimulations mais il ne faut pas tirer de conclusion hâtive. À la palpation, tout est dans le bon ordre, pas d’odeur particulière, le veau vient par l’arrière mais il y a bien les deux pattes et la queue bien dans l’axe, et de taille très raisonnable sauf que… l’on palpe derrière un abdomen important, distendu, assez souple quand même. Je redoute une hydropisie, c’est-à-dire une accumulation d’eau dans le ventre du veau. Comme il ne réagit absolument pas (et qu’il faut bien le sortir), je perfore délicatement l’abdomen qui se vide de plusieurs litres de liquide translucide. Et le voilà sorti, presque comme une lettre à la poste. Cette accumulation de liquide dans l’abdomen est le plus souvent liée à une malformation rénale, hépatique ou cardiaque, et synonyme de non-viabilité du veau. Cela peut aussi concerner les enveloppes fœtales, et là, le pronostic devient réservé pour le veau et pour la vache.
Le bec-de-lièvre peut se limiter à un problème esthétique
« Doc, j’ai un veau avec une tête bizarre ! Il arrive à boire, mais on dirait un bec-de-lièvre, c’est possible ? ». Et oui, c’est possible. Les montbéliardes sont prédisposées, avec une ou deux narines fendues, et éventuellement une distorsion du museau. Si la malformation se limite à cela, le pronostic est bon, le problème n’est qu’esthétique ! Mais il faut absolument vérifier l’état du palais car des fentes palatines (non fermeture au milieu du palais) sont possibles. Selon leur taille, la succion peut être impossible, ou le lait peut passer dans les poumons et causer des infections respiratoires récidivantes. Le petit veau en photo avait un palais parfait et a pu être engraissé normalement. L’origine peut être génétique, mais le gêne responsable n’a pas encore été trouvé avec certitude. Une carence en vitamine A peut aussi causer ce genre de malformation.
« J’ai un veau qui n’arrive pas à se lever, il est tout arqué. Est-ce que ça vaut le coup de lui mettre des attelles ? ». Les malformations appelées arthrogrypose ou arcure ou bouleture correspondent à une flexion exagérée des boulets ou des carpes (« genoux sur les antérieurs »). Les veaux normands sont prédisposés mais on retrouve cette malformation dans de nombreuses races. Une origine génétique est possible tout comme une malposition dans l’utérus.
Un certain nombre de veaux récupèrent spontanément, surtout sur les poids légers. Il faut les mettre dans un espace plus important que d’habitude pour leur permettre de marcher, ce qui peut améliorer la détente des tendons. Un paillage abondant est important pour éviter toute blessure sur les boulets. Si cela est insuffisant, des attelles qui forcent sur les articulations pour étirer les tendons, voire une chirurgie avec une section de certains tendons, sont nécessaires pour permettre au veau de tenir debout. Les traitements médicamenteux (compléments en manganèse, sélénium…) peuvent aider mais seront souvent insuffisants seuls.
L’atrésie du colon surtout en race Holstein
« Bonjour, j’ai un veau de 3 jours qui ne veut plus boire. Il a bien eu son colostrum, était en forme, mais il se dégrade. Le cul est bien propre, pas de diarrhée, et pas de température ! J’ai peur qu’il soit bouché, c’est possible ? ». Effectivement, sur un veau Holstein (race prédisposée), de quelques jours, qui n’a - après inspection du box - jamais fait de bouses, avec un gros ventre, le risque d’atrésie du colon est fort probable. Il s’agit d’une malformation causant un rétrécissement de l’intestin voire une obstruction totale, empêchant les selles d’être évacuées. On peut parfois tenter une chirurgie mais les chances de réussite sont assez faibles…
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Un cas isolé peut être mis sur le compte du manque de chance et doit rester très rare. Une accumulation de veaux malformés doit absolument amener à se poser des questions sur la génétique et la gestion d’élevage au sens large pour trouver l’élément perturbateur. Une déclaration à l’Onab (Observatoire national des anomalies bovines) doit également s’envisager pour arriver à mieux comprendre ces pathologies.
À retenir
- Un veau malformé implique un appel au véto.
- Il faut déterminer si le veau est viable ou non.
- Un prélèvement est à réaliser selon la malformation pour déterminer la cause ; il est systématique si le veau est mort (brucellose).
- L’origine peut être multiple : génétique, alimentaire, infectieuse…