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Les caves coopératives à l'heure de l’intelligence collective

Face à des problématiques toujours plus complexes, de plus en plus de caves coopératives font appel à l’intelligence collective afin de se mobiliser autour de projets d’évolution et d’adaptation au changement.

Chez les Vignerons de Buxy-Millebuis, les méthodes d'intelligence collective se sont intégrées dans le fonctionnement de la cave pour allier implication et efficacité.
Chez les Vignerons de Buxy-Millebuis, les méthodes d'intelligence collective se sont intégrées dans le fonctionnement de la cave pour allier implication et efficacité.
© Millebuis

L’intelligence collective est une technique de management venue du monde de l’entreprise. Mylène Menaut, consultante et formatrice en intelligence collective, la définit plus précisément comme « la capacité d’un groupe à réfléchir et produire collectivement ». Les multiples défis auxquels est confrontée la coopération viticole encouragent cette approche.

« Le constat est que les coopératives viticoles évoluent dans un monde complexe, avec des changements ayant une amplitude de plus en plus grande, relève Mylène Menaut. L’organisation en vertical issue de l’après-guerre est encore dominante mais elle ne permet pas d’avoir une vision à 360 degrés sur les problématiques d’aujourd’hui et elle ne correspond pas aux attentes des nouvelles générations. »

Une méthode pour impliquer les salariés et adhérents

Nicolas Emereau, directeur général de la cave Robert & Marcel, en Val de Loire, partage pleinement ce point de vue. « On ne peut plus être dans l’ère du management directif des années 70/80 avec un mode de fonctionnement en silo. Si vous voulez être attractif pour les adhérents et les collaborateurs, il ne faut pas décider à leur place, estime-t-il. Nous avons repensé notre fonctionnement pour être plus agiles. » Il constate qu’associer plus largement les collaborateurs en travaillant en intelligence collective aide à « penser à tout et à avoir l’adhésion du collectif pour porter le projet ».

La démarche a conduit au lancement de la marque institutionnelle et commerciale Vignobles Edonis par laquelle la cave a défini sa raison d’être comme « l’acteur qui fait vivre la richesse sensorielle du Val de Loire ». La stratégie se décline en sous-projets conduits par une dizaine de groupes de travail. L’un d’eux a par exemple mené à bien le projet Sans Pépin, un vin finement pétillant, à faible degré d’alcool, vendu en bouteilles de 20 cl et destiné aux millenials, lancé en avril. « L’encadrement a été formé sur la façon d’emmener les équipes. Nous travaillons ainsi depuis trois ans et je sens une montée en puissance », s’enthousiasme le directeur général.

Définir un plan stratégique partagé

En AOP crozes-hermitage, la cave de Clairmont a ressenti ce besoin dès 2018, pour bâtir un plan stratégique. Avec un accompagnement, les dirigeants et associés ont utilisé l’intelligence collective pour aboutir à un plan baptisé Devenir. Il décline des actions concrètes autour de cinq axes.

« On arrive au terme des cinq ans et nous avons réalisé toutes les actions. On voit que ça nous a vraiment emmenés plus loin. Ça requiert de la technique mais ça apporte une richesse et la réussite de grands projets », se félicite Carol Lombard, directrice de la coopérative.

 

 
Depuis 2018, la coopérative de Clairmont, en AOP crozes-hermitage, coconstruit sa stratégie en pratiquant l'intelligence collective. Le lancement de cuvées parcellaires ou ...
Depuis 2018, la coopérative de Clairmont, en AOP crozes-hermitage, coconstruit sa stratégie en pratiquant l'intelligence collective. Le lancement de cuvées parcellaires ou le développement de groupes de pratiques en sont issus. © Clairmont

 

Pour elle, ce mode de fonctionnement a favorisé une forte cohésion et contribué aux bons résultats économiques affichés par la coopérative. La rémunération a augmenté de 50 % entre 2010 et 2021, le renouvellement des générations est assuré et Clairmont a même accueilli des nouveaux associés. La directrice s’est elle-même formée aux méthodes d’intelligence collective. Pour renouveler le plan stratégique, elle a ainsi pu animer des cessions associant une quinzaine de participants salariés ou associés, au rythme de 3 heures par mois depuis décembre dernier pour bâtir le plan Devenir 2023-2027. Si elle admet que c’est plus long à construire, la démarche assure une implication et un engagement des salariés et des associés.

Coconstruire des solutions pour l’avenir

Chez Les Vignerons Catalans dans les Pyrénées-Orientales, l’urgence économique a été le déclencheur. La cave a fait appel à Pascal Provencel, expert en stratégie de marque, adepte des processus d’intelligence collective. L’objectif était de trouver des façons de valoriser la production pour redonner de l’espoir. « Je leur ai dit, c’est votre implication qui va faire aimer ce que vous faites », se rappelle l’expert en marketing.

Sa méthode est de secouer le collectif pour que « chacun sorte de sa zone de confort ». Il estime que libérer la parole est d’autant plus crucial en contexte de crise « parce que dans le milieu agricole, par pudeur, on ne dit pas les choses quand ça va mal ». Voir les vignerons, même bousculés et peu habitués au jargon marketing, revenir d’un atelier à l’autre sur trois mois l’a convaincu « qu’il se passait quelque chose ».

Définir l’identité commune a été la première étape. « L’identité c’est une force émettrice. Si on n’émet rien, on vous enjambe », martèle Pascal Provencel. De ce travail collectif est née la marque Les Vignes du Vent, lancée à Wine Paris 2023. Les vins des adhérents sélectionnés pour cette gamme en vin de France visant un créneau premium sont payés 50 % au-dessus du marché.

L’adoption de nouvelles méthodes de travail en collectif

Les premiers résultats sont encourageants : deux cuvées sont sélectionnées pour les Incroyables Leclerc pour la foire aux vins 2023, des marchés s’ouvrent à l’export. L’objectif initial de 300 000 bouteilles cette année pourrait être dépassé. La même approche va s’appliquer à d’autres chantiers comme la mutualisation.

Changer les méthodes de travail a également motivé les Vignerons de Buxy-Millebuis dans le Mâconnais. En découvrant l’intelligence collective en 2019, lors d’un atelier des Rencontres des Vignerons engagés, le management de la cave en a perçu l’intérêt pour rendre les réunions fertiles. Après avoir fait intervenir une consultante sur différentes problématiques, l’équipe de management s’est formée avec elle.

« Notre formatrice nous a délivré une sorte de boîte à outils dans laquelle nous puisons lors de toutes nos réunions internes », décrit Caroline Torland, responsable de la communication. En février dernier, la cave a ainsi lancé des groupes avec les coopérateurs autour de trois grands thèmes (changement climatique, impact environnemental, production de vins premium en AOC).

La synthèse va aboutir à un plan d’action pour plusieurs années. Forte de ces expériences, Caroline Torland voit dans l’intelligence collective « un moyen indispensable pour permettre aux adhérents d’être acteurs de la stratégie et non pas de la subir. On a besoin de leur regard car ils sont en première ligne ». Une approche qui pourrait également inspirer d’autres structures collectives de la filière vin.

 

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