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Puy-de-Dôme : « Nous produisons 2 000 agneaux en autonomie fourragère »

Avec ses 1 480 brebis, le Gaec de la Rode affiche une totale autonomie au niveau des fourrages. C’est le fruit de toute une organisation et d’une gestion rigoureuse du pâturage et de la pousse de l’herbe, mais pas que.

Trois hommes avec deux chiens, assis dans l'herbe, et des brebis dans le fond.
Alexis, Olivier et Benoît Lassalas gèrent rigoureusement la pousse de l’herbe pour être totalement autonomes en fourrage. [Photo prise au printemps]
© F. Pigot

Dix vaches et quelques moutons suffisaient à faire vivre les grands-parents de Benoît et Olivier Lassalas. Quand leur père a pris la suite, le cheptel ovin est passé à 300 brebis. Une nouvelle augmentation s’est imposée à partir de 1990, date à laquelle Olivier, l’aîné de la fratrie, a intégré l’exploitation. « Puis nous sommes montés petit à petit à 600 brebis », explique celui qui a été rejoint par son frère en 2005. La reprise de terres a permis aux deux frères de monter à 1 480 brebis sur 210 hectares à partir de 2020. Le rythme de croisière était trouvé avec, à la clé, l’autonomie fourragère.

Situé à Nébouzat, dans le Puy-de-Dôme, le Gaec de la Rode se répartit sur trois sites, entre 850 et 1 000 mètres d’altitude. Le premier, d’une trentaine d’hectares, est doté d’un tunnel d’élevage accueillant 160 brebis vides et agnelles. Le deuxième dispose d’un bâtiment abritant 160 mères avec agneaux. Plus pratique pour la surveillance, le troisième site est situé à proximité des habitations. Il comprend trois grands bâtiments et deux appentis réservés aux agnelages et aux brebis gestantes. En plus des deux associés, l’exploitation emploie à mi-temps Marylène, l’épouse d’Olivier, et leurs deux fils apportent ponctuellement des coups de main.

Pour eux, tout réside dans la gestion des 210 hectares de prairies naturelles. Une gestion minutieuse, qui nécessite de bien connaître les richesses et les faiblesses de ses parcelles, d’en faire régulièrement le tour et d’agir au cas par cas. Il convient aussi de bien anticiper l’été. « Pour se préserver des risques des fortes chaleurs, mieux vaut éviter de faucher les parcelles avec des parties ombragées », conseille Benoît Lassalas. De même, pour les agnelages, de la belle herbe doit être conservée à proximité des bâtiments.

Intérieur du bâtiment d'élevage d'ovins.

A l'intérieur, les agneaux ont libre accès au nourrisseur. Crédit : F. Pigot

Une conduite des brebis optimisée, au filet

L’exploitation compte 120 hectares de fauche et, si le temps le permet, la moitié de cette surface est enrubannée à partir de mi-mai. 60 hectares sont fauchés en juin, dont la moitié fait l’objet d’un déprimage d’avril à mai. La pousse de l’herbe et la météo sont soigneusement surveillées. En général, tout commence début avril, avec la mise à l’herbe qui s’étend jusqu’au 15 décembre. « Au 1er mai, toutes les brebis sont dehors », indique Benoît Lassalas. Pour éviter le gaspillage, le pâturage se fait au filet et à l’œil sur une base d’environ un demi-hectare par troupeau de 300 bêtes.

Un filet arrière vient en complément dans les deux plus grandes parcelles, de 15 et 20 hectares, où les bêtes restent plus de huit jours. 450 brebis y tournent ainsi durant tout l’été. Prioritairement, celles qui sont en début et en milieu de lutte. Quand les conditions météorologiques le permettent, une partie de ces parcelles peut être laissée en herbe pour être fauchée. Ici, rien n’est figé, tout est fait de souplesse et d’adaptation au contexte. « C’est très variable, la faucheuse est attelée en permanence », précise Benoît Lassalas.

Troupeau de brebis pâturant.

Le pâturage est géré au filet. Crédit : F. Pigot

« Le fait de faire pâturer au filet avant et arrière a aussi un effet très positif sur la gestion du parasitisme », souligne Céline Marville, qui accompagne le Gaec pour la coopérative Copagno. Chaque année, deux coprologies sont réalisées, une au printemps et une en décembre, à l’entrée en bergerie. Si nécessaire, elles sont suivies d’un traitement.

L'amendement des prairies, toute une stratégie

« La technique du fil avant et du fil arrière améliore la fumure des parcelles », ajoute Benoît Lassalas. « En plus, nous passons le broyeur ou la faucheuse pour éliminer les refus, ce qui améliore la qualité de la parcelle et la pousse de l’herbe. » Un peu de calcium est apporté, mais surtout du fumier non composté, laissé en tas durant un an et légèrement retourné avec le télescopique. « Les parcelles de fauche reçoivent dix à douze tonnes par hectare, écartées en décembre et janvier. Nous ne le faisons pas faire par une entreprise, donc nous le faisons aux bons endroits », précise Benoît Lassalas. Son frère cible les zones qui en ont besoin, en fonction de ce qu’il a observé.

« Depuis 2022, on ne met quasiment plus d’engrais, mais on ne s’interdit pas d’en racheter si nécessaire », précise Olivier. « Grâce à notre gestion, nos terrains se sont bien améliorés », reconnaît Benoît. Ils exploitent des terrains qu’il a parfois fallu défricher, voire dessoucher après une coupe de résineux, avant de les remettre en prairie. Des terrains communaux en location peuvent ainsi être fauchés.

Une rigoureuse gestion des stocks de fourrages

« Avant, nous achetions du fourrage, car nous n’avions pas assez de surface. Mais, maintenant, plus du tout », constate Olivier Lassalas. « Ça peut même arriver qu’on en vende », ajoute Alexis, son fils de 17 ans, qui prévoit d’intégrer l’exploitation l’an prochain à l’issue de sa formation en maison familiale et rurale.

Griffe de distribution sur rail pour nourrir les brebis.

Pour donner facilement aux bêtes, le Gaec dispose d’une astucieuse griffe de distribution sur rail avec palan électrique à chaîne. Crédit : F. Pigot

Le Gaec de la Rode affiche une totale autonomie des fourrages conservés avec une moyenne de 330 kilos de matière sèche par brebis, dont 52 % de foin et 48 % d’enrubannage. En 2023, l’exploitation enregistrait un taux de 87 % d’autonomie en matière azotée totale (MAT). Seuls les concentrés étaient achetés, à hauteur de 153 tonnes brutes, soit 23 492 kilos de MAT. Ce résultat passe aussi par une rigoureuse gestion des stocks de fourrage. Dans la grange, chaque pile de rouleaux est marquée de l’initiale de la parcelle dont elle provient. Les éleveurs ont ainsi une idée plus précise de la qualité des fourrages donnés et l’adaptent en fonction du stade physiologique des animaux. C’est aussi un moyen d’économiser des concentrés.

Après le 1er septembre, les brebis peuvent être rentrées en fin de journée pour passer la nuit avec les agneaux non encore sevrés. Ces derniers sont complémentés en foin, mais surtout en regain à volonté pour économiser le concentré. Grâce à cette deuxième coupe, très riche en protéine, les deux frères constatent un gain en vitesse de croissance des agneaux. Ces derniers sont vaccinés contre l’entérotoxémie pour les préserver des risques de l’excès d’azote dans le regain.

Une marge de 2,60 euros par kilo carcasse d'agneau

Les résultats sont aussi au rendez-vous sur le plan économique. En 2024, l’excédent brut d’exploitation du Gaec s’élevait à 231 256 euros, avec un taux d’endettement de 22 %, malgré un très bon équipement pour la fenaison. Le produit total de l’exploitation s’élevait à 13,50 euros par kilo carcasse d’agneau, pour un coût de production de 10,90 euros. Le prix de revient des agneaux lourds était de 6,69 euros par kilo carcasse, pour un prix de vente de 9,40 euros.

Troupeau de brebis conduit par un homme en extérieur. En arrière plan, le puy de Dôme est encore couvert de neige.

Mi-avril, une partie du cheptel passe ses journées en extérieur. Crédit : F. Pigot

Seule ombre au tableau, le loup a sévi l’an dernier, et encore plus sérieusement en janvier sur plusieurs exploitations toutes proches. Le territoire est entré en cercle 2. « Même s’il nécessite beaucoup de main-d’œuvre, nous sommes bien contents de notre système, il fonctionne bien et il est rentable. Mais se protéger avec dix troupeaux en plein été, c’est quasiment impossible », s’inquiète Benoît Lassalas. Les filets de pâturage ne couvrent pas l’ensemble des parcelles et une partie est grillagée. Il évoque le projet d’investir dans des chiens de protection, en sachant que l’exploitation est située en zone touristique, dans la chaîne des Puys classée au patrimoine de l’Unesco.

La Rava, une autre clé de la réussite

L’essentiel de l’élevage est conduit en Rava croisées avec des béliers Berrichon du Cher. Contractualisée avec la coopérative Copagno, la production est commercialisée sous Label rouge Agneaux fermiers des Pays d’Oc. L’autre partie du cheptel est travaillée en race pure. Une centaine d’agnelles Rava est vendue pour la reproduction et 300 sont gardées sur la ferme pour un taux de renouvellement d’environ 20 %.

Grâce à l’aptitude naturelle de la Rava au désaisonnement, les ventes d’agneaux peuvent se faire tout au long de l’année, avec des pics de commercialisation en mars, début juillet et en octobre-novembre. En 2025, le Gaec de la Rode a enregistré 1671 agnelages répartis sur toute l’année, à l’exception de la période du 15 mai au 15 juin. Les frères Lassalas soulignent que l’agnelage en juin-juillet est une spécificité de leur Gaec dont le modèle économique est étroitement lié à la race Rava. Le contexte climatique de l’exploitation favorise aussi ces naissances estivales à une époque où d’autres régions souffrent de la sécheresse. « Sur notre secteur, il suffit d’un petit coup d’eau et d’un peu de chaleur et ça repart aussitôt », remarque Olivier Lassalas. Faire agneler toute l’année a aussi l’avantage de nécessiter moins de béliers. Le Gaec en compte 27, dont 5 Rava et un Suffolk.

« La race Rava est partie prenante du désaisonnement. Nous le commençons au 15 septembre et nous le finissons au 15 novembre avec une courbe de Gausse qui culmine au mois d’octobre. C’est vraiment le moment où nous avons besoin d’agneaux », indique Christophe Guillerand, responsable commercial ovins Feder et directeur de Copagno. Et de préciser qu’en termes d’image, le Label rouge Agneaux fermiers des Pays d’Oc se doit d’être présent toute l’année.

« Le Gaec de la Rode est un élevage très technique qui rentre bien dans le schéma de la filière. Grâce à son système, il a réussi à s’adapter pour répondre à ce besoin d’agnelages en juin-juillet et c’est toute la filière qui en profite. » En contrepartie, il bénéficie d’une plus-value. « En 2025, on est monté à 10,80 euros le kilo carcasse en octobre, presque aussi bien qu’à Pâques, avec 11 euros », constate Christophe Guillerand. Le prix moyen payé au Gaec était de 9,75 euros, avec un minimum de 9 euros en été. L’élevage a livré 2 007 agneaux, dont 1 939 en Label rouge.

Ovins en bergerie

L’essentiel de l’élevage est conduit en Rava croisées avec des béliers Berrichon du Cher. Crédit : F. Pigot

Chiffres clés

  • Nombre moyen de reproductrices 1 539
  • Prolificité 1,7
  • Productivité 1,56
  • Mortalité agneaux 7,94 %
  • Mortalité reproductrice 2,21 %
  • Taux de chargement 1,05 unité gros bovin par hectare de surface fourragère principale

 

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