Accompagner les éleveurs dans le changement

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Anne-Marie et Jean-François Allée, éleveurs ovins bretons, ont présenté leur élevage à des techniciens ovins venus de toute la France à l'occasion des Journées techniques ovines 2026. Crédits : © D. Séailles

Réchauffement climatique, hausse des coûts de production, imprévisibilité… le contexte actuel demande aux éleveurs d’adapter leurs pratiques et aux techniciens de les accompagner dans ces changements. Une question au cœur des discussions des Journées techniques ovines 2026.

Techniciens, chercheurs, enseignants, ingénieurs. Plus d’une centaine d’entre eux a répondu présent à la 12e édition des Journées techniques ovines à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine. Tous les deux ans, ces rencontres organisées par l’Institut de l’élevage sont un incontournable pour les acteurs de l’accompagnement technique auprès des éleveurs ovins. Alimentation, numérique en élevage, pâturage mixte ovin-bovin, conseil à l’installation, approche de l’accompagnement… vingt-six présentations au total, et six visites d’exploitations allaitantes et laitières ont rythmé les journées du 14 et 15 octobre. Une édition qui a rencontré un franc succès, avec une fréquentation en hausse et de nombreux temps d’échanges.

« Le changement est un processus humain complexe »

Changer demande de l’assurance

Cette année, devant l’ampleur de la crise agricole et des défis à venir, une bonne partie des interventions abordaient la question du changement de pratiques. Comment aborder le changement avec les éleveurs ? Qu’est-ce qui motive le changement ? Comment accompagner les éleveurs dans un contexte de plus en plus complexe et imprévisible ? « Le changement est un processus humain complexe », définit Carole Jousseins, spécialiste du travail en élevage, à Idele. D’abord, les freins au changement sont nombreux.

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En plus de la peur de l’inconnu ou encore de ne pas être à la hauteur, changer de pratiques d’élevage peut toucher à quelque chose de plus profond : l’identité professionnelle en tant que telle. « Changer peut revenir à se détacher de son groupe social, de son identité. On peut être réticent à changer par peur d’être seul. C’est un processus qui demande de l’assurance. » Sans compter que tester de nouvelles pratiques, c’est risquer de perdre ce qu’on a déjà… une peur naturelle, mais à relativiser face à ce que coûtera inéluctablement le non-changement.

Accompagner plutôt que convaincre

Mais dans le contexte actuel, qu’ils soient anticipés ou subis, progressifs ou brutaux, les changements de pratiques sont inévitables. Alors, comment mettre en œuvre le changement ? Changer est un phénomène systémique qui s’inscrit dans tout un écosystème d’acteurs de l’amont et de l’aval. Autrement dit, « le changement, vous en êtes acteurs, mais sans en être seuls responsables », précise Carole Jousseins, en s’adressant aux techniciens. « L’objectif aujourd’hui n’est pas de convaincre l’éleveur mais de l’accompagner dans des conditions favorables au changement. L’éleveur est l’acteur des décisions tout au long du processus. » Empathie et respect des choix de l’autre sont au cœur du processus.

Des leviers pour faciliter le changement

Des ateliers ont amené les techniciens à se mettre à la place d’un éleveur à qui l’on propose de changer ses pratiques. Le but : « Comprendre que, face à une même proposition de changement, chacun réagit différemment ! », martèle Carole Jousseins. Et sa collègue Christèle Couzy, de l’Institut de l’élevage, d’enchaîner : « Il faut comprendre quels sont les freins et les motivations de chaque éleveur dans son travail. » 

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On peut se sentir dépassé face à l’ampleur de ce qu’il faut changer. Dans un premier temps, mieux vaut ne pas chercher à tout changer d’un coup, mais commencer par expérimenter de nouvelles pratiques à petite échelle, avec un suivi renforcé. Les choix techniques proposés doivent être adaptés, mais peu nombreux, avec des bénéfices immédiats : l’économie de temps, la réduction des charges, l’amélioration du confort de travail ou encore la simplification. 

Pour éviter le sentiment de solitude et favoriser les échanges, la sociologue de l’élevage conseille de créer des groupes d’éleveurs expérimentant les mêmes pratiques, et de valoriser publiquement leurs résultats, pour montrer que la solution fonctionne, et a déjà été adoptée par d’autres.

 

Patrick Soury, président de la Fédération nationale ovine

« Un accompagnement personnalisé pour produire plus et mieux »

« Nous avons besoin d’agneaux et de lait pour répondre à la demande française et gagner en souveraineté. Les derniers mois ont été perturbés par la sécheresse, ce qui remet sur la table l’intérêt de la technicité. Les techniciens sont la cheville ouvrière de l’accompagnement technique, indispensable à notre programme de souveraineté de la filière ovine, « Produire plus et mieux ». Produire plus est un gage de sécurité pour les éleveurs. Cela demande d’optimiser le potentiel de chaque exploitation, en prenant en compte les facteurs humains, agronomiques et les bâtiments. Produire mieux, c’est faire en sorte que les productions ovines soient mieux valorisées en collant à la demande. C’est pourquoi l’accompagnement technique doit être personnalisé, individualisé, et aligné avec les besoins de la filière. Il n’y a pas de formule identique pour tout le monde. »

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