Une industrie pas comme les autres
L'actualité internationale de ces derniers jours nous rappelle que l'alimentation n'est pas seulement un thème raffiné pour magazine de cuisine, ni même seulement une question de goût et de couleurs. Elle est fondamentalement une question de vie ou de mort, de guerre ou de paix. Sous nos latitudes, on n'aurait tendance à oublier cette vérité pourtant très tangible pour des milliards d'hommes. C'est évidemment pour cela que l'agriculture n'est pas une industrie comme les autres : c'est la drôle de clé qui peut d'un tour de main mener un pays de la prospérité à la famine. La confrontation brutale entre l'industrie agricole argentine et une partie de la population du pays, qui soutient sa présidente dans son projet de taxer les exportations agricoles, illustre le genre de drame auquel peut mener une agriculture et une industrie alimentaire mal régulés. Mais plus encore est-ce le cas actuellement dans un certain nombre de pays d'Afrique et d'Asie, en raison de la flambée de matières premières agricoles stratégiques comme le riz ou le blé. La Banque mondiale vient d'ailleurs de s'en émouvoir très officiellement en réclamant un « New Deal » alimentaire à l'échelle internationale. La Banque mondiale considère que 33 Etats dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux directement liés à la montée brutale des prix des produits agricoles et énergétiques. Les gouvernements de Côte d'Ivoire ou du Vietnam viennent de prendre des mesures exceptionnelles pour garantir leur approvisionnement. Pour eux, la souveraineté alimentaire n'est plus seulement un thème de propagande électorale ; c'est le seul moyen de repousser le spectre d’une implosion du pays.