Une idée en bois
L’Europe ayant accepté l’année dernière de reconnaître les pratiques œnologiques américaines, il était devenu inévitable que les Etats-membres modifient à leur tour leur propre législation et permettent à leurs viticulteurs d’utiliser les mêmes méthodes que leurs concurrents. C’est la voie sur laquelle la France semble vouloir s’engager, en autorisant les copeaux de bois dans la fabrication du vin. Il n’est pourtant pas certain que cette mesure réponde aux difficultés économiques considérables de cette filière. Symboliquement, l’annonce risque même de porter un grave préjudice à l’image du vin. Ce produit a récemment payé un lourd tribut aux campagnes (justifiées) contre l’alcoolisme. Mais jusqu’ici, son image qualitative était relativement préservée dans l’opinion. Curieusement, les modes de culture de la vigne et d’élevage des vins n’ont que rarement fait l’objet de polémiques en France. Et le secteur a été relativement épargné par les scandales sanitaires qui ont frappé d’autres secteurs de l’alimentaire. En creusant un peu (et même pas très profond), il y aurait pourtant à redire sur certaines pratiques œnologiques courantes mais méconnues du grand public. S’engager vers un plus grand laxisme réglementaire, ce n’est peut-être pas le meilleur service à rendre à une profession qui tente de sortir de la crise viticole par le haut et par la qualité. De même, autoriser la rétrogradation de certaines appellations vers les vins de pays ou coller l’étiquette «France» sur des produits de qualité médiocre destinés à l’exportation, c’est prendre le risque de porter un coup fâcheux à l’image des vins français dans le monde.