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special Allemagne

OGM : Schröder reprend la main, Künast avale une nouvelle couleuvre

C’est sur un ton presque neutre, mais avec un regard et des mimiques qui en disaient long sur ses propres sentiments que Renate Künast a annoncé la semaine dernière l’accord entre Verts et SPD sur un projet de loi relatif aux OGM. Ce texte a été longuement discuté entre les ministères, la recherche et des organisations économiques. Il transforme d’abord en droit allemand la Directive européenne sur les essais extérieurs (la date limite était octobre 2003, et notons au passage que la France ne l’a toujours pas fait). Il aborde ensuite des points-clés comme la responsabilité en cas de contamination accidentelle et la coexistence des cultures sur le territoire. Le droit à indemnités est reconnu aux exploitants qui subissent des contaminations accidentelles. Il prévoit un registre des cultures OGM et des arrêtés spécifiques fixeront les distances à respecter ou les haies de protection à implanter entre différents types de cultures. A partir d’avril, toutes les règles européennes d’étiquetage entreront en application, permettant aux exploitants pour leurs approvisionnements et aux consommateurs pour leurs achats d’exercer leur libre choix. Pour compléter ce dispositif de transparence Künast demande une fixation rapide en UE des seuils de tolérance des contaminations accidentelles en semences.

- Le chancelier a beaucoup hésité dans ses positions sur les OGM (on murmure que l’influence de ses deux épouses successives n’y est pas pour rien...). Mais il vient clairement de reprendre la main. Ce nouveau projet porte sa signature, jusque dans la date de sa présentation, trois jours avant le « grand dîner de l’innovation en Allemagne » auquel il devait participer.

-Künast a dû prendre acte du fait que 60 mio d’ha sont cultivés en OGM à travers le monde et que ces produits sont présents en Allemagne. Elle voulait que les objectifs de l’Etat se restreignent à la protection contre les risques OGM. Dans les zones écologiquement sensibles, elle n’a obtenu qu’une obligation de déclaration des cultures OGM et non une autorisation. On parle maintenant de la possibilité de cultiver des OGM en Allemagne en respectant des règles, notamment de transparence, du producteur au consommateur.

- Sans aucun doute, Künast-ministre de l’agriculture a perdu une bataille. Mais Künast-ministre des consommateurs ne s’avouera pas battue. Les réactions à cette annonce soulignent d’ailleurs que personne n’a déposé les armes. Bayer Crop Sciences et Syngenta se réjouissent de l’application de la directive UE, mais évitent tout triomphalisme. Gert Sonnleitner, le président du DBV, reste prudent devant ce qu’il appelle une « construction théorique». La distribution est tout aussi réservée, n’oubliant pas les dommages subis lors des campagnes de Greenpeace. De ce côté-là justement, on est critique sur cette « inversion d’optique». Autrement dit, les adversaires des OGM vont redoubler d’efforts pour mobiliser contre eux, afin de dissuader producteurs et surtout distributeurs de les utiliser.

A l’enterrement de la Agrarwende, ses inspirateurs tiennent les cordons du poële

Thilo Bolde est un homme qui a beaucoup d’influence en Allemagne dans les milieux agro-alimentaires, de la production à la distribution. Il a en effet été le patron de Greenpeace Allemagne pendant plusieurs années, et il est aujourd’hui directeur de Foodwatch, une importante organisation de protection des consommateurs. A ces deux titres, il a rudement guerroyé contre tous les opérateurs et responsables des filières et a, de près ou de loin ( plutôt de près), inspiré certains aspects de la politique de Renate Künast. A l’occasion de la Semaine Verte, qui se déroule en ce moment à Berlin, il a sonné le glas du « changement de cap », de la « Agrarwende» comme on disait au début du ministère Kunast.

« Tout cela a échoué, a-t-il affirmé. Un peu plus de 4 % de la SAU seulement est exploitée en bio. L’objectif était de 20 % en 2010 alors qu’on atteindra péniblement 6% à cette date. Mais ce n’est pas le consommateur qui est fautif, c’est la trop grande différence de prix entre les produits bio et les conventionnels. Cette différence n’est souvent pas justifiée, en raison de la trop faible différence qualitative perçue entre les deux catégories de produits», a-t-il affirmé. Les coûts des produits conventionnels n’intègrent pas ceux des pollutions induites, ni de la consommation énergétique élevée, ni de l’appauvrissement de l’environnement…Les nouvelles formes de versements décidées par la réforme de la PAC continueront à encourager la destruction de l’environnement et la production de masse aux frais des contribuables… Il faudrait une fois pour toutes dire clairement que l’agriculture européenne est artificiellement gonflée, qu’elle doit diminuer ses performances et livrer les produits de qualité faciles à cultiver sous nos latitudes. L’économie agricole et alimentaire bio, en essayant d’être compétitives en matière de prix avec l’agroalimentaire conventionnel, mise de plus en plus sur la masse et non la qualité…Il faut utiliser en bio des variétés et des races qui se distinguent nettement des produits de masse par leur qualité et signaler clairement celle-ci aux consommateurs, qui alors consentiront à ouvrir leur portefeuille… Avec son label douteux QS, l’agriculture conventionnelle ne fait que garantir le respect des dispositions légales en vigueur et ne protège même pas contre des scandales comme ceux de la dioxine ou du nitrofène…» Fermez le ban.

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